Votre pire ennemi en Bourse, c'est vous

Une étude publiée dans le Journal of Finance de décembre... (Photo Richard Drew, Archives AP)

Agrandir

Une étude publiée dans le Journal of Finance de décembre 2011 démontre que les gens dits «intelligents» sont plus portés vers les marchés boursiers.

Photo Richard Drew, Archives AP

Paul Durivage
La Presse

Faut-il être plus intelligent que la moyenne pour faire de l'argent en Bourse? Il suffit de l'être suffisamment pour vouloir y investir. Après cela, votre pire ennemi, c'est probablement votre tempérament.

« Il n'y a pas de corrélation entre le succès que vous avez dans vos placements et votre quotient intellectuel... Si vous possédez une intelligence dite normale, ce dont vous avez le plus besoin c'est d'un caractère qui contrôle les pulsions déclenchant chez d'autres personnes des situations de placement problématiques », disait Warren Buffett, l'un des meilleurs investisseurs de notre époque.

Une étude publiée dans le Journal of Finance de décembre 2011 démontre d'ailleurs que les gens dits « intelligents » sont plus portés vers les marchés boursiers. Celle-ci repose sur les déclarations fiscales de 160 000 Finlandais et Finlandaises dont le niveau de quotient intellectuel a été mesuré lors de leur service militaire, obligatoire pour les uns et volontaire pour les autres. Le constat demeure, quel que soit le niveau de fortune, le revenu, l'âge ou la profession.

La recette du succès

La recherche montre également que les investisseurs à QI supérieur à la moyenne ont plus tendance à détenir des parts de fonds communs de placement ou un grand nombre d'actions. Tout cela est bon pour la diversification et l'on ne sera pas étonné d'apprendre que leurs portefeuilles affichent généralement un niveau de risque moindre et dégagent des ratios de Sharpe plus élevés (ce qui signifie qu'ils obtiennent de meilleurs résultats sans prendre plus de risque que le marché).

Le quotient intellectuel conditionne aussi largement les comportements boursiers et du coup, le rendement du portefeuille, poursuivent les auteurs dans un second rapport publié dans le Journal of Financial Economics, en mai 2012.

L'analyse plus fouillée des 20 années de données montre que les investisseurs finlandais à QI élevés sont moins sujets à prendre leurs profits sur leurs titres gagnants et n'hésitent pas à rempiler même quand le marché est à un sommet (ce qui correspond à l'approche « momentum »). Ils sont par contre plus prompts à prendre leurs pertes fiscales.

L'on prête aussi aux investisseurs les plus « doués par la nature » un meilleur sens du minutage du marché, de meilleurs choix de titres, et pour couronner le tout, une meilleure exécution de leurs ordres boursiers, ce qui diminue leurs coûts. Cela contribue en bonne partie à la différence de deux points de pourcentage en rendement annuel obtenu historiquement par le groupe au QI supérieur.

Le résultat sur les portefeuilles est amplifié avec le temps. Les Finlandais avec des quotients intellectuels plus bas investissant moins en Bourse, leurs épargnes profitent moins rapidement. Avec l'effet cumulatif important de sommes même petites placées régulièrement en Bourse durant 20 ans (magie des rendements composés), cela pourrait compter plus que la différence de salaire dans l'accumulation de richesse à terme, suggèrent les chercheurs.

Éloge de la paresse

Tout cela ressemble à la recette du succès boursier, à quelques nuances près. Il y a encore plus simple et rentable pour le commun des mortels que de chercher à minuter le marché et courir après les titres ou fonds les plus performants.

Une étude récente du groupe Vanguard, le plus gros gestionnaire de fonds au monde, montre que l'approche passive consistant à investir et réinvestir dans un bon fonds est plus lucrative à long terme que de changer tous les ans pour un fonds affichant une performance supérieure à la moyenne les trois années précédentes. Une différence moyenne de près de trois points de pourcentage a été mesurée pour les différents scénarios simulés entre 2003 et 2013.

On sait aussi comment l'investisseur qui cherche à « timer » le marché risque de se retrouver hors jeu quand la Bourse marque ses gains les plus substantiels. On compte généralement une dizaine de ces occurrences par année. Une bonne partie du rendement boursier en dépend. Acheter et conserver est tellement plus aisé.

Comme le dit le gestionnaire de portefeuille George Soros, considéré comme un « génie » de la finance, « si l'investissement est amusant, si vous avez du plaisir, vous n'allez probablement pas faire de l'argent. Bien investir est ennuyeux ».




publicité

Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer