Pour en finir avec les dettes

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Quand les dettes deviennent trop lourdes à porter, il faut parfois se résoudre à adopter des solutions draconiennes pour retrouver le sommeil et la quiétude. Ce quatrième épisode de notre série « Train de vie extrême » présente quelques-unes de ces solutions, et des mesures de prévention pour éviter d'en arriver là.

FREINER LA SPIRALE DE L'ENDETTEMENT

Nous proposons maintenant des pistes de solution pour un couple de la Rive-Sud, lourdement endetté, dont il a été question il y a trois semaines.

Note de la rédaction 

La vidéo dans laquelle le couple exposait sa situation, diffusée il y a trois semaines, a suscité beaucoup d'intérêt. Notre reportage a été partagé 7000 fois en seulement 24 heures par l'intermédiaire des réseaux sociaux. Les commentaires acerbes de certains internautes ont incité le couple à se retirer du projet, en nous demandant de ne plus diffuser la vidéo.

Comme ils sont loin d'être les seuls à se débattre avec l'endettement, nous proposons des pistes de solutions pour ceux qui se retrouvent dans des situations similaires.

Josée Pomerleau rencontre régulièrement des consommateurs qui font passer leurs désirs avant leur réalité financière. Elle est syndique de faillite.

« Certains estiment que tout ce qu'ils voient autour d'eux est essentiel à leur bonheur, remarque-t-elle. Ils dépensent sans s'en rendre compte, avec leur carte de crédit. Ils n'ont pas conscience de leur budget. »

C'est souvent ce qui enclenche la spirale de l'endettement. « La première année, on a un déficit de 1000 $, ça ne paraît pas trop. Mais si on n'y voit pas, ça s'accumule d'année en année de façon exponentielle », poursuit-elle.

C'est peut-être ce qui est arrivé à Martine et François (noms fictifs), qui ont admis franchement « ne pas se priver de grand-chose ». Ils vivent dans une grande maison récente et luxueuse, ont une piscine creusée, deux voitures neuves, une cuisine dernier cri, se paient des vacances et des escapades, tout ça à crédit.

Leur endettement a explosé il y a quatre ans, lorsqu'ils ont acheté cette propriété, grâce à un prêt hypothécaire de 425 000 $, amorti sur 35 ans - cette option était encore possible alors. S'ils y restent, François aura 72 ans quand ils l'auront payée au complet. D'autres dettes alourdissent encore leur fardeau. Les intérêts à eux seuls totalisent 1820 $ par mois, incluant l'assurance qu'ils doivent payer sur leur marge de crédit.

SITUATION FINANCIÈRE DE MARTINE ET FRANÇOIS

Revenu familial de 160 000 $

Enfants âgés de 9 mois à 10 ans

Dettes 

Hypothèque : 400 000 $

Marge de crédit : 35 000 $

Cartes de crédit : 11 500 $

Prêts-autos : 50 000 $

Total : 496 500 $

Actifs 

Maison : 540 000 $

REER : 35 000 $

Signe que ces dettes sont en train de les faire couler, ils se retrouvent avec un déficit mensuel de 1680 $ - 20 160 $ par année ! - après avoir fait leur portrait budgétaire pour la première fois. Selon Josée Pomerleau, le portrait est peut-être même pire, car elle les soupçonne d'avoir sous-estimé certaines dépenses.

LES SIGNES DU SURENDETTEMENT 

• Retard dans les paiements de certains comptes.

• Impossibilité de payer son solde de carte de crédit en totalité pendant plusieurs mois.

• Utilisation du crédit pour payer d'autres dettes ou des dépenses essentielles.

Les solutions au surendettement : 

• Réaménager le budget en réduisant les dépenses.

Ce qui passe par un réexamen des valeurs. Un changement difficile, puisqu'il exige de remettre en question sa façon de vivre.

• Consolider les dettes, en contractant un nouvel emprunt à faible taux d'intérêt pour rembourser les dettes plus coûteuses.

• Déposer une proposition de consommateur, qui permet de mettre fin à l'accumulation des intérêts sur les dettes, mais nécessite un engagement à rembourser les sommes dues, au moins en partie.

• Faire faillite, ce qui permet d'être libéré de ses dettes, mais entraîne la saisie de la majorité des actifs.

Comme le taux d'endettement de Martine et François est déjà très élevé, ils pourraient difficilement faire une consolidation de dettes, selon Josée Pomerleau. Elle suggère plutôt une proposition de consommateur pour le paiement des cartes de crédit, assorti d'un remaniement budgétaire important, qui leur permettrait de garder leur maison.

SA PRESCRIPTION : 

• Rendre au créancier un de leurs véhicules, pour lequel ils paient 468 $ par mois en remboursement de prêt.

« Malheureusement, la valeur du véhicule est probablement moindre que le solde du prêt, qui s'élève à 16 000 $, dit Mme Pomerleau. C'est rare qu'on puisse vendre sans perte une voiture qui a quatre ans, à moins d'avoir fait une grosse mise de fonds au départ. » Ils auront donc encore une dette envers le créancier, d'environ 3000 $, qui pourra être ajoutée au montant de la proposition de consommateur.

• Achat d'un véhicule d'occasion, pour 2000 ou 3000 $, puisque les deux conjoints ont besoin d'une voiture pour leur travail.

• Réduire les dépenses discrétionnaires, comme les vacances, les loteries, le restaurant, l'alcool, les cadeaux, qui totalisent 375 $ par mois selon le portrait budgétaire réalisé par le couple.

• Pour rembourser la dette de 15 000 $ (cartes de crédit et solde du prêt-auto pour la voiture remise au créancier), ils feront une proposition de consommateur, par l'intermédiaire d'un syndic, en offrant aux créanciers de leur payer 260 $ par mois pendant cinq ans. Si la proposition est acceptée, les intérêts cessent de s'additionner. Mais la procédure sera inscrite à leur dossier de crédit.

• Le reste des sommes dégagées dans le budget mensuel servira à rembourser la marge de crédit. S'ils y consacrent 400 $ par mois, plus 100 $ pour l'assurance, ils l'auront remboursée dans environ neuf ans. « Mais ça ne fonctionnera que s'ils acceptent de se serrer la ceinture », note la syndique.

Martine et François ont aussi évoqué la possibilité de vendre leur maison de la Rive-Sud pour s'installer à Montréal, plus près de leur travail. Josée Pomerleau n'est pas certaine que ça soit une si bonne idée. « Vendre une maison, ça peut être long, jusqu'à un an, dit-elle. Et les maisons sont chères à Montréal, ils risquent de se retrouver encore avec une grosse hypothèque. » D'autant plus que, à la suite de la vente, après le paiement de leurs dettes - sauf les prêts-autos - le couple n'aurait pas plus de 80 000 $ à consacrer à la mise de fonds pour une nouvelle propriété. Et ils ne pourront peut-être pas se passer d'une voiture, à cause des exigences de leurs emplois.

DES LECTEURS PARTAGENT LEURS SOLUTIONS

Le reportage sur le lourd endettement de Martine et François a suscité de nombreuses réactions et suggestions de lecteurs. Nous vous en présentons quelques-unes.

LE DÉDALE DES CALCULS

Malheureusement, des situations d'endettement comme celle de Martine et François, qui ont des revenus presque deux fois plus élevés que le revenu familial moyen au Québec, sont beaucoup trop fréquentes.

Ils ont commis l'erreur de dépasser leur capacité d'emprunt de 50 000 $, en choisissant, en plus, l'amortissement maximal (35 ans) permis à ce moment-là.

Deuxième erreur : prendre une marge de crédit non pas pour une réparation urgente, mais pour une piscine creusée qui n'augmente pas la valeur d'une maison et qui entraîne, en plus, des frais connexes.

Avec un taux d'intérêt moyen de 8 %, la marge de crédit qui a servi à l'achat de la piscine leur a coûté 11 200 $ en intérêts depuis quatre ans. Après 10 ans, la piscine leur aura coûté la fabuleuse somme de 63 000 $ !

Un conseiller bien avisé aurait vu que ses clients étaient déjà au maximum de leur capacité, étant donné les coûts de transport entre la banlieue et Montréal et les congés parentaux qui diminuent les revenus de la famille.

Les gens sont laissés à eux-mêmes dans le dédale des calculs sur l'amortissement, le coût réel en intérêt, le ratio d'endettement, etc. Le pire est que, selon la fameuse formule du ratio d'endettement dont se servent les institutions financières, Martine et François seraient encore admissibles à un endettement supplémentaire !

- Pierre Fortin, syndic de faillite, Jean Fortin et associés

QUELQUES SUGGESTIONS

1 - Déménager à Saint-Hubert. Les maisons et les taxes y sont moins chères et c'est à proximité de tous les services et des transports en commun vers Montréal.

2 - Garder un seul véhicule. Se procurer une petite auto usagée comme deuxième véhicule si nécessaire.

3 - Mettre sur pause TOUT nouvel achat non essentiel pour la prochaine année, même si cette mauvaise habitude est devenue une dépendance aussi féroce que la nicotine, le jeu ou l'alcool. 

4 - Jouir de ce qu'ils ont. Avec tous les achats des dernières années, ce couple en a assez pour bien vivre.

5 - Focaliser sur le couple et la famille. C'est toujours ce qu'il y a de plus important. Une semaine de vacances à la maison peut être aussi agréable qu'un voyage (sortie de vélo, pique-nique, party de piscine, randonnée en montagne, souper d'amoureux, journée cinéma maison, etc.).

- Lucette D'Aoust, coach professionnelle

LA LEÇON DU BEAU-PÈRE

Mon beau-père disait : tu te fixes un montant d'épargne et tu le respectes contre vents et marées. Cette somme est prioritaire et rien ne peut la remettre en question. Notez dans un livre toutes les dépenses quotidiennes et retardez tout achat impulsif de quelques jours. Vous allez trouver vous-mêmes où réduire les dépenses.

- Laurent Langlois

ENCAISSER LES REER

Quelle est la logique d'avoir une marge de crédit à 8 ou 9 %, ou de payer des intérêts sur une carte de crédit à 20 %, et en même temps, placer ses REER à 2,5 % ? Payer une dette portant un taux d'intérêt de 9 % est équivalent à placer son argent dans un REER à 15,5 % une fois qu'on aura payé l'impôt lors du retrait. Ça semblera totalement inacceptable, mais je leur suggère d'encaisser leurs REER, ce qui donnera 20 300 $ après paiement de l'impôt pour payer les cartes de crédit et une partie de la marge. Ils économiseront alors 580 $ par mois, ou 7000 $ par année (non imposable !). Le REER devrait rapporter 34,5 % annuellement pour être plus intéressant.

- Maurice Jean

QUELQUES IDÉES

1 - Vendre leur maison, rembourser ce qu'ils peuvent avec le gain et racheter une maison plus petite. Ça veut dire : pas de piscine et peut-être deux enfants par chambre, mais ils vont survivre et être heureux.

2 - Aucune carte de crédit, ou une seule en cas de pépin, avec un maximum de 250 $.

3 - Leurs plus grandes richesses : ils ont deux jobs et une famille en santé.

4 - Avant de faire une dépense, se donner un délai de réflexion et demander à un tiers de les rendre objectifs. Pas une banque ou un conseiller, un proche honnête.

5 - Faut trouver le plaisir dans cette démarche. Bonne chance !

- Jules

NOUS AUSSI ! 

Nous sommes dans le même genre de situation et voici nos trucs : 

• Utiliser les offres de cartes de crédit à 0 % et parfois 0,99 % pour diminuer au maximum mes dettes sur d'autres cartes. Ces taux sont offerts pour 8 ou 9 mois, donc je retransfère le solde sur la marge ou la carte lorsque la promotion est terminée.

• Ma mère habite avec nous. Ça lui coûte moins cher qu'un appartement et cela nous permet d'avoir une maison plus grande, dans un plus beau quartier et d'éviter les coûts du service de garde après l'école.

• Nous allons rarement au resto. Peuvent-ils louer une chambre au sous-sol à un étudiant ou y accueillir un membre de leur famille ?

- Isabelle Lefebvre

Note : Certains commentaires ont été abrégés.

ÊTES-VOUS TROP ENDETTÉ ?

Avez-vous des inquiétudes quant à votre propre niveau d'endettement, quand vous lisez sur le sujet ? C'est une bonne idée de se poser la question, mais il n'y a pas de réponse simple.

La proportion de revenu que vous pouvez consacrer au remboursement de vos dettes dépend d'abord de vos autres obligations financières et de vos priorités. Un ménage ayant emprunté pour acheter deux luxueuses voitures neuves aura évidemment moins d'argent à consacrer au paiement d'une hypothèque. Une famille comptant plusieurs enfants devra tenir compte des dépenses engendrées par sa marmaille. Même chose pour un couple qui désire voyager à l'étranger chaque année.

« La seule façon de le savoir vraiment, c'est de faire un budget en comptabilisant toutes nos dépenses, pour voir combien nous pourrions consacrer au remboursement d'un prêt », souligne Pierre Fortin, syndic de faillite pour Jean Fortin et associés.

L'Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) propose tout de même des balises : 

• Les paiements pour rembourser votre dette à la consommation (carte de crédit, marge de crédit, prêt-auto, etc.) ne devraient pas représenter plus de 15 à 20 % de votre revenu mensuel brut (avant impôt).

• Les paiements pour rembourser votre dette totale (incluant l'hypothèque, le prêt étudiant, etc.) ne devraient pas représenter plus de 35 à 40 % de votre revenu mensuel brut (avant impôt).

Les institutions financières utilisent aussi des formules pour calculer le ratio d'endettement des ménages. Mais ces outils sont surtout utiles pour déterminer combien elles accepteront de prêter à un consommateur. Ils ne devraient pas être utilisés pour déterminer sa propre capacité de remboursement, puisqu'ils ne tiennent pas compte de toutes les dépenses (enfants, pensions alimentaires, essence, rythme de vie, etc.) et qu'ils prennent en considération le revenu brut, soulignent les groupes de défense des consommateurs.

Ratios utilisés par les prêteurs hypothécaires pour évaluer le dossier de leurs clients 

• Amortissement brut de la dette (ABD)

Le paiement de l'hypothèque, des impôts fonciers, du chauffage et de la moitié des charges de copropriété ne doit pas accaparer plus de 32 % du revenu brut du ménage.

• Amortissement total de la dette (ATD)

L'ATD ajoute à l'équation les autres dettes à rembourser, en plus de l'hypothèque : l'addition de ces obligations ne doit pas dépasser 40 % du revenu brut du ménage.

Il faut éviter de se fier entièrement à ces outils. Si vous avez des dettes sur une carte de crédit ou une marge de crédit, le prêteur n'exige qu'un paiement minimum pour la carte de crédit et le montant des intérêts pour une marge de crédit. Mais si vous ne payez que ces sommes, il vous faudra une éternité pour rembourser votre carte de crédit - en payant des frais d'intérêt astronomiques en prime - et vous ne paierez jamais le capital de votre marge de crédit, ce qui entraînera des frais d'intérêt perpétuels.

Or, les institutions financières calculent votre ratio d'endettement en utilisant ces montants minimums. Ce qui signifie que, si vous acceptez le maximum que votre institution financière vous offre pour un prêt hypothécaire, vous risquez d'avoir de la difficulté à venir à bout de vos autres dettes.

« Les employés des banques ont des objectifs à remplir. On peut se demander si la poursuite de ces objectifs passe avant l'intérêt du client, avance Danièle Soaré, coach financière, qui a longtemps travaillé dans le milieu bancaire. Les gens ne devraient pas remettre leurs pouvoirs entre les mains des banques. Ils doivent eux-mêmes déterminer combien ils peuvent se permettre d'emprunter. »

Au-delà des formules toutes faites, seul un examen sérieux du budget peut vous donner la réponse. Additionnez toutes vos dépenses mensuelles, toutes vos factures, tous vos paiements de dettes. Sans en oublier ! Pour les paiements qui ne reviennent pas chaque mois, comme les taxes municipales, les dépenses de la rentrée scolaire, des vacances ou du temps des Fêtes, répartissez le montant dépensé annuellement sur les 12 mois de l'année.

Soustrayez le résultat de votre revenu mensuel net. Si vous êtes dans le négatif, c'est clair qu'il y a un problème et que vous devrez vous résoudre à faire des choix. Idéalement, vous devriez avoir un surplus pour l'épargne, dans le but d'amasser un coussin financier et de financer votre retraite.

Si vous ne savez pas par où commencer, consultez l'ACEF de votre région, qui offre des outils de gestion de budget, parfois même sur son site web.




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