Quand les multinationales américaines souffrent de leur dollar

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Nicolas Chevalier, chef de la direction du risque et gestionnaire associé chez la firme montréalaise Gestion privée de placement Pembroke.

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Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement.

Cette semaine, Nicolas Chevalier, chef de la direction du risque et gestionnaire associé chez la firme montréalaise Gestion privée de placement Pembroke.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

J'en vois deux. En premier lieu, la série d'annonces de résultats de fin d'exercice des entreprises sur la Bourse américaine. En second lieu: les récentes élections en Grèce et leur impact politique et budgétaire dans la zone euro.

À propos des résultats d'entreprises américaines, je remarque que la majorité de ceux qui ont divulgué jusqu'à maintenant pour le tiers des entreprises d'intérêt en Bourse est affectée par la fluctuation des devises.

En particulier la forte appréciation du dollar américain par rapport à l'ensemble des devises, qui pèse sur les résultats des grandes multinationales américaines comme les Pfizer, Procter & Gamble et Microsoft.

À mon avis, cet impact des devises demeurera un facteur significatif lors des prochains trimestres.

En Grèce, l'élection au gouvernement d'un parti de gauche et anti-austérité constitue, à mon avis, un mouvement politique qui est surtout dirigé contre l'Allemagne et ses pressions très fortes en faveur de mesures d'austérité dans les pays de la zone euro.

Or, il n'est pas exclu que ce mouvement politique en Grèce se répande dans d'autres pays de la zone euro en difficultés, comme l'Espagne, l'Italie et même la France.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

En fait, ce sont DES indicateurs qui sont liés à la situation de l'économie américaine. Parce qu'elle compte pour le quart environ (25%) du PIB mondial, mais aussi parce qu'elle est la seule d'importance qui va bien dans le monde actuellement.

Parmi ces indicateurs, les plus importants ces temps-ci sont ceux liés à la consommation des ménages et des particuliers, qui compte pour près de 70 % de l'économie américaine.

Je surveille donc étroitement l'évolution des dépenses des consommateurs, incluant le prix de l'essence. Mais aussi l'évolution de la création d'emplois et le volume de refinancements hypothécaires dans le marché résidentiel.

Dans les données de l'emploi, je surveille les variations régionales de la création d'emplois aux États-Unis.

Par exemple, le Texas a créé à lui seul quelque 1,2 million d'emplois depuis 7 ans, alors que le reste du pays était en perte d'emplois.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

De longue date, j'ai toujours privilégié le maintien d'un portefeuille bien diversifié en actions d'entreprises surtout, plutôt qu'en obligations.

Pourquoi? Parce que les actions sont des placements qui travaillent pour les investisseurs, ayant été émises par des entreprises qui cherchent à améliorer leurs résultats et à créer de la richesse pour leurs actionnaires.

Le secteur que je considère plus attrayant ces temps-ci est celui des entreprises américaines de petite capitalisation.

Ce secteur a été malmené en Bourse depuis deux ans. Mais avec la vigueur de l'économie américaine, les résultats de ces petites capitalisations s'améliorent grandement et leur valeur boursière devient d'autant plus attrayante.

De plus, parce que ces entreprises sont surtout sur le marché américain, leurs résultats sont beaucoup moins affectés par l'appréciation du dollar américain que ceux des grandes entreprises sur les marchés internationaux.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci?

Certains analystes boursiers considèrent que la Bourse américaine est rendue à risque de surévaluation et qu'il vaudrait mieux l'éviter.

Mais quand on regarde l'alternative, c'est-à-dire les placements obligataires, leurs taux d'intérêt très, très faibles se traduisent, à mon avis, par un risque pire de surévaluation que dans la Bourse américaine.

Par conséquent, les placements à éviter ces temps-ci sont des obligations gouvernementales comme les 10 ans du Canada ou les bons du Trésor américain.

Dans ces deux cas, non seulement les taux ne couvrent même pas l'inflation dans ces deux économies, mais aussi ces taux ne reflètent plus les fondamentaux de ces deux économies.

En Bourse, cependant, il faut demeurer sélectif et réserver les investissements dans des secteurs ou des entreprises que l'on comprend bien.

Par exemple, chez Pembroke, nous évitons d'investir dans les entreprises de biotechnologies malgré leur regain de popularité en Bourse. Les processus de développement y sont très compliqués et, du coup, trop difficiles à intégrer dans une bonne évaluation de l'entreprise.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

Après une telle dégringolade du prix du pétrole, je crois qu'on sous-estime maintenant le potentiel d'autocorrection haussière de ce marché, dans un avenir pas si éloigné.

Le prix du pétrole est descendu sous le point d'équilibre pour de nombreux producteurs à coûts plus élevés et dont les projets ne sont plus viables financièrement.

Cela provoquera une baisse de production dès les prochains trimestres, alors que la demande de pétrole demeure en hausse au niveau mondial.

Dans ce contexte, j'estime que le rebond du prix du pétrole est inévitable. Et même si le moment de ce rebond demeure très flou, il faut en tenir compte dans les perspectives économiques et boursières à moyen terme.

***

Nicolas Chevalier est chef de la gestion du risque et gestionnaire de portefeuille chez Gestion privée de placement Pembroke. Cette firme montréalaise se spécialise dans les placements boursiers en actions d'entreprises de petite capitalisation. Pembroke cumule trois milliards en actifs sous gestion provenant d'une clientèle d'investisseurs institutionnels et de fortunes privées au Canada, aux États-Unis et en Europe.




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