Les femmes s'investissent

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Les femmes s'aventurent encore généralement dans le domaine de l'investissement avec anxiété, prudence et manque de confiance en elles.

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Anne Gaignaire

COLLABORATION SPÉCIALE

La Presse

De plus en plus présentes dans les emplois professionnels et les postes de direction, les femmes représentent une clientèle en croissance pour les institutions financières, qui multiplient les stratégies afin de s'adapter à elles et capter l'attention de ce marché lucratif.

PLUS D'ARGENT, PLUS D'AUTONOMIE

Les femmes s'aventurent de plus en plus dans le milieu de l'investissement, mais elles n'y naviguent pas encore sereinement et pas toujours efficacement. Les banques s'adaptent pour les guider et leur apprendre à apprivoiser le risque.

Elles gèrent pourtant plus de la moitié des fonds en gestion de patrimoine personnel. Une réalité récente qui va de pair avec le fait que le tiers des Canadiennes gagnent désormais plus que leur conjoint et que quatre nouvelles entreprises sur cinq sont créées par des femmes, souligne Viviane Croux, vice-présidente et chef de groupe, Services aux clients privés, Gestion de patrimoine TD, qui a fait réaliser un sondage international auprès de femmes qui investissent en 2012. « Tout porte à croire que cette influence ne fera que croître », estime la dirigeante.

Mais les femmes s'aventurent encore généralement dans le domaine de l'investissement avec anxiété, prudence et manque de confiance en elles. 

De plus, leurs préoccupations diffèrent beaucoup de celles des hommes, intéressés plutôt « par les performances et les résultats à court terme, alors que les femmes se projettent dans 20 ou 25 ans et sont préoccupées par la sécurité financière de leur famille - enfants, mais aussi parents vieillissants - à long terme », observe Mme Croux. 

Conscientes de cette responsabilité, elles avancent prudemment. 

« La première phrase qu'elles prononcent généralement, c'est : "Moi, je ne prends pas de risques !" », dit Angela Iermieri, planificatrice financière au Mouvement Desjardins, à propos des femmes qui investissent.

Près du tiers des femmes (31 %) qui investissent dans un REER préfèrent ne prendre aucun risque avec leur capital, selon un sondage effectué pour le compte du Mouvement Desjardins. Elles choisissent des produits financiers conventionnels aux rendements connus d'avance, comme les obligations ou les dépôts à terme. « Le problème, c'est que ce sont les produits qui rapportent le moins », regrette Angela Iermieri.

VITAL DE PRENDRE DES RISQUES 

Mauvais choix pour les femmes, dont les besoins d'épargne sont grands. Non seulement leur espérance de vie est supérieure à celle des hommes, donc elles doivent s'assurer d'avoir un revenu suffisant à la retraite, mais en plus elles ont une durée de vie professionnelle souvent plus courte et des revenus moindres comparés à ceux des hommes. 

« En 2010, les hommes gagnaient en moyenne 41 200 $ par an au Québec contre 30 000 $ pour les femmes, dont les cotisations à leur REER étaient, logiquement, moindres également [2200 $ contre 3000 $ pour les hommes en 2011] », souligne Angela Iermieri, du Mouvement Desjardins. 

En revanche, elles sont moins impulsives que les hommes et réagissent généralement moins aux baisses de marché. Selon un sondage réalisé pour le Groupe TD, 66 % des femmes ne ressentent pas le besoin d'apporter des modifications à leur portefeuille lorsqu'elles sont confrontées à la volatilité du marché. 

Toutefois, si Julie Barker-Merz, présidente de BMO Ligne d'action, estime que « les femmes ont tout de même un bon rendement à la fin du compte parce qu'elles conservent généralement leurs placements sur le long terme », ne pas prendre assez de risques dans ses placements équivaut à... prendre un risque pour son avenir. 

« On accompagne les femmes pour leur expliquer l'intérêt d'avoir un portefeuille équilibré. Elles peuvent trouver des produits financiers qui sont un compromis entre le rendement et la sécurité à long terme », poursuit Mme Iermieri. 

Car c'est souvent par méconnaissance qu'elles font des choix prudents. Les femmes le reconnaissent aisément : elles sont mal à l'aise dans la prise de décisions d'investissement, car elles ne se sentent pas assez éduquées et informées. Elles sont prêtes à se faire accompagner par un conseiller, en qui elles doivent cependant avoir confiance avant d'accepter de prendre des décisions. La présence du conseiller est beaucoup plus importante que pour les hommes. Selon un sondage réalisé pour le compte de BMO Ligne d'action, 40 % des femmes demandent conseil, contre 19 % des hommes au Québec.

D'ABORD, CRÉER UN CLIMAT DE CONFIANCE

Hélène Paradis, conseillère en placement pour Gestion de patrimoine TD, s'adapte naturellement aux femmes qu'elle reçoit pour discuter du placement de leur épargne. Voici ses observations.

Quelle est, selon ce que vous observez, la différence d'approche des femmes par rapport aux hommes vis-à-vis de l'investissement ? 

Elles prennent beaucoup plus de temps que les hommes avant de prendre des décisions. Il faut les rencontrer plusieurs fois, elles posent beaucoup de questions, car elles veulent comprendre. Mais quand la stratégie est en place, elles s'attardent moins que les hommes au choix des produits. Elles font confiance à leur conseiller pour cela. De même, lorsque le processus est enclenché, la révision annuelle se fait généralement rapidement, car elles ne changent pas souvent de produits ou de stratégie. 

Constatez-vous que les femmes sont plus - voire trop - prudentes que les hommes ? 

Souvent, elles disent dès le départ qu'elles sont très prudentes. Mais quand on prend le temps de leur expliquer les tenants et les aboutissants, de leur donner de l'information sur les fonds, elles sont capables de prendre des risques. 

Quelle approche privilégiez-vous quand vous avez affaire à une femme qui vient vous rencontrer pour investir son épargne ? 

Le processus - tour de la situation, planification, présentation des options, etc. - n'est pas différent selon que je m'adresse à des hommes ou des femmes. Mais mon approche avec les femmes, ne serait-ce que parce que j'en suis une aussi, varie sensiblement. Avec elles, il faut créer un climat de confiance pour qu'elles se sentent à l'aise et posent leurs questions. Alors, je crée plus de liens avec elles. Je prends le temps de les écouter. On parle le même langage :  je connais leurs priorités (s'occuper de leurs parents vieillissants, assurer l'avenir de leurs enfants, etc.). 

Votre clientèle féminine est sûrement diversifiée. Les femmes ont-elles toutes le même comportement lorsqu'il s'agit de faire des investissements avec leur épargne ? 

Même si certains traits sont communs, l'âge amène quelques différences. Les femmes de la génération X sont plus curieuses et plus à l'aise que leurs aînées. La génération des baby-boomers est moins confiante. Dans leur cas, si la femme vient en couple, elle parle souvent moins que son mari et, quand il y a un grand changement dans sa vie (divorce, disparition du conjoint), elle vient souvent aux premiers rendez-vous accompagnée d'un ami, d'une présence rassurante. On voit que ce sont des décisions qui ne leur sont pas familières. Mais les femmes, quel que soit leur âge, sont de plus en plus obligées de s'occuper d'investir leur épargne lorsqu'elles sont célibataires, veuves ou divorcées, mais aussi parce qu'elles gagnent plus qu'avant et que, vivant plus longtemps que les hommes, elles doivent planifier leur retraite.

MIEUX COMPRENDRE LES CLIENTES

Les institutions financières multiplient les enquêtes et les sondages sur les femmes qui investissent afin de mieux les comprendre et les accompagner.

« Ces 20 dernières années, les femmes ont davantage gagné d'argent et elles ont commencé à prendre leur épargne en mains, mais les banques ne se sont pas adaptées », constate Julie Barker-Merz de BMO Ligne d'action, qui tente de devenir « la banque des femmes ». 

Dans ce contexte, la Banque de Montréal organise jusqu'au printemps des groupes de réflexion dans lesquels elle invite les femmes à exprimer ce dont elles ont besoin pour, ensuite, établir une stratégie nationale.

Groupes témoins, formation des conseillers, conférences d'information à l'adresse des femmes, les institutions financières mettent tout en oeuvre pour capter l'attention de   cette clientèle, « encore sous-représentée », selon Viviane Croux, du Groupe TD. 

Le Groupe TD a déjà formé ses conseillers à mieux comprendre le comportement des femmes face aux décisions d'investissement. 

« Leur approche peut être adaptée, par exemple, en consacrant plus de temps qu'avec les hommes à la planification. Si cette étape prend 15 minutes avec un homme et l'explication des produits financiers, 45 minutes, avec une femme, il est préférable d'inverser les proportions », dit Viviane Croux, vice-présidente et chef de groupe Québec, Gestion privée chez TD.

Le Groupe TD a également mis en place en 2013 des ateliers d'information animés par des conseillers en gestion de patrimoine pour les femmes qui veulent investir, auxquels près de 5300 clientes ont participé.

Maintenant qu'elles sont mieux comprises et plus écoutées par les institutions financières, reste à voir si les femmes accepteront de prendre plus de risques dans leurs placements à l'avenir.

EN CHIFFRES

- 61 % des épargnantes au Québec qualifient leur profil d'investisseur de prudent ou modéré, contre 46 % des épargnants.

- 7 % des épargnantes optent pour un profil audacieux ou dynamique, contre 19 % des épargnants.

- 74 % des répondantes au sondage détiennent des placements ou de l'épargne.

- Deux sur trois ont l'intention de cotiser cette année à leur REER (63 %) et leur CELI (66 %) dans la même proportion que les hommes.

- Près du tiers des femmes (31 %) qui investissent dans un REER préfèrent ne prendre aucun risque avec leur capital.

- Les épargnantes espèrent des rendements moyens de 8,1 %, alors que l'Institut québécois de planification financière utilise un taux de 4,89 % dans ses projections pour un portefeuille prudent ou conservateur.

- 69 % des répondantes affirment n'avoir que peu ou pas de connaissances en matière de placement.

- 78 % des épargnantes demandent l'aide d'un conseiller pour la gestion de leurs placements.

- 15 % des Québécoises ont un plan financier écrit.

Source : sondage, réalisé par SOM à la fin décembre 2013 auprès de 1594 internautes québécois pour le compte de Desjardins Gestion de patrimoine.




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