Duel boursier: le choc des épiciers

Un projet pilote est en cours dans les... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Un projet pilote est en cours dans les 60 succursales des marchés Great Food and Superstores, qui appartiennent à Loblaw, pour assurer aux employés des heures plus stables et des horaires fournis plus d'avance.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Paul Durivage
La Presse

La concurrence entre les grands épiciers demeure vive au Canada même si l'américain Target a déclaré forfait. Tout en cassant les prix pour attirer les consommateurs, il leur faut maintenant aligner des centaines de millions pour consolider leur commerce. Notre duel boursier mensuel met en piste les chariots de feu de Metro et Loblaw.

Loblaw, le choix des analystes

Les Compagnies Loblaw, qui exploitent notamment les enseignes Provigo et Maxi au Québec, voient grand pour 2015.

La plus grande chaîne de supermarchés du Canada a annoncé la semaine dernière des investissements de 1,2 milliard pour cette année. Elle a l'intention de construire 50 nouveaux magasins, en plus d'en rénover ou améliorer plus de 100 autres à travers le pays. Des investissements iront aussi dans son offre commerciale en ligne, sa chaîne d'approvisionnement et son infrastructure de technologies de l'information.

« Notre investissement nous permettra d'offrir un meilleur accès à des aliments frais, des solutions de bien-être plus près des foyers, la commodité du commerce électronique et une famille de magasins qui bonifieront l'expérience des consommateurs en ce qui concerne l'épicerie, la pharmacie, la mode et les services bancaires », a déclaré dans un communiqué le président de Loblaw, Galen Weston.

Le groupe ontarien veut aussi rénover certaines des pharmacies de la chaîne Shoppers Drug Mart - l'enseigne Pharmaprix au Québec - qu'elle a rachetée dans une transaction de plus de 12 milliards, il y a un an. Depuis la conclusion de cette acquisition, Loblaw a ajouté progressivement ses produits des marques Sans nom et le Choix du Président sur les tablettes de certaines de ces pharmacies. Dans le même esprit de convergence, la gamme de vêtements de marque Joe Fresh se retrouvera dans 50 supermarchés du groupe cette année.

DIVERSIFICATION

Les Compagnies Loblaw, une filiale à 45 % du groupe alimentaire George Weston, profitent en effet d'une belle diversification dans le commerce de détail avec leurs multiples enseignes. On les retrouve de plus dans les services financiers, avec la Banque le Choix du Président (sic !), et l'immobilier, avec une participation majoritaire dans la société Propriétés de Choix.

Les services financiers du Président servent plus de 3 millions de clients. Outre la carte de crédit MasterCard aux couleurs présidentielles, le groupe propose en partenariat avec la CIBC des services bancaires complets dans ses pavillons en magasin, par internet et par téléphone. Il y a aussi des produits d'assurance.

Le parc immobilier est un actif important dont la valeur n'a pas encore été pleinement réalisée. Quelque 425 propriétés d'une valeur d'environ 7 milliards ont déjà été regroupées sous la fiducie de placement immobilier Propriétés de Choix. L'entreprise pourrait toujours monétiser sa participation restante de 83 % après le premier appel public à l'épargne de 460 millions en 2013.

CROISSANCE

Tout cela pourrait - enfin - galvaniser le titre. Avec une performance boursière négative depuis 10 ans, que ne compense pas le maigre rendement en dividende de 1,6 %, le titre dont le sigle boursier est « L » a longtemps été une source de lassitude pour les investisseurs.

Les choses se replacent toutefois depuis un an. Les actions se sont appréciées de près de 35 %. Les plus récents résultats financiers, en nette hausse, surpassent les attentes, et l'on commencerait à peine à voir les bénéfices de l'acquisition de Shoppers Drug Mart.

Le plus gros épicier du Canada obtient aujourd'hui deux fois plus de votes de confiance que Metro dans la communauté financière. Onze analystes en recommandent l'achat, contre quatre qui le conservent et un seul qui est vendeur, selon le plus récent sondage de Bloomberg.

Vishal Shreedhar, analyste à la Financière Banque Nationale, estime notamment que Loblaw est l'épicier qui a le plus à gagner de l'échec des magasins généraux Target au Canada. Elle serait notamment sur les rangs pour mettre la main sur les meilleurs de ses 133 sites, aussi disputés par Walmart.

+ OCCASIONS POUR LOBLAW

Loblaw se targue d'avoir la première (le Choix du Président) et la deuxième (sans nom) marque privée au Canada, ce qui l'aide à attirer la clientèle en magasin.

L'addition des 1200 établissements de Shoppers Drug Mart lui donne des occasions considérables de pousser ses marques maison en pharmacie.

La marque de vêtements Joe Fresh, très populaire au Canada, pourrait gagner les États-Unis à la faveur d'une alliance avec la chaîne américaine J.C. Penney.

- MENACES POUR LOBLAW

La concurrence croissante met de la pression sur les marges bénéficiaires.

L'entreprise pourrait avoir de la difficulté à refiler à des consommateurs à court d'argent la hausse de coûts de ses marchandises.

L'éclatement possible de la bulle immobilière au Canada affecterait aussi les supermarchés.

Source : Morningstar

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Metro plafonne

Metro peut tirer la langue à son compétiteur de Brampton, en Ontario, avec un gain boursier de près de 300 % en 10 ans, tandis que Loblaw est toujours en rattrapage. Leurs cours sont un peu mieux alignés ces deux dernières années, Metro montrant par ailleurs toujours le pas. Pour combien de temps encore ?

La communauté financière s'inquiète du potentiel de croissance qu'il reste à l'épicier québécois, autant sur le plan des affaires que du côté boursier. « Metro a peu de leviers qui lui permettraient de créer de la valeur pour les actionnaires », écrivait encore cet automne l'analyste David Hartley, de Credit Suisse.

Metro est très concentrée au Québec et en Ontario, où elle exploite plus de 600 magasins. L'entreprise n'en fait pas de complexe : « Metro, fondée en 1947, est la seule grande entreprise canadienne de distribution alimentaire à avoir son siège social au Québec », peut-on lire en introduction sur son site corporatif. Avec les difficultés économiques que posent les bas prix du pétrole à l'Ouest canadien, on peut comprendre.

RECHERCHE ACQUISITIONS DÉSESPÉRÉMENT

Le détaillant et distributeur en alimentation ambitionne néanmoins toujours de s'étendre à l'extérieur de ces deux provinces. Idéalement, il aimerait bien rééditer le coup d'éclat de Loblaw avec Shoppers Drug Mart.

« La transaction, en combinant des pharmacies et l'alimentation, nous y croyons, et ce type d'opération nous intéresse », a déclaré Roberto Sbrugnera, vice-président à la trésorerie et aux relations avec les investisseurs chez Metro, lors d'un entretien avec l'agence Bloomberg au début du mois.

« Dans les marchés des pharmacies et de l'alimentation, nous regardons à l'extérieur du Québec, poursuivait-il. Ça pourrait être en Ontario ou même l'ouest du Canada. Il y a un nombre important de joueurs du marché des pharmacies au Canada qui pourraient être une occasion pour nous. »

L'analyste Perry Caicco, de Marchés mondiaux CIBC, croit que l'épicier montréalais doit aussi imiter Loblaw en investissant massivement pour rajeunir ses magasins en Ontario s'il veut rester concurrentiel. « Metro n'exploite pas du tout le fait que ses épiceries conventionnelles bénéficient des meilleurs emplacements urbains de son industrie en Ontario », note-t-il. L'analyste calcule qu'il lui en coûtera 400 millions pour « entrer au XXIe siècle ».

Metro est avant-dernière en ce qui concerne la croissance des revenus en 2014 parmi les 9 entreprises comparables en Amérique du Nord. La croissance de son bénéfice (avant éléments spéciaux) est aussi en dessous de la moyenne, selon Bloomberg. Vishal Shreedhar, de la Financière Banque Nationale, s'attend à ce que l'accroissement des ventes par magasin, une mesure de rentabilité très suivie dans l'industrie, ralentisse.

ACTIONNAIRES CHOUCHOUTÉS

En attendant qu'une occasion d'acquisition se présente et relance la croissance des affaires, les dirigeants savent chouchouter leurs actionnaires. Le dividende a augmenté pour une 20e année consécutive, en février, le titre vient d'être fractionné pour la troisième fois depuis 1995, et beaucoup d'actions en circulation ont été rachetées ces deux dernières années.

Qui plus est, l'entreprise est assise sur un trésor. Sa participation restante de 22 % dans les actions à vote multiple d'Alimentation Couche-Tard, aussi en forte croissance, vaut plus de 6 $ par action (sur une valeur récente de 34 $). Son placement lui avait déjà valu un gain extraordinaire de 266,4 millions en 2013.

Ces actions prisées des investisseurs prudents ont par contre déjà gagné plus de 11 % depuis le début de l'année, après avoir progressé de près de 50 % en 2014. Elles ont ainsi défoncé la cible moyenne de moins de 34 $ sur 12 mois établie par la quinzaine d'analystes intéressés.

À 17 fois le bénéfice prévu en 2015, l'action étiquetée « MRU » n'est plus une aubaine, estime la communauté financière. David Hartley, de Credit Suisse, note qu'elle n'a pas été aussi chèrement évaluée depuis l'achat d'A & P Canada en 2005.

+ OCCASIONS

Le programme de fidélisation Metro & Moi permet à l'épicier de mieux anticiper les préférences des consommateurs et de devancer la compétition.

Avec ses multiples enseignes de supermarchés et centres d'escompte, Metro peut se battre sur plusieurs fronts pour attirer les dollars des consommateurs.

Metro possède la plupart de ses établissements, qu'elle pourrait monnayer avec une conversion en société de placement immobilier.

- MENACES

La concurrence croissante met de la pression sur les marges bénéficiaires.

L'entreprise pourrait avoir de la difficulté à refiler à des consommateurs à court d'argent la hausse de coûts de ses marchandises.

L'éclatement possible de la bulle immobilière au Canada affecterait aussi les supermarchés.

Source : Morningstar

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Les deux entreprises en chiffres

FICHES COMPARATIVES

Loblaw / Metro

Capitalisation boursière 25,6 milliards / 8,7 milliards

Actif (au 31 décembre 2014) 33,7 milliards / 5,6 milliards

PAR ACTION

Cours boursier (au 12 mars) 62,14 $ / 34,37 $

Bénéfices courus 0,60 $ / 1,79 $

Bénéfices prévus 3,44 $ / 2,01 $

Dividendes annuels 0,98 $ / 0,47 $

RATIOS

Rapport cours/bénéfices courus 101,3 fois / 19,3 fois

Rapport cours/bénéfices prévus 17,8 fois / 17,2 fois

Rendement en dividendes

1,6 % / 1,4 %

RECOMMANDATIONS D'ANALYSTES

Prix cible 69,08 $ / 33,95 $

Potentiel d'appréciation + 11,2 / - 1,2 %

- Acheter 11 / 6

- Conserver 4 / 7

- Vendre 1 / 2

Source : Bloomberg




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