Gare à la contagion baissière!

Martin Roberge est directeur général de al stratégie... (Photo Edouard Plante-Fréchette, Archives La Presse)

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Martin Roberge est directeur général de al stratégie de portefeuille nord-américaine pour la firme canadienne de courtage Cannaccord Genuity.

Photo Edouard Plante-Fréchette, Archives La Presse

Chaque dimanche, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Martin Roberge, directeur général de la stratégie de portefeuille nord-américain pour la firme canadienne de courtage Canaccord Genuity.

Q: À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse ?

R: C'est la contagion de la correction boursière des petites capitalisations vers le marché des grandes capitalisations.

Jusqu'à tout récemment, ces dernières avaient résisté, particulièrement aux États-Unis, grâce à la force du dollar américain.

Mais on a vu cette semaine qu'il ne fallait qu'une grande entreprise comme le fabricant automobile Ford abaisse ses prévisions de bénéfices pour rappeler aux investisseurs que l'impact du ralentissement de l'économie européenne et l'embargo commercial contre la Russie est bien réel.

Par ailleurs, la hausse ininterrompue du dollar américain augure d'un autre impact négatif sur les prochains résultats de ces entreprises internationales.

Bref, à l'approche des annonces de résultats du troisième trimestre, les investisseurs craignent que plusieurs entreprises abaissent leurs perspectives de croissance des profits.

Q: Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment ?

R: Nous ne suivons pas un indicateur en particulier, mais plutôt les devises des pays émergents.

Historiquement, une forte poussée du dollar américain comme ce que l'on voit ces temps-ci a souvent provoqué des turbulences financières et économiques dans les pays émergents.

Souvenons-nous de la crise monétaire en Asie de 1998, qui s'est répercutée dans l'économie mondiale.

Cette fois-ci, heureusement, les devises des économies émergentes ne se plus attachées au dollar américain, de sorte que leur dépréciation offrira un support économique à certains pays exportateurs.

Cependant, il demeure un risque non négligeable dans les pays d'économie émergente qui ont une lourde dette gouvernementale et corporative qui est libellée en dollars américains.

Les investisseurs doivent savoir qu'environ les deux tiers de la croissance économique mondiale reposent sur les pays émergents. Une certaine fermeté de leurs devises est donc souhaitable.

Q: Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir ?

R: L'accroissement des risques macro-économiques appelle évidemment à plus de prudence en Bourse, d'autant que les mesures de l'aversion au risque parmi les investisseurs sont revenus à leur plus haut depuis 2011.

Cela dit, notre portefeuille type chez Canaccord Genuity demeure légèrement surpondéré en actions, de préférence aux obligations.

Sur la Bourse canadienne, nous recommandons les titres d'entreprises qui bénéficieront le plus de la baisse de prix de certaines matières premières et du dollar canadien.

Par exemple, en Chine, un quota sur les importations de coton maintiendra le prix du coton faible pour un bon bout de temps. Donc, une entreprise comme Gildan (fabricant international de t-shirts et sous-vêtements) profitera de cette situation, car le coton représente une partie importante de ses coûts d'exploitation.

Autre exemple : le prix brut des aliments de base a baissé significativement dernièrement. Les grands épiciers tels que Loblaw (Provigo & Maxi au Québec) en profiteront sûrement pour rehausser leur marge bénéficiaire.

Par ailleurs, peu de secteurs en Bourse devraient profiter autant de la dépréciation du dollar canadien que les pétrolières intégrées. La demande américaine de produits raffinés surchauffe alors que les raffineries américaines tournent à pleine capacité.

Nous anticipons une forte augmentation des exportations canadiennes de pétrole raffiné vers les États-Unis au cours des prochaines années. L'entreprise Suncor (pétrole de sables bitumineux) fait un titre à détenir dans ce contexte.

Q: À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci ?

R: D'emblée, toutes les valeurs mobilières qui sont liées à l'industrie automobile et au financement des acheteurs de véhicules.

Nous croyons qu'une bulle similaire à celle de l'immobilier prend forme au niveau des prêts automobiles octroyés par les banques. En Amérique du Nord en particulier, un accès beaucoup trop facile au crédit a gonflé artificiellement les ventes d'autos.

Dans ce contexte, un ralentissement de l'économie mondiale risque d'avoir un impact sur les ventes d'automobiles. Les banques pourraient aussi devoir resserrer l'accès au crédit automobile si les taux de délinquance (défaut de paiement) continuaient à grimper.

Q: Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement ?

R: L'impuissance des politiques monétaires pour stimuler la croissance économique.

Par conséquent, en Bourse, bien que nous ne voyons pas encore de marché baissier à l'horizon, le risque n'est pas nul pour autant.

De plus, il est possible que les mesures d'assouplissement monétaire en Europe et en Chine s'avèrent des coups d'épée dans l'eau.

C'est une chose de vouloir stimuler le crédit et la croissance économique par des baisses de taux d'intérêt. Mais encore faut-il qu'il y ait une demande accrue de crédit de la part des particuliers et des entreprises !

***

Martin Roberge est directeur général de la stratégie de portefeuille nord-américaine pour la firme canadienne de courtage Canaccord Genuity, à son bureau de Montréal. Son expérience sert aux conseillers en placement de la firme ainsi qu'à leurs clients investisseurs, pour la gestion de quelque 10 milliards en actifs investis.

Avec plus de 20 ans d'expérience en valeurs mobilières, il fait partie depuis quelques années de la sélection des « analystes étoiles » faite par la firme Brendan Woods International.

Martin Roberge détient le titre d'analyste financier certifié (CFA), ainsi qu'une maîtrise et un baccalauréat en finances des universités de Sherbrooke et Bishop.




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