Vers la liberté financière: la ligne d'arrivée

Bruny Surin, ancien athlète, sprinter.... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

Agrandir

Bruny Surin, ancien athlète, sprinter.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marc Tison
La Presse

L'indépendance financière... Comment la voient-ils, y parviendront-ils, la vivent-ils? Quatre témoignages, quatre âges, quatre visions. Aujourd'hui : Bruny Surin, 47 ans

En matière d'investissement, Bruny Surin était sprinter. Il est maintenant coureur de fond(s).

« Au point de vue des finances, je suis très, très conservateur, confie l'homme de 47 ans. J'ai déjà été très agressif, dans le temps que je faisais des compétitions. Et même trop. »

Homme d'action et d'actions, il fonçait à fond de train.

« Avant d'aller m'entraîner, je regardais où mes actions étaient rendues. Après l'entraînement, je n'allais même pas luncher : la première chose que je faisais, c'était d'aller vérifier mon ordinateur. »

La débandade de 2001 va refroidir ses ardeurs boursières.

« J'étais vers la fin de ma carrière, raconte-t-il. J'avais quatre ou cinq titres qui avaient perdu 90 ou 95 % de leur valeur. Je me suis dit : ayoye. Heureusement que j'avais eu de bons rendements auparavant et que c'est venu contrebalancer, parce que ça aurait fait très très mal. J'ai dit à mon courtier : fini les placements agressifs. À partir de maintenant, moi, c'est très, très, très conservateur, point final. »

Entre sa première médaille sur la scène internationale, en 1990, et son retrait de la compétition, en 2002, le spécialiste du 100 m aura pratiqué l'athlétisme au plus haut niveau pendant 12 ans.

Il reconnaît avoir eu « une belle carrière aussi sur le plan financier ».

« J'ai fait attention, mais quand tu arrives à ce niveau-là, tout est quasiment gratuit, décrit-il. J'étais avec Nike et ils me logeaient dans des suites à 1000 $ la journée. Je ne payais pas ! La limousine m'attendait, c'était le billet d'avion en première classe et je faisais de l'argent en plus. »

Il brûlait la piste, mais il n'a rien flambé. Il comprenait que ces années étaient exceptionnelles et ne dureraient pas. Ce qui ne l'empêchait pas de se faire plaisir.

« À un moment, j'ai eu le goût d'une Porsche. Il faut vivre aussi, tu comprends ! Mais ma Porsche n'était pas une Lamborghini à 250 000 $. »

C'était une gâterie, « une petite bébelle, mais une bébelle calculée ».

Une retraite à 35 ans !

Au-delà de la dernière ligne d'arrivée, un tout autre chemin s'ouvrait.

« Une fois à la retraite, tu es laissé à toi tout seul, dit-il. C'est très brusque. »

Il savait que ses revenus publicitaires diminueraient, qu'il devrait se trouver une nouvelle carrière.

« Il fallait établir un plan de match, et j'ai commencé à le mettre en place deux ans plus tôt, tout de suite après mes derniers Jeux olympiques, en 2000. C'est là que je me suis demandé ce que je voulais faire après ma retraite de la compétition, quelle stratégie je devais prendre, ce qui me faisait triper le plus. »

Le projet d'une ligne de vêtements à son nom avait germé dès le début des années 2000. Il avait même commencé à assembler quelques échantillons.

Il lancera les vêtements Surin en 2009.

« Et quand j'ai vraiment pris ma retraite, la transition s'est faite très bien. Mais si je n'avais pas fait cet exercice, j'aurais certainement eu de la difficulté à m'adapter. Ce n'est pas évident pour un athlète. Pendant 18 ans, c'est la discipline, la nutrition et tu as toute une équipe qui t'entoure. »

Cette leçon n'a pas été perdue. « Ce que j'ai appris, c'est qu'il fallait bien s'entourer. À partir de ce moment, j'ai pris des gens qui s'y connaissaient en la matière. J'ai confié de l'argent à des courtiers, et ça fait des années qu'on travaille ensemble. »

Indépendance financière 

Outre son entreprise, Bruny Surin touche également des revenus de conférencier et de porte-parole.

« Pour l'instant, la pédale est au plancher. Il y a des projets, ça avance, la ligne de vêtement est à fond, je travaille très fort. Vers 51 ou 52 ans, j'aimerais ralentir le rythme. »

En prévision de cette échéance, il cherche à établir un partenariat avec les entreprises dont il est le porte-parole. Il veut en quelque sorte rentabiliser son capital de renommée. « Je pense que j'ai un bon nom. Tant qu'à l'utiliser, j'aimerais avoir une petite partie de l'entreprise ! », déclare-t-il dans un grand éclat de rire.

Il prévoit que ces projets, en cours de discussion, se concrétiseront au début 2015. « Je pense que c'est ce qui va me permettre aussi, dans quelques années, d'avoir plus d'indépendance financière. »

La prochaine ligne d'arrivée

Sa conjointe Bianelle Legros est gestionnaire pour le marché sportif, chez Tourisme Montréal. Ils ont le même âge, à cinq jours près. Leurs deux filles de 18 et 20 ans étudient aux États-Unis, dans des programmes sportifs.

« Les finances, on les fait ensemble, Bianelle et moi, indique Bruny Surin. On décide ensemble, en famille, où on s'en va, où on est. »

Une autre ligne d'arrivée se présentera un jour. La préparation de la dernière ligne droite, de la retraite, fait-elle l'objet d'une réflexion commune ?

Il a toujours fait de la visualisation, cette technique prisée par les sportifs, qui se voient en action, révisent leurs gestes par la pensée, s'imaginent remportant la victoire. Il la met aussi en pratique pour ses objectifs de vie.

« Mais je suis rendu dans une période dans ma vie où ça me chicote, ajoute-t-il. Je viens de vous dire que vers 52 ans, je vais ralentir, mais le fait d'aller - si Dieu le veut - jusqu'à 60 ou 65 ans, ça me chicote. On dirait qu'inconsciemment, je ne veux pas le visualiser. »

L'importance est dans cette courte interpolation : si Dieu le veut. Elle souligne davantage une crainte qu'une incertitude. « Je me dis : est-ce que je vais être en forme ? Écoute, j'ai perdu ma mère quand elle avait 65 ans. Pendant 10 ans, elle a été très malade. J'allais la voir à l'hôpital et je me disais : si ça m'arrive à moi, je ne sais pas comment je vais réagir. »

Bianelle semble plus sereine. « Elle est sur le mode : «on vieillit, la vie est belle, ou,i on va être vieux et on va s'aimer», et tout ça. Pour elle, c'est normal, c'est un processus naturel. »

« Et tu me poses la question : est-ce qu'on discute de ce qu'on fera après ? Je viens de me rendre compte que nous n'en avons jamais parlé. »

Il n'est jamais trop tard.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer