La vie coûte-t-elle plus cher qu'avant?

Les prix des principaux produits de consommation ont-ils... (Photo Michel Gravel, Archives La Presse)

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Les prix des principaux produits de consommation ont-ils augmenté autant qu'on le pense ou seraient-ce plutôt nos besoins qui ne cessent de grandir ?

Photo Michel Gravel, Archives La Presse

« Les prix n'arrêtent pas d'augmenter ! », se lamentent souvent les consommateurs. Si on se sent coincé financièrement, est-ce vraiment parce que les prix montent, ou parce qu'on se paie plus de biens et que nos besoins et désirs ont explosé quand on les compare à ceux de nos parents ?

LE PRIX DE NOS DÉSIRS

> Vos dépenses sous la loupe (test interactif)

Vous vous souvenez des tablettes de chocolat à 25 ¢ ? Nous sommes dans les années 70, le père de Justin Trudeau est premier ministre du Canada et la Coupe Stanley est pratiquement stationnée à Montréal.

Aujourd'hui, vous payez 1,50 $ pour la même tablette de chocolat, soit 500 % de plus. Voilà un indice que le coût de la vie bondit. C'est pourquoi vous tirez le diable par la queue et n'arrivez pas à mettre un sou de côté, croyez-vous ?

Sauf qu'à l'époque, le revenu moyen est de 10 000 $, il faut payer 12 % d'intérêts sur un emprunt pour acheter une maison et les familles se partagent une seule télévision.

LA BOUFFE, MOINS LOURDE SUR LE BUDGET

Tout coûte-t-il plus cher aujourd'hui ? Pas nécessairement. Comme les revenus sont beaucoup plus élevés, certaines dépenses grugent une moins grande part du budget des familles. La nourriture, notamment.

Eh oui, même si les consommateurs se plaignent du coût élevé des aliments, le panier d'épicerie accapare une moins grande portion des dépenses d'un ménage.

Vous avez 40 ans ? Quand vous étiez tout-petit, vos parents dépensaient plus du quart de leur revenu pour nourrir leur famille. En 1960, c'était plus du tiers ! Aujourd'hui, vous y consacrez 15 %, si vous êtes dans la moyenne.

MULTIPLICATION DES BESOINS

Les familles ont souvent l'impression de ne pas avoir assez d'argent parce que leurs besoins ont littéralement explosé ! En fait, les produits et services qui sont maintenant considérés comme « essentiels » se sont multipliés. Et les consommateurs ont de plus en plus recours au crédit pour combler ces besoins.

« Au-delà des besoins de base, de nouveaux besoins discrétionnaires sont apparus », explique le sociologue Simon Langlois, professeur à l'Université Laval, qui étudie les décisions de consommation.

« Par exemple, les dépenses pour les communications et les nouvelles technologies ont beaucoup augmenté. Le cellulaire est devenu un bien de consommation courante qui entraîne des coûts supplémentaires. » - Simon Langlois, professeur à l'Université Laval

Une deuxième voiture ? Une deuxième ou une troisième télé ? Un massage pour un dos endolori ? Un voyage dans le Sud ? De tels « luxes » étaient auparavant réservés aux mieux nantis, alors qu'ils sont la norme pour la classe moyenne d'aujourd'hui.

PLUS DE CONFORT

Entre 1969 et 2004, le niveau de vie moyen au Québec a augmenté de 51 %, selon une étude menée par le sociologue, qui tient compte de la diminution de la taille des ménages. Les explications à cette évolution : « Moins de bouches à nourrir, avènement du double revenu, reprise à la hausse des revenus de travail et des salaires dans les années 90, mais aussi plus d'impôts à payer », précise Simon Langlois.

« La participation accrue des femmes au marché du travail a eu un impact considérable sur la structure des besoins des ménages, impliquant des dépenses nouvelles : frais de garde des jeunes enfants, achat d'une deuxième voiture, achats de vêtements, repas au restaurant le midi, achat de nourriture déjà préparée, etc. »

Alors, sommes-nous vraiment en meilleure position financière, au bout du compte ?

Il semble que oui, dans toutes les tranches de revenu et pour tous les types de familles. Ainsi, les familles biparentales ont connu une hausse de 33 % de leurs revenus après impôts et transferts entre 1976 et 2011, selon une étude publiée l'an dernier par Luc Godbout et Suzie St-Cerny, de l'Université de Sherbrooke, qui comparait les revenus des ménages de même taille. 

L'augmentation atteint 61 % pour les familles monoparentales, 26 % pour les personnes âgées, 25 % pour les personnes seules et 4 % pour les couples sans enfants. On a évidemment tenu compte des effets de l'inflation pour arriver à ces conclusions.

Une étude de BMO arrive à un constat similaire : les jeunes de la génération Y, nés entre 1981 et 2001, ont de meilleurs revenus que leurs parents au même âge, et leur pouvoir d'achat est supérieur de 2 %. Leur valeur nette est aussi plus grande, mais ils ont plus de dettes.

La croissance des revenus est-elle suffisante pour couvrir les dépenses d'aujourd'hui, qui semblent se multiplier ? Il faudrait d'abord s'entendre sur ce que sont les dépenses « essentielles ».

« L'accès à internet, par exemple, peut presque être considéré comme essentiel, puisque les banques réduisent les services en succursale pour inciter les clients à faire leurs transactions en ligne », explique l'économiste François Delorme, de l'Université de Sherbrooke, qui s'intéresse à la classe moyenne. On peut considérer une voiture comme un besoin essentiel, mais quelle voiture est nécessaire ?

« Les ventes de VUS augmentent de façon exponentielle, même si les familles ont moins d'enfants et que le prix de l'essence augmente. C'est totalement irrationnel. Même chose pour les maisons, qui sont de plus en plus grandes. Mais de combien d'espace a-t-on réellement besoin ? » - François Delorme, économiste

« JAMAIS ASSEZ »

« Les consommateurs se font offrir un plus grand éventail de produits, ajoute Simon Langlois. Des appareils électroniques qui n'existaient pas il y a quelques années sont devenus un poste de dépenses important. »

Le problème, selon François Delorme, c'est qu'on n'en a « jamais assez ».

« Notre système économique est basé sur la consommation, et notre mesure du bonheur dépend de ce qu'on consomme », déplore-t-il. Et nous sommes fortement influencés par notre entourage à ce sujet.

« L'insatisfaction ou le sentiment de privation, de frustration augmentent parce que les désirs et les aspirations croissent plus vite que nos ressources financières », explique Simon Langlois, citant l'économiste américain Richard Easterlin. 

Bref, si le voisin nous montre son nouveau gadget qu'on n'a pas les moyens de se payer, on aura l'impression d'être plus pauvres. Même si, en réalité, nous sommes plus riches.

OÙ VA VOTRE ARGENT DEPUIS LES ANNÉES 60 ?

Une part moins grande de nos revenus sert à nous nourrir, mais on ne manque pas d'idées pour dépenser nos deniers. Le budget des familles québécoises a été chamboulé de façon importante depuis les années 60. Voici comment.

Le poids des dépenses

Dépenses en proportion de la consommation totale, excluant les impôts.

Où dépense-t-on plus ?

1969/1992/2014

Transport

11,5 %/15 %/20,6 %

Logement

21 %/24,6 %/26 %

Protections (Assurance vie et cotisations de retraite)

5,4 %/7 %/8,8 %

Où dépense-t-on moins ?

1969/1992/2014

Alimentation

28,3 %/20,8 %/15,3 %

Vêtements

10,5 %/6,7 %/5,9 %

Sources : Statistique Canada et Simon Langlois, Université Laval

Plus de mobilité

Au début du siècle, le transport passe au deuxième rang des dépenses, devant l'alimentation. Il occupe même la première position chez les plus riches, ou à égalité avec les dépenses de logement, un changement majeur lié notamment au développement des banlieues, souligne Simon Langlois.

Les gens veulent se déplacer quand et comment ils le souhaitent, ce qui se traduit par une hausse du nombre de véhicules par ménage.

Ménages ayant : 

1972/2009

Un véhicule

61,1 %/43,6 %

Deux ou plus

10,5 %/30,6 %

Véhicule loué

Non disponible/12 %

Sources : Statistique Canada et Simon Langlois, Université Laval

Le prix moyen des voitures a augmenté parce qu'elles ont plus d'équipements. Mais si on achetait en 2016 une voiture équipée comme un modèle de l'année 2000, elle nous coûterait moins cher, explique Hendrix Vachon, économiste chez Desjardins. « Le prix même d'une voiture, achetée ou louée, n'a pas augmenté depuis plus d'une décennie », dit-il.

Un toit qui pèse lourd

Le logement est au premier rang des dépenses depuis la crise économique de 1982, marquée par la hausse des taux d'intérêt. L'augmentation de la part du budget consacrée à l'habitation a été graduelle, mais touche plus durement les ménages à faible revenu : ceux qui gagnent moins de 26 000 $ y consacrent 35 % de leur budget, comparativement à 24 % chez les plus riches.

Les dépenses de logement sont plus difficiles à réduire en cas de baisse des revenus, puisqu'on ne déménage pas du jour au lendemain. « Plus de ménages aspirent à devenir propriétaires et cherchent plus de confort, ce qui implique parfois un endettement excessif », note Simon Langlois.

Explosion de la techno

On dépense de plus en plus pour des produits électroniques et les services qui s'y rattachent. Leur prix est en baisse, mais ils se multiplient dans les foyers. « Les chaînes d'approvisionnement mondialisées, combinées à la productivité des usines, ont tiré vers le bas leur prix relatif », explique l'économiste américain Zachary Karabell, dans le dernier numéro du magazine Foreign Affairs. « Même les biens peu coûteux importés de Chine sont devenus encore moins coûteux, par plus de 2 % au cours des trois dernières années. »

Hausse des dépenses, 1997-2009

 - Loisirs : 53 %

 - Location ou achat de musique et films : 80 %

 - Voyages : 100 %

 - Jeux et consoles vidéo : 400 %

 - Téléphonie, câblodistribution, internet : 700 %

Source : On veut votre bien et on l'aura, Jacques Nantel et Ariane Krol

Un budget bouffe allégé

« Le prix du boeuf et de certains légumes a augmenté dernièrement, notamment à cause de la baisse du dollar canadien. Mais ce sont des cycles, les prix devraient baisser bientôt, explique Hendrix Vachon. Il n'y a pas d'augmentation si forte si on regarde une plus longue période. »

Lorsque le niveau de vie d'une population s'améliore, le poids du budget nourriture diminue. C'est ce qu'on observe avec les années, et aussi pour les ménages plus riches. « Quand on est rassasié, il y a une limite à ce qu'on peut dépenser pour manger, même si on achète des aliments de luxe, mentionne M. Vachon. Tandis que pour le divertissement, le point de saturation est plus long à atteindre. »

Des économies dans le garde-robe

L'habillement était la quatrième dépense des familles en 1969, alors qu'il occupe le septième rang aujourd'hui. Le déplacement de l'industrie textile dans les pays asiatiques et dans d'autres pays en développement a contribué à réduire le prix des vêtements au cours des dernières décennies. La part du budget qu'on y consacre diminue constamment.

« Les normes sociales ont changé, les codes vestimentaires sont moins stricts dans les milieux de travail, note aussi Simon Langlois. Par exemple, on exige moins souvent le costume cravate. »

DÉPENSEZ-VOUS PLUS QUE LE VOISIN ?

Dépensez-vous plus pour vous nourrir que votre voisin, dont le revenu est similaire au vôtre ? Ou alors, votre passion pour la mode accapare-t-elle une portion démesurée de votre budget ? Comparez-vous, pour voir quelles dépenses vous coûtent plus cher que la moyenne.

Ce test n'est pas scientifique, mais si vous êtes coincé financièrement, il vous permettra de voir quel type de dépenses exerce la plus forte pression sur votre portefeuille, et de réfléchir à vos priorités. Nous avons conçu un outil qui compare les éléments principaux de votre budget avec les dépenses moyennes de la population du Québec, dans votre tranche de revenus, à partir des données 2014 de l'Enquête sur les dépenses des ménagesde Statistique Canada.

Il est important de vous comparer avec des consommateurs ayant un revenu similaire au vôtre, puisque la proportion des diverses dépenses varie selon la richesse. Par exemple, les ménages à faible revenu avec enfants dépensent en moyenne 22 % de leur revenu en nourriture. À l'autre bout du spectre, les familles qui gagnent plus de 104 000 $ par année consacrent 9 % de leur budget à l'alimentation.

Pour les besoins de notre test, les dépenses sont calculées en proportion du revenu. Les chiffres avec lesquels nous comparons vos résultats sont différents des autres données de ce reportage, où ce sont plutôt les dépenses totales qui servent à calculer le poids de chaque poste de consommation.

Ces données ne tiennent pas compte du crédit, que certains consommateurs utilisent pour dépenser au-delà de leurs revenus. Par exemple, les ménages défavorisés, dont le revenu moyen est de 17 115 $, dépensent en moyenne 24 979 $ par année.

Faites le test !




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