Le pétrole en solde, l'économie mondiale sourit

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Clément Gignac est vice-président principal et économiste en chef à la financière Industrielle Alliance, en plus d'être gestionnaire de fonds d'investissement diversifiés.

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Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Ce dimanche, Clément Gignac, vice-président principal, économiste en chef et président du Comité d'allocation d'actifs du groupe financier Industrielle Alliance.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse ?

C'est certainement la réunion de l'OPEP (Organisation des pays producteurs de pétrole) et sa décision de maintenir sa production, ce qui a accentué la baisse du prix du pétrole, déjà considérable depuis quelques semaines.

Pour l'économie mondiale et les marchés boursiers, il s'agit de l'événement le plus marquant des derniers mois, et peut-être pour toute l'année 2014.

En maintenant sa production, l'OPEP veut contrer la croissance de l'offre de pétrole provenant de sources non conventionnelles, comme le pétrole de schiste aux États-Unis et le pétrole des sables bitumineux en Alberta.

Mais on ne sait pas où cette stratégie de l'OPEP pourrait se rendre. Peut-être à moins de 65 $US le baril, ou même sous les 60 $US ?

Pour les investisseurs, cette soudaine dépréciation du pétrole est très défavorable pour la Bourse canadienne, considérant la place importante qu'y occupe le secteur pétrolier et l'impact majeur de son développement dans toute l'économie.

En contrepartie, cette dépréciation du pétrole a un impact positif pour les grandes économies industrialisées qui en importent le plus. L'Europe et le Japon en premier lieu, mais aussi les États-Unis, qui importent encore beaucoup malgré l'essor de leur production de pétrole de schiste.

Dans ces grosses économies, une telle dépréciation du pétrole représente l'équivalent d'une importante baisse d'impôt pour les entreprises et des centaines de millions de consommateurs.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment ?

À court terme, évidemment, je garde un oeil sur l'évolution du prix du pétrole.

Toutefois, je m'intéresse davantage aux indicateurs à moyen terme. Et ces temps-ci, c'est l'évolution des salaires aux États-Unis et son impact éventuel sur les marges bénéficiaires des plus gros employeurs.

Jusqu'à récemment, ces marges sont redevenues très bonnes grâce à la reprise de l'économie, ce qui s'est répercuté dans l'appréciation des actions de ces entreprises en Bourse.

Aussi, parce que les salaires déterminent les deux tiers de l'inflation aux États-Unis, l'absence de hausse maintient les attentes inflationnistes à un niveau très faible. Ça maintient un environnement favorable au rendement des marchés boursiers et obligataires.

Par ailleurs, je surveille les principaux indicateurs économiques en provenance de l'Europe parce que l'on y retrouve, à mon avis, des facteurs importants pouvant indiquer l'évolution des taux d'intérêt à long terme aux États-Unis.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir ? 

Dans les fonds diversifiés que je supervise, la Bourse américaine a été depuis longtemps le marché d'investissement de préférence, suivi de la Bourse canadienne et des marchés d'outre-mer.

Parce que la Bourse américaine est mieux diversifiée, d'une part. Mais aussi parce qu'elle était moins à risque d'une dépréciation des matières premières et du pétrole, comme on le voit à la Bourse canadienne depuis quelques trimestres.

Maintenant, nous estimons que le cycle d'appréciation est en bonne partie réalisé sur la Bourse américaine. Par conséquent, nous réduisons notre pondération américaine et augmentons celle des principales économies développées d'outre-mer.

Parce que les multiples (cours-bénéfice, etc.) y demeurent avantageux par rapport à la Bourse américaine. Aussi, parce que ces marchés d'outre-mer profiteront davantage d'un regain de croissance économique que provoquera la dépréciation du pétrole.

Quant à la Bourse canadienne, nous sommes sous-pondérés en raison des perspectives défavorables dans le pétrole et les matières premières, deux secteurs prépondérants.

Néanmoins, les titres du secteur bancaire et financier au Canada demeurent des placements de qualité incontournables pour des fonds et des portefeuilles diversifiés, comme ceux que je supervise.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci ?

Sur la Bourse canadienne, nous demeurons méfiants envers les titres des matières premières et du pétrole en dépit de leur dévaluation marquée, qui pourrait être attrayante pour certains investisseurs.

Aussi, nous sommes très prudents envers les actions des entreprises de services publics. Parce que leur valeur boursière est un peu « dopée », à mon avis, par leur dividende relativement élevé en période prolongée de taux d'intérêt exceptionnellement bas. Par conséquent, cette valeur boursière serait à risque lorsque surviendra la remontée des taux, ce qui ne saurait trop tarder.

Enfin, nous préférons éviter d'investir dans le secteur aurifère. Du moins, tant que la conjoncture de l'économie et du dollar américain demeurera aussi positive, sans grande menace dans la géopolitique internationale.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement ?

D'emblée, c'est la vigueur de la reprise de l'économie américaine et son impact dans les économies voisines, comme le Canada.

Ensuite, c'est l'impact positif de la dépréciation du pétrole sur les perspectives de croissance des principales économies du monde.

Aux États-Unis, la reprise se préparait depuis quelques années, mais elle se butait toujours à de soudains facteurs négatifs.

Mais là, c'est reparti pour de vrai. Les ménages américains ont redressé leur bilan, les entreprises sont en excellente santé financière, l'immobilier est en pleine reprise et le secteur de l'énergie subit une révolution d'approvisionnement.

Quand tu mets ça bout à bout, cette vigueur de l'économie américaine provoquera sans doute une remontée des taux d'intérêt plus rapide que s'y attendent les marchés boursiers. Comme investisseurs, il faut donc ajuster les portefeuilles en conséquence.

***

Clément Gignac est vice-président principal, économiste en chef et président du Comité d'allocation d'actifs du groupe financier Industrielle Alliance. Il supervise des fonds diversifiés canadiens qui cumulent 3,5 milliards en actifs.

Avant de se joindre à la haute direction d'Industrielle Alliance, il y a deux ans, M. Gignac a été pendant trois ans ministre à portefeuille économique au gouvernement du Québec. Auparavant, il a été 20 ans à la direction des études économiques et de stratégie des marchés à la Banque Nationale. Il a aussi été conseiller spécial du ministère fédéral des Finances en 2008 et 2009, lors de la pire crise financière à survenir en 60 ans dans les économies développées.




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