De l'or en barres

Vous pouvez mettre vos oeufs et lapins en chocolat au coffre-fort. La hausse de... (Photo archives Reuters)

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Paul Durivage
La Presse

Vous pouvez mettre vos oeufs et lapins en chocolat au coffre-fort. La hausse de prix du cacao en fait aujourd'hui des biens de luxe autant que des gourmandises convoitées.

L'AFFAIRE EST CHOCOLAT

Le cacao est l'une des rares denrées ou matières premières qui ont pris de la valeur sur les marchés ces dernières années. Entre mars 2013 et septembre 2014, le prix de la fève exotique a bondi de 65 % jusqu'à atteindre 337 $US la tonne métrique. Depuis, son cours est retombé autour de 280 $US, mais non sans de brusques et inquiétantes oscillations.

Les prix ont d'abord flambé devant les risques de désorganisation des récoltes avec la contagion d'Ebola en Afrique où se fait plus de 70 % de la récolte mondiale de cacao. Ces craintes se sont finalement révélées injustifiées puisque les planteurs de la Côte d'Ivoire et du Ghana ont rempli leurs engagements, et plus.

Il faut dire que le cacao est une des matières premières préférées des spéculateurs en tous genres sur les marchés à terme. Épisode célèbre : Anthony Ward, dit « Chocolate Finger », était parvenu à créer de toutes pièces une pénurie propre à faire flamber les prix en rachetant 15 % des stocks mondiaux de cacao, il y a cinq ans.

L'industrie est par ailleurs plus concentrée que jamais, d'où des risques de mouvements encore plus brutaux sur les cours à la moindre nouvelle sur l'offre ou la demande. Le géant américain des matières premières agricoles Archer Daniels Midland s'est retiré en effet du commerce du cacao au début de l'année, laissant l'essentiel du marché mondial entre les mains de ses trois concurrents.

HAUSSE DE PRIX

La pression sur les prix des fèves a déjà poussé les industriels à prendre plusieurs mesures. Certains ont investi pour s'assurer une production suffisante. Le géant américain Mondelez International, par exemple, a lancé il y a trois ans le programme « Cacao Life » destiné à soutenir une filière responsable et durable.

Le consommateur en fait aussi les frais. Les chocolats coûtent plus cher, naturellement. Des malins ont aussi abaissé la qualité ou le pourcentage de la précieuse denrée dans leurs produits.

Autre développement coûteux dans le monde du chocolat : la récente décision de la Banque nationale suisse d'abandonner la parité avec l'euro a fait s'envoler le franc suisse et, indirectement, le prix des renommés produits sucrés helvètes.

PÉNURIE

La hausse de prix du chocolat change déjà les habitudes des amateurs. La demande pour le cacao à broyer a ainsi reculé de 8 % en Europe et de 2 % aux États-Unis, de gros consommateurs, au quatrième trimestre de 2014 par rapport à la même période de l'année précédente.

Les producteurs et grossistes misent sur la hausse de la consommation dans les pays émergents pour compenser le recul de la demande des aficionados européens et américains. Même si la demande de chocolat augmente de 30 % par an en Chine, la consommation par tête y est encore 100 fois moindre qu'en Belgique, par exemple.

À long terme, la pénurie menace. Le risque de manque a encore été évoqué par le fabricant zurichois de chocolat Barry Callebaut en novembre dernier. Le groupe privé américain Mars, producteur de la célèbre barre enrobée de caramel, craint un déficit de 1 million de tonnes en 2020.

Selon l'Organisation internationale du cacao, les stocks étaient en baisse fin janvier, ce qui signifie que la demande excède effectivement l'offre malgré la production record de 4365 millions de tonnes pour la campagne 2013-2014 achevée fin septembre. L'ICCO minimise toutefois les craintes d'une crise d'ici 2020. Le monde ne manquera pas de chocolat à Pâques dans les années à venir, assure-t-elle.

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LES GRANDS CHOCOLATIERS EN BOURSE

En Bourse, le succès de trois grandes multinationales reposent sur l'attrait du chocolat.

NESTLÉ

Le groupe suisse Nestlé, habitué à être numéro un ou deux dans son industrie, a été détrôné sur le marché américain du chocolat malgré tout le succès de l'Aero. Le « numéro quatre » derrière Mars, Hershey et maintenant Lindt & Spruengli depuis la fusion de Russell Stover Candies, mise sur les produits moins caloriques et à base de beurre d'arachides pour reprendre les devants. Les analystes expriment des doutes et certains envisagent même la scission du groupe. Malgré tous les autres champs d'activité où Nestlé domine, un analyste sur sept recommande la vente du titre.

HERSHEY

Le groupe Hershey, de Pennsylvanie, contrôle avec la société fermée Mars les deux tiers du marché du chocolat aux États-Unis, selon Euromonitor. Leur seul budget publicitaire télé dépasse les revenus totaux du chocolat de Nestlé dans les Amériques. Le créateur de confiseries (malencontreusement éconduit par Don Draper dans la sixième saison de la télésérie Mad Men) a réduit ses prévisions de bénéfices pour le nouvel exercice après avoir déçu les attentes des analystes aux derniers trimestres. Le titre s'échange tout de même à près de 25 fois les profits courus, nettement plus que pour les autres grandes sociétés américaines.

LINDT & SPRÜNGLI

Chocolatefabriken Lindt & Sprüngli, célèbre pour sa ligne de produits haut de gamme Lindor, est le chocolatier favori de la communauté financière internationale. L'entreprise suisse aussi connue pour la diversité de ses pralines revendique près de 10 % du marché américain depuis l'acquisition de la société américaine Russell Stover Candies spécialisée dans les boîtes de chocolats, l'été dernier. L'action de Lindt a bien résisté à la flambée du franc suisse jusqu'à maintenant, à la Bourse zurichoise. Il vous faudra cependant débourser plus de 6000 $ pour acquérir une action Lindt.




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