Faire sa déclaration de revenus seul

L'an dernier, 42 % des contribuables québécois ont fait eux-mêmes leurs... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Anne Gaignaire

Collaboration spéciale

La Presse

L'an dernier, 42 % des contribuables québécois ont fait eux-mêmes leurs déclarations de revenus, ce qui représente près de 2,7 millions de personnes. L'arrivée des logiciels sur le marché apporte une grande aide. Mais l'aventure est tout de même risquée. Quelques conseils et recommandations pour s'en sortir sans casse.

Attention aux oublis en votre défaveur !

Frais d'activités sportives et culturelles des enfants, fractionnement du revenu familial, frais médicaux... Les crédits d'impôt et les déductions sont tellement nombreux, parfois tellement complexes à appliquer que faire sa déclaration de revenus soi-même est un exercice périlleux. Car, en cas d'erreur ou d'oubli, les sommes perdues ou à débourser peuvent pulvériser les économies réalisées en n'ayant pas eu recours à un professionnel. 

Les experts sont tous d'accord sur ce point : « Ce qui peut coûter le plus cher quand on remplit seul sa déclaration d'impôt, c'est d'oublier de demander des crédits auxquels on a droit », affirme Normand Verville, directeur général, planification fiscale et successorale (Québec), services financiers au Groupe Investors.

Une erreur facile à commettre, selon les professionnels, car les crédits sont nombreux et affublés de divers critères d'admissibilité. « Les déclarations fiscales sont faites pour tout le monde, elles ne sont pas d'emblée adaptées à notre situation personnelle. Ce n'est donc pas facile de s'y retrouver », note Manon Deslandes, professeur au département des sciences comptables de l'École des sciences de gestion (ESG) de l'UQAM.

L'intérêt des logiciels est justement de « poser des questions préalables permettant ensuite de bâtir un questionnaire adapté au cas du client », explique Éric Neveu, directeur principal, services et logiciels pour professionnels et consommateurs de Thomson-Reuters, qui commercialise le logiciel Impôt Expert. L'exercice est ainsi facilité et le risque d'oubli, moins grand.

Se tenir au courant des mises à jour

S'il est difficile de s'y retrouver dans les crédits d'impôt, les appliquer quand on y a droit n'est pas non plus aisé. Certains ne peuvent être réclamés que par celui des deux conjoints qui a le plus petit revenu (frais de garde), d'autres sont plus avantageux s'ils sont demandés par l'un plutôt que par l'autre des conjoints.

« Il y a beaucoup de déductions et de crédits d'impôt qui interagissent entre eux. Trouver la meilleure façon de les réclamer pour payer le moins d'impôt possible n'est pas évident », assure Éric Neveu.

De surcroît, « les taux ou conditions des crédits d'impôt changent parfois d'une année à l'autre. L'année dernière, celui pour les frais de scolarité est passé de 20 à 8 %. Si on n'a pas bien lu les mises à jour, on peut faire des erreurs dans le calcul de l'impôt à payer », soulèvent Veronica Andrea Grasso et Michael Francis Prévost, codirecteurs de la Clinique d'impôt de HEC Montréal.

Ce qui ne va pas sans frais puisque, en cas d'erreur dans le calcul de la somme à payer, les intérêts courent dès que l'erreur a été commise, et pas seulement au moment où le fisc s'en rend compte. « On peut vite se retrouver avec des frais d'intérêt de 200 ou 300 $ », prévient Normand Verville.

Soyez stratégiques ! 

Finalement, pour quelqu'un de méticuleux, qui aime manipuler les chiffres, faire seul sa déclaration d'impôt sur le revenu est possible, surtout si sa situation est simple (par exemple, une personne célibataire, salariée, sans enfant et qui n'est pas propriétaire d'un immeuble locatif).

Mais pour les travailleurs autonomes, les personnes qui ont des biens locatifs, les couples avec enfants, les familles recomposées, etc., la tâche s'annonce vraiment complexe. Dans ces cas-là, l'aide d'un logiciel au minimum, voire d'un professionnel, peut s'avérer incontournable.

« La difficulté liée au fait de remplir sa déclaration seul n'est pas mathématique, mais plutôt relative à l'interprétation de la loi, ce qui est complexe. Et les gens pensent souvent que le fisc va lui-même faire les corrections si on s'est trompé ou si on a oublié de réclamer un crédit d'impôt. Mais il ne peut pas tout voir et ne peut pas savoir si votre situation vous permettait de réclamer tel ou tel crédit si vous ne l'avez pas fait », souligne Mario Gaulin, comptable.

Remplir sa déclaration de revenus exige plus que reporter des sommes dans des cases. Pour faire baisser au maximum sa facture dans le cadre légal, il faut de la stratégie. Alors, que vous ayez une bonne connaissance des règles fiscales ou l'aide d'un logiciel, bon vent pour votre déclaration 2014 !

***

« Être organisé est très important. On voit souvent des gens arriver à la clinique avec une boîte à chaussures remplie de papiers empilés sans ordre... Ça prend beaucoup de temps à trier. » - Michael Francis Prévost, codirecteur de la Clinique d'impôt de HEC Montréal

« Il y a une méconnaissance en général des gens sur les moyens pour économiser de l'impôt. » - Éric Neveu, directeur principal chez Thomson-Reuters

« Ce n'est pas toujours facile de savoir ce qu'il faut déclarer. Mais dans certains cas, ne pas déclarer peut coûter cher si on se fait attraper. » - Normand Verville, directeur général, planification fiscale et successorale (Québec), services financiers au Groupe Investors

Pense-bête et trucs en vrac

- En faisant le récapitulatif, il vous manque un reçu ? Certains - ceux envoyés en double à Revenu Québec comme ceux des employeurs, par exemple - peuvent être chargés directement sur le site de Revenu Québec par l'entremise de votre dossier personnel en ligne, rappelle Éric Neveu, directeur principal, services et logiciels pour professionnels et consommateurs de Thomson-Reuters. Pour le fédéral, ce service n'est pas encore accessible aux particuliers.

- Le gouvernement fédéral a autorisé cette année le fractionnement du revenu familial. « Tous les couples qui ont au moins un enfant de moins de 18 ans devraient faire le calcul, car beaucoup y auront droit », affirme Mario Gaulin, comptable.

- Les gains en capital des fonds communs contractés hors des régimes enregistrés (REER et CELI) ne donnent pas lieu à des relevés spécifiques. Afin de les déclarer, il faut donc aller les rechercher dans les relevés reçus en fin d'année précédente. Pour ne pas l'oublier le moment venu, rangez le relevé ou une copie dans votre dossier « Impôts » !

Le saviez-vous ?

- L'Agence du revenu du Canada conseille de conserver toutes les pièces justificatives pendant six ans.

- Inclure dans la déclaration d'impôt sur le revenu de 2014 les cotisations versées au REER au début de 2015 (avant le 3 mars) est une obligation, rappelle Normand Verville, directeur général, planification fiscale et successorale (Québec), services financiers au Groupe Investors. Mais attention de ne pas l'oublier, car le relevé pour les versements les plus récents peut n'arriver que dans le courant du mois de mars.

- La part de l'assurance médicale collective payée par un salarié fait partie des frais médicaux qui peuvent être déclarés. « Comme les primes sont souvent élevées, quand elles sont ajoutées aux frais médicaux admissibles, les gens peuvent parfois plus facilement qu'ils ne le croient atteindre la somme minimale de frais pour obtenir le crédit d'impôt », note Normand Verville.

- Toute personne qui n'a pas de revenu ainsi que les jeunes, dès 17 ans voire avant s'ils ont un revenu, ont tout intérêt à faire une déclaration de revenus, recommande Manon Deslandes, professeure au département des sciences comptables de l'École des sciences de la gestion (ESG) de l'UQAM. Plusieurs crédits d'impôt (de solidarité dès 18 ans ou les crédits TPS dès 19 ans) pourraient leur être accordés, mais la condition est qu'une déclaration ait été produite l'année précédente. De plus, faire sa déclaration d'impôt sur le revenu dès ses premiers revenus permettrait d'accumuler des droits de cotisation au REER.

Quelques chiffres 

- Mode de production de la déclaration de revenus Année d'imposition 2013 Déclaration produite... Nombre de particuliers Proportion... par le particulier 2 694 627 42,2 %... par un préparateur 3 674 966 57,6 % Indéterminé 9 275 0,1 % TOTAL 6 378 868 100 %

Source : Statistiques mensuelles des contribuables et des mandataires (SMCM) en date du 31 décembre 2014, fournies par Revenu Québec

- 5 931 290 particuliers ont produit leur déclaration à temps pour l'année d'imposition 2012, soit 93,9 % de l'ensemble des 6 316 277 particuliers ayant produit en date du 30 novembre 2013.

- De plus en plus de citoyens ou représentants, soit quatre sur cinq, optent pour la transmission électronique de la déclaration de revenus. Plus des trois quarts des déclarations transmises l'an dernier l'ont été via ImpôtNet Québec, une tendance toujours à la hausse depuis quelques années.

- La transmission électronique des déclarations permet de réduire les risques d'erreur. Le taux de rejet est quatre fois moins élevé que par la méthode traditionnelle.

Source : Revenu Québec




Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer