Voyages extrêmes: du rêve à la réalité financière

Des aventuriers en route vers le mont Marcus... (PHOTO NICOLAS CHIBAC, PHOTOPRESS FOR MAMMUT VIA ASSOCIATED PRESS)

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Des aventuriers en route vers le mont Marcus Baker, en Alaska.

PHOTO NICOLAS CHIBAC, PHOTOPRESS FOR MAMMUT VIA ASSOCIATED PRESS

Les exploits de Frédéric Dion en Antarctique et de Mylène Paquette sur l'Atlantique font rêver. Plusieurs voyageurs s'inspirent de ces expéditions pour s'offrir une aventure à leur mesure. Qu'on soit novice ou aventurier professionnel, il faut toutefois être prêt à alléger considérablement son portefeuille.

Sur l'internet, l'expédition est tentante : skiez pendant une dizaine de jours pour parcourir le dernier degré de latitude jusqu'au pôle Sud, soit 60 milles nautiques, ou 111 kilomètres. Pas besoin d'être un expert, il faut être en excellente condition physique et savoir faire du ski de randonnée.

Il y a un hic : la petite expédition coûte 60 600 $US par personne.

Pourquoi ne pas changer d'objectif et aller plutôt grimper le massif Vinson, la montagne la plus haute de l'Antarctique ? C'est beaucoup moins cher : 40 400 $US. Par contre, il faut une solide expérience d'alpiniste.

Il n'y a pas vraiment moyen de magasiner un meilleur prix : les quelques agences qui proposent ces expéditions ont des offres très semblables.

Pourquoi ne pas changer d'hémisphère et faire quelque chose d'un peu plus raisonnable, comme une randonnée en autonomie complète dans le parc le plus nordique du Canada, sur l'île d'Ellesmere ? Ça coûte « seulement » 15 195 $CAN.

Pourquoi est-ce si cher ?

Essentiellement en raison des coûts de transport, mais aussi des infrastructures. Matty McNair, une guide expérimentée qui offre des expéditions extrêmes au pôle Nord, au pôle Sud et au Groenland par le biais de son agence Northwinds, explique que pour se rendre en Antarctique, il faut noliser un avion de transport russe, un Ilyushin 76, pour un vol d'un peu plus de quatre heures.

« C'est une énorme machine monstrueuse », note-t-elle.

Une agence spécialisée s'occupe de la logistique pour la plupart des expéditions en Antarctique.

« Il faut dégager la piste d'atterrissage, il faut une station météo, un météorologue, des cuisiniers, un médecin, du personnel de soutien, énumère Mme McNair. La facture monte rapidement. »

Pour une expédition au pôle Nord, les coûts de logistique sont encore plus élevés puisqu'il faut parfois passer par le Groenland et la Russie. C'est un peu moins pire pour des expéditions un peu plus au sud, comme sur l'île d'Ellesmere, mais le nord reste cher.

« Les coûts des hôtels sont énormes, observe Wendy Grater, de l'agence ontarienne Blackfeather. C'est pour cela que les expéditions sont si chères : il faut transporter nos guides et les héberger là-bas. »

Mais qui donc peut se payer ces voyages ? 

Beaucoup de clients proviennent de l'extérieur du Canada, notamment du Royaume-Uni, observe Matty McNair, qui oeuvre à partir d'Iqualuit, au Nunavut.

« Les Britanniques adorent les expéditions polaires, explique-t-elle. Ils ont une histoire polaire, leurs héros sont Franklin, Scott, Shackleton, tous ces grands aventuriers. Pour eux, c'est très héroïque et romantique. Les Canadiens, eux, pensent que le Grand Nord, c'est juste du froid dans notre cour arrière. Pourquoi voudrait-on faire cela ? »

Wendy Grater affirme que s'il y a des gens très riches qui se paient de telles expéditions, il y a également des gens ordinaires qui puisent dans leurs épargnes.

Malheureusement, ces derniers se font plus rares lorsque l'économie se détériore. « Nous le ressentons tout de suite », déplore Mme Grater.

Faire des sacrifices financiers

Une alpiniste québécoise résume en quelques mots comment se débrouiller pour se payer une grosse expédition : « Soit travailler très fort [combiner plus d'un emploi à la fois, par exemple] et faire les bons choix pour économiser et amasser l'argent nécessaire au projet, soit rechercher des commanditaires et leur donner un retour en visibilité en fonction de l'aide reçue, soit gagner à la loterie, devenir héritier d'une belle fortune ou une combinaison de l'une ou l'autre de ces options ! »

La commandite n'est pas une option facile pour des « gens bien ordinaires ».

« J'avais comme clients un couple : lui venait d'avoir 60 ans, elle était dans la cinquantaine, raconte Mme McNair. Qui voudraient les commanditer ? Les commanditaires préfèrent les gens jeunes et beaux. Le couple a donc hypothéqué sa maison. »

Pour se faire commanditer, il faut un angle : être premier à faire quelque chose, le plus jeune, la première femme, etc.

On peut aussi se tourner vers ses connaissances et son employeur. Ce dernier pourrait se servir de l'expédition d'une employée pour motiver le reste de ses troupes. Dans les plus petites communautés, il est plus facile d'obtenir de l'aide que dans une grande ville anonyme. Le magasin d'articles de plein air du coin pourrait ainsi fournir des doudounes d'expédition.

À défaut de commandites, d'héritage ou de gros lot, il faut se fier à ses propres moyens et élaborer un plan d'épargne. Le compte d'épargne libre d'impôt (CELI) est un bon véhicule pour cela. On peut y verser 5500 $ par année et faire fructifier cette somme à l'abri de l'impôt. Avec de la discipline, en quelques années, on peut amasser un joli montant.

Les petits ajouts

Le coût d'une expédition ne se limite pas au prix du forfait offert par une agence spécialisée. Il faut y ajouter un grand nombre de frais, certains petits, d'autres plus importants. Ensemble, ces ajouts peuvent faire grimper la facture de façon impressionnante.

Vols > La plupart des forfaits ne comprennent pas les vols internationaux pour se rendre au point de départ. Pour une expédition en Antarctique, par exemple, il faut se rendre à Punta Arenas, au Chili, par ses propres moyens, ce qui peut représenter 2000 $. Pour l'expédition à l'île d'Ellesmere, le rendez-vous est à Resolute, ce qui représente un vol de 3600 $. Heureusement, les agences sont souvent en mesure de négocier un prix de groupe.

Assurances > Les coûts d'une expédition sont tellement élevés qu'il est préférable de se munir d'une assurance annulation en plus de l'assurance médicale. Il serait trop dommage de perdre une telle somme en raison d'une cheville cassée deux semaines avant le départ. Or, plus un voyage est long et cher, plus l'assurance est élevée. Pour une expédition d'alpinisme au massif Vinson, par exemple, l'assurance peut monter à 5000 $.

Hôtels > Les expéditions vers des contrées isolées dépendent des conditions climatiques. Si le temps ne permet pas un atterrissage en Antarctique, il faut passer des jours supplémentaires à Punta Arenas. Or, le forfait ne couvre pas les nuits additionnelles en hôtel. S'il est possible de trouver des hôtels à un prix raisonnable à Punta Arenas, les chambres sont rares et chères à Resolute, soit autour de 250 $ la nuit.

Pourboire > Les pourboires au personnel sont une réalité de l'industrie. Les barèmes varient selon le type d'expédition. Une grosse expédition de deux mois à l'Everest, par exemple, avec guides, cuisiniers et porteurs, peut nécessiter plusieurs milliers de dollars de pourboires. Il est préférable de communiquer avec l'agence pour avoir une idée de ce qui est attendu.

Équipement > On ne part pas en Antarctique avec un sac de couchage d'été et des chaussures de marche. L'équipement spécialisé coûte très cher. Un bon sac de couchage en duvet qui protège jusqu'à -40 degrés peut coûter près de 1000 $ avec les taxes. Les doudounes ultra-chaudes et les bottes alpines peuvent coûter à peu près la même chose. Heureusement, plusieurs agences proposent de l'équipement spécialisé en location.

Formation > On ne se pointe pas en haute montagne ou dans les terres polaires sans formation. Pour l'alpinisme, il faut compter un peu plus de 500 $ pour une formation de quatre jours au Québec, mais si on veut se rendre dans l'ouest du Canada pour une formation de six jours sur de véritables glaciers, il faut compter 1545 $, plus le billet d'avion pour Calgary. Pour les grandes expéditions polaires, les formations peuvent coûter jusqu'à 4000 $. Par contre, de telles formations peuvent faire économiser : selon Matty McNair, il arrive que des clients se rendent compte, à la fin de la formation, que les expéditions polaires ne sont pas pour eux.

Quand le huard joue des tours

Lorsqu'il faut payer une expédition en devise américaine, il peut être judicieux d'ouvrir un compte d'épargne en dollars américains et d'y transférer de l'argent à intervalles réguliers pour minimiser le risque d'un plongeon du huard. Les montants en jeu sont importants. Le 4 juillet dernier, une expédition à skis au pôle Sud revenait à 64 472 dollars canadiens. Le 30 janvier dernier, la même expédition revenait à 77 065 dollars canadiens, une différence de près de 12 600 dollars canadiens, due uniquement à la chute du dollar canadien.

D'ailleurs, le paiement de telles sommes présente ses propres défis. Les agences américaines n'acceptent pas de chèques en devise canadienne. Si elles acceptent la carte de crédit, elles peuvent exiger une surcharge. C'est ainsi qu'Alpine Ascents International accepte la carte de crédit pour le dépôt de 5000 dollars US pour une expédition à skis au pôle Sud, mais applique une surcharge de 0,027 % sur le solde si le client insiste pour payer avec sa carte de crédit. Ce qui revient à une surcharge de 1500 dollars US.

Il est préférable d'acquitter le solde avec une traite bancaire, qui peut coûter autour de 10 dollars, ou de faire un virement, qui peut coûter de 15 à 60 dollars, tout dépendant de la somme et de la devise.




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