Ruée vers le cannabis

Aux États-Unis, Cannabis Sativa a presque décuplé de... (PHOTO PABLO PORCIUNCULA, ARCHIVES AFP)

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Aux États-Unis, Cannabis Sativa a presque décuplé de valeur en Bourse depuis le début de l'année, jusqu'à peser aujourd'hui 120 millionsUS. Il s'agit de la meilleure performance parmi toutes les nouvelles petites capitalisations inscrites hors cote depuis le tournant de l'année.

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Paul Durivage
La Presse

La commercialisation du chanvre soulève une réelle effervescence : une première clinique de pot thérapeutique, Santé cannabis, a ouvert ses portes à Montréal, la semaine dernière, et quelque 22 producteurs de cannabis sont maintenant homologués par Santé Canada. Aux États-Unis, environ 250 sociétés se sont déjà lancées dans le secteur chaud du cannabis et ses produits dérivés.

Cela sent aussi la fumée sur la Place du marché. Mais, que cache ce nuage ?

Aux États-Unis, par exemple, Cannabis Sativa a presque décuplé de valeur en Bourse depuis le début de l'année, jusqu'à peser aujourd'hui 120 millionsUS. Il s'agit de la meilleure performance parmi toutes les nouvelles petites capitalisations inscrites hors cote depuis le tournant de l'année.

Le producteur de Salt Lake City ne fait pas que dans le cannabis thérapeutique. Sa filiale nouvellement acquise Kush développe un produit hybride appelé CTA, dont la direction clame ouvertement que « plus vous en fumez, plus vous planez haut, jusqu'aux niveaux psychédéliques », rapporte le chroniqueur Philip van Doorn, de MarketWatch.

L'entreprise est dirigée par l'ex-gouverneur du Nouveau-Mexique et candidat à la présidence des États-Unis en 2012 Gary Johnson, qui ne tarit pas d'enthousiasme pour son stock. Il estime que dans 20 ans, les produits du cannabis représenteront 20 % du marché pharmaceutique. Les « losanges », un produit « vraiment, vraiment plaisant » qu'il destine au marché récréatif, fourniraient par ailleurs une option moins dangereuse que l'alcool, selon ses prétentions.

La réalité décrite dans le rapport annuel est plus dure. L'entreprise y est décrite comme « à haut risque » et l'on peut aussi lire que « nous n'avons pas assez de liquidités en main pour payer les comptes courants ».

Les ratios comptables, à tout le moins, sont hallucinants. Sativa, qui ne compte que deux employés, affichait un actif de 73 671 $US à l'encontre de dettes totales de 317 361 $US, au 31 mars dernier. Ses pertes de 32,5 millions US sont sans commune mesure avec des recettes de 813 $US seulement.

« L'entreprise repose sur une bonne équipe pour diriger les opérations et concevoir ses produits », écrit l'analyste financier indépendant Fred Rockwell, de New York, dans un rapport de recherche récent. Il ajoute toutefois : « Investir dans l'entreprise est un pari sur une croissance qui pourrait ne pas se matérialiser. Le problème est que le prix des actions dépend des nouvelles et des événements et tout ce qui pourrait nuire aux activités de l'entreprise le fera chuter. »

Reconversion

Le cours des producteurs de marijuana est particulièrement erratique en Bourse. L'action du groupe Hemp, de Las Vegas, est passée de 2 à 30 cents US en début d'année avant de retomber à 4 cents, ces derniers jours, ce qui est tout de même deux fois plus. Pour sa part, Medical Marijuana a perdu les trois quarts de sa valeur depuis son sommet de 2009 et a relâché plus de la moitié après son rebond au début de cette année. Le cours du titre représente tout de même 155 fois sa valeur comptable.

Cet emballement marqué de forte volatilité est associé à l'opportunisme de plusieurs acteurs de l'industrie. De nombreuses entreprises procèdent en effet à des reconversions d'activités après avoir échoué dans leur premier domaine d'activité, relève le Financial Times, de Londres, qui a enquêté sur le sujet.

Hemp, par exemple, se consacrait initialement à la culture du café avant de découvrir le chanvre. Le producteur Vapor Group était pour sa part connu sous le nom d'AvWorks Aviation au temps où il planait à l'essence. De même, PetroTech Oil and Gas, comme son nom l'indique, était dans les hydrocarbures et Next Gen Metals, dans l'activité minière.

Selon le magazine américain Forbes, qui a aussi fait son enquête, nombre de dirigeants et d'investisseurs dans les entreprises du cannabis légal viennent, au mieux, du monde du cannabis illégal, quand ce n'est pas du crime organisé. Ces sociétés pâtissant, à tort ou à raison, de leur sulfureuse réputation ont du mal à accéder aux mêmes réseaux et services que les entreprises plus « traditionnelles ». Obtenir un prêt d'une banque leur serait particulièrement ardu.

*

Marijuana Canada

On dénombre déjà au moins cinq entreprises impliquées dans la production ou la commercialisation de la marijuana sur le marché boursier canadien. La plus importante, Tweed Marijuana, retient l'attention de l'analyste québécois Martin Landry, de la firme GMP Securities, qui y voit beaucoup de potentiel, mais un risque proportionnel.

Le titre de l'entreprise de Smiths Falls, près d'Ottawa, a été inscrit à la Bourse de croissance TMX au prix de 2,13 $ en avril dernier. Il a grimpé jusqu'à 3,97 $ dans les séances suivantes, pour redescendre jusqu'à 1,60 $ le mois dernier. La publication d'un premier rapport de recherche favorable a relancé l'intérêt et porté le titre jusqu'à 2,60 $ pièce. Il cotait jeudi à 2,52 $.

L'entreprise spécialisée dans la culture et la vente de marijuana à des fins médicales pèse près de 100 millions en Bourse, quatre fois son actif. Elle s'est principalement financée par appel public à l'épargne, dont un de 15 millions signé par GMP en mai dernier, « les banques canadiennes s'impliquant peu dans l'industrie de la marijuana jusqu'à maintenant », comme le souligne Martin Landry.

Tweed, qui a repris l'inscription boursière d'une petite firme d'investissement technologique, cultive légalement ses plants dans une ancienne usine de chocolat Old Hershey - non loin du poste de police de Smith Falls - et une ferme de Niagara Falls. C'est le deuxième plus grand producteur au Canada (après CanniMed, une société fermée), et ses prix vont de 5 $ à 12 $ le gramme.

« Tweed offre aux investisseurs l'une des meilleures façons, et de la plus haute qualité, de participer à l'industrie de la marijuana thérapeutique », affirme Martin Landry, qui prévoit des premiers profits en 2015, lesquels augmenteraient de 40 % l'année suivante. L'entreprise est dirigée par Bruce Linton, qui avait relancé ComputerLand, Don Gibbs, qui a servi huit ans chez Mitel, et Ryan Douglas, « maître planteur ».

L'analyste souligne par ailleurs les risques politiques et économiques pour le commerce du pot. Une surproduction est d'ailleurs prévue avec les plans d'expansion des nombreux compétiteurs. Parmi ceux-ci, Mettrum Health, OrganiGram Holdings, Bedrocan Cannabis et T-Bird Pharma sont aussi cotés en Bourse, où ils affichent de même de fortes fluctuations ces derniers mois.

Le pot en chiffres

22
Nombre de producteurs de cannabis homologués par Santé Canada.
250
Nombre de sociétés américaines dans le secteur du cannabis.
25
millions
Nombre d'Américains qui en auraient consommé au cours de l'année 2007, soit 10 % de la population âgée de 12 ans ou plus.
119 à 224
millions
Nombre de consommateurs réguliers de cannabis dans le monde en 2010.
2,5
milliards
Évaluation du marché américain du cannabis légal cette année, selon Arcview, une plateforme d'information sur l'investissement dans l'industrie du cannabis.




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