Les riches retrouvent le goût du risque

Rassurés par la politique hyper accommodante des banques... (PHOTO TIMOTHY CLARY, archives AFP)

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Rassurés par la politique hyper accommodante des banques centrales et leurs taux d'intérêt au plancher, les très fortunés sont moins frileux et optent de plus en plus pour des investissements plus risqués.

PHOTO TIMOTHY CLARY, archives AFP

Richard Dupaul

Rassurez-vous, les millionnaires se portent bien sur la planète.

En 2013, le club mondial des millionnaires a accueilli 1,8 million de nouveaux membres. Ils sont désormais 13,7 millions, révèle le plus récent bilan de la richesse de Capgemini et RBC Gestion du patrimoine. Les bien nantis ont donc largement regagné les fonds perdus durant la crise financière, leur avoir net étant presque 30% supérieure à 2007.

Or, cet enrichissement ne découle pas tant de la reprise - encore timide - de l'économie mondiale que des investissements de plus en plus importants des riches à la Bourse et dans des placements audacieux.

Rassurés par la politique hyper accommodante des banques centrales et leurs taux d'intérêt au plancher, même les très fortunés (plus de 20 millions US d'avoir net) sont moins frileux: 31% veulent désormais accroître leur richesse, contre 28% qui n'ont que pour objectif de la préserver. Un an plus tôt, 18% des ultra-riches visaient une croissance de leur fortune, contre 45% souhaitant la préserver.

Bref, on a retrouvé le goût du risque.

En regardant l'ensemble de la scène financière, on pourrait dire la même chose des entreprises et des gestionnaires de fonds, qui font des choix de plus en plus audacieux sur les marchés financiers. Au grand dam de certains experts qui craignent les effets d'un retournement brutal de cette tendance.

La peur a disparu

Pour l'instant, il règne un calme presque troublant sur les places financières, la peur des dernières années ayant disparu, indiquent plusieurs indicateurs. En voici certains:

Les entreprises de retour sur les marchés du crédit

Attirées par les bas taux d'intérêt, les entreprises multiplient les emprunts sur le marché de la dette (obligations et débentures) cette année, parfois sans recourir aux prêts bancaires. La demande et la confiance sont certes au rendez-vous. Si bien que le rapport dette/bénéfice d'exploitation des grandes entreprises bénéficiant de la meilleure note de crédit («investment grade») atteint son plus haut niveau (à 2,7 fois) depuis au moins 5 ans, selon la banque Wells Fargo. Les analystes notent aussi l'arrivée massive de nouveaux emprunteurs «corporatifs» sur le marché obligataire, et leurs émissions trouvent preneurs. Tout baigne en somme.

Le «carry trade» de retour

Les cambistes à Londres et à New York sont unanimes: les fameux «carry trades» sont de retour. Au ralenti depuis quelques années, cette pratique spéculative consiste à s'endetter dans la devise d'un pays où les taux d'intérêt sont faibles - comme aux États-Unis et en Europe - et à placer les fonds dans une devise rattachée à des placements offrant des rendements plus élevés. Et au diable les risques. Les devises les plus populaires parmi les pays émergents? Le rouble russe, la livre turque et le real brésilien, selon l'agence Bloomberg. Les titres obligataires de ces pays offrent des rendements alléchants. Un exemple: le rendement d'une obligation à 10 ans du Brésil frôle les 12% ces jours-ci, contre 2,6% aux États-Unis!

Qui a peur de la Bourse?

Une faible volatilité des marchés financiers est un phénomène qui, en temps normal, est plutôt rassurant. Sauf si cet indicateur du risque reste trop bas, trop longtemps. Le plus suivi des indices, le VIX - un indice de volatilité du S&P 500 - a chuté à un creux historique (moins de 11 points) le 6 juin. Fini, les sursauts quotidiens. Tout le monde (ou presque) mise sur une hausse continue des marchés sans se soucier des risques inhérents à l'économie...

Et si le vent tourne...

Selon les experts, le goût accru du risque est essentiellement la conséquence de la politique des banques centrales, qui injectent massivement des liquidités dans le système financier. Résultat: le stress des investisseurs, des gestionnaires de fonds et des entreprises est engourdi par les milliards injectés par la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE) et d'autres qui tentent de relancer l'économie.

«Ce discours met les investisseurs sous morphine: dormez bien, braves gens, on injecte de l'argent et on veille à ce que les marchés ne s'effondrent pas, même s'il peut y avoir des chocs», ironise dans une note financière la firme Amundi, premier gestionnaire d'actifs en Europe.

Les records quasi quotidiens des Bourses témoignent de la complaisance actuelle. Or, la volatilité d'une large gamme d'actifs - obligations et devises - évolue aussi à des niveaux «historiquement bas», rajoute Jonathan Lowe, analyste chez JPMorgan.

En somme, dans la grande balance financière de la planète, les investisseurs sont réunis sur le même plateau ces temps-ci. Et la spéculation prolifère. Facile de prévoir ce qui se produira lorsque, pour une raison quelconque, tout ce beau monde décidera de changer de bord.




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