Les obligations ne sont pas à proscrire

Luc Lortie est vice-président et gestionnaire de portefeuille... (Photo fournie par Luc Lortie)

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Luc Lortie est vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Richardson GMP.

Photo fournie par Luc Lortie

Richard Dufour

Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Luc Lortie, chez Richardson GMP à Montréal.

Quel a été l'événement le plus significatif des derniers jours en Bourse ?

La décision de la Fed de maintenir le statu quo quant à son taux directeur représente le fait marquant de la semaine. Le retrait de la mention « patience » dans le texte officiel du comité n'a pas semblé avoir d'emprises sur la Bourse qui bondissait de 1 % à 2 % dès la sortie du communiqué de même que sur le marché obligataire où nous assistions à une baisse généralisée des rendements.

Le marché nous indique-t-il que l'attitude plus attentiste de la réserve fédérale qui a prévalu jusqu'à maintenant pourrait se prolonger davantage ? La poussée spectaculaire récente de la devise américaine face aux autres devises représente une partie de la réponse.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement ?

Nous accordons une attention particulière à divers indices de confiance ainsi qu'à la pression sur les salaires. Alors que le taux de chômage a considérablement baissé aux États-Unis, la pression sur les salaires, bien que présente, demeure relativement faible. Le suivi de son évolution nous intéresse particulièrement compte tenu de son impact sur l'inflation.

Nous suivons aussi notamment la politique monétaire des banques centrales d'Europe, du Japon, de la Chine et de l'Inde. Ces dernières ont clairement démontré qu'elles n'hésiteraient pas à déployer tout l'arsenal disponible afin de contrer les pressions déflationnistes.

Comment investiriez-vous une grosse somme d'argent aujourd'hui ?

J'investirais en quelques tranches pouvant s'échelonner sur une période de 6 à 12 mois. Je privilégie une approche axée sur la diversification systématique visant la gestion structurée par catégorie d'actifs que préconisent de nombreux investisseurs institutionnels.

J'utilise, entre autres, les fonds négociés en Bourse à faibles coûts afin d'évacuer le plus possible la notion de risque spécifique attribuable à la détention de titres individuels.

Nous majorons par ailleurs notre pondération en actions européennes par le truchement de fonds négociés en Bourse (FNB) qui permettent d'acquérir des titres sur la base d'un rendement de dividendes de plus de 3 % à très faibles coûts.

Certains FNB offrent même la possibilité de neutraliser entièrement la fluctuation du taux de change afin de contrer les effets pervers qu'entraînerait une baisse prolongée de l'euro par rapport au dollar canadien. Nous accumulons aussi une participation au sein des marchés émergents avec une préférence pour les pays importateurs nets de ressources plutôt que les exportateurs qui pourraient être aux prises avec des baisses importantes de leurs revenus compte tenu de la faiblesse du prix des ressources.

Quel placement faut-il éviter en ce moment et pourquoi ?

Bien que certaines classes d'obligations semblent vulnérables, nous n'adhérons absolument pas au courant qui proscrit la détention de cette catégorie d'actifs sous prétexte que les rendements y seront abominables. Il est vrai que les rendements y seront moindres que la moyenne des dernières années, mais elles continueront de jouer un rôle déterminant dans la préservation du capital lors de replis importants des marchés boursiers, car nous assisterons à nouveau à des replis de 20 % ou plus.

Du côté boursier, les grandes capitalisations américaines dont une partie importante des ventes sont réalisées à l'étranger commencent à composer avec un vent de face que constitue la forte appréciation de leur devise. Nous ne préconisons pas l'absence du secteur, mais davantage une sous-pondération.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement ?

Les actions américaines remportent la palme quant à l'appréciation qu'elles ont connue au cours des dernières années. Au Japon, l'indice Nikkei 225 est passé de 8400 points en octobre 2012 et s'apprête à franchir les 20 000 points. Ces appréciations démontrent clairement l'efficacité des mesures mises en place par les banques centrales de ces pays.

Contrairement à ce qu'avancent les nombreux détracteurs de la survie du marché européen, je crois que nous ne pouvons douter de l'efficacité qu'aura à terme le train de mesures totalisant près de 1000 milliards que déploiera la Banque centrale européenne au cours des 18 prochains mois ajouté aux bienfaits qu'engendrera la réduction de la facture énergétique des Européens, importateurs nets importants de la ressource.

De la même manière, les marchés émergents, en hibernation depuis près de cinq ans, auront de quoi surprendre éventuellement. La réalité budgétaire de ce bloc et ses caractéristiques démographiques demeurent nettement plus reluisantes que celles de bon nombre de pays industrialisés. Aussi, avec l'Europe, la Chine et l'Inde figurent parmi les plus importants bénéficiaires de la baisse des cours pétroliers.

***

Luc Lortie est vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Richardson GMP où l'actif sous gestion de la firme atteint près de 28 milliards de dollars. Avant de joindre les rangs de Richardson GMP, Luc Lortie a notamment travaillé chez Desjardins valeurs mobilières.




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