Conjoncture favorable malgré les remous géopolitiques

Martin Lefebvre, vice-président Stratégies de placements et répartition... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Martin Lefebvre, vice-président Stratégies de placements et répartition d'actifs à la Banque Nationale.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Martin Lefebvre, vice-président, stratégie de placement et répartition de l'actif, à la Banque Nationale.

1) À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse ?

La baisse marquée de la volatilité qui a concordé avec le rebond des principales places boursières et l'atténuation des risques mondiaux.

Bien que ces derniers restent présents, c'est la combinaison de chacun d'eux à la fin du mois de juillet (crise en Ukraine, crise en Irak, crise dans la bande de Gaza, effondrement de la banque portugaise Espirito Santo, défaut de l'Argentine sur sa dette, etc.) qui avait poussé les marchés à se replier.

Or, cet impact des risques mondiaux est demeuré marginal et il s'est même dissipé récemment.

Pendant ce temps, de façon paradoxale, la faiblesse des ventes au détail aux États-Unis a été un événement positif en Bourse au cours des derniers jours.

En fait, les marchés financiers considèrent que cela pourrait retenir encore la Réserve fédérale américaine (Fed) dans ses intentions d'augmenter les taux d'intérêt.

2) Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment ?

D'abord, je surveille le marché du travail, qui est le fondement de toute économie. La création d'emplois et le taux de chômage sont des indicateurs incontournables, alors que les demandes de prestations de chômage donnent une lecture de l'état du cycle économique.

Aux États-Unis, tant que ces demandes diminuent ou se stabilisent autour de 300 000, le marché boursier tend habituellement à augmenter davantage.

Par ailleurs, je suis aussi les bénéfices des entreprises qui donnent la meilleure indication de la valeur du marché. Les indices boursiers peuvent toujours s'élever à de nouveaux sommets, mais c'est aussi important d'en avoir pour son argent.

Ces temps-ci, l'indice S & P 500 se cote à 15 fois les bénéfices par action anticipés des entreprises américaines, ce qui se situe en ligne avec la moyenne historique.

Ainsi, sans être une aubaine, le marché boursier n'est pas vraiment dispendieux. Et pour autant que la croissance des bénéfices soit au rendez-vous, les principaux indices peuvent continuent de monter.

3) Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir ?

La faiblesse des taux d'intérêt, les liquidités excessives et l'accélération de l'activité économique sont un cocktail idéal pour les actifs à risque.

En supposant que vos lecteurs ont déjà un portefeuille bien diversifié, je privilégierais donc le marché boursier nord-américain.

À moins d'une escalade des tensions en Ukraine, les prévisions de croissance des bénéfices indiquent que les actions ont encore le meilleur potentiel de rendement, à moyen terme.

En fonction de votre aversion au risque, une répartition d'actifs qui mise sur les titres à dividendes et ceux des secteurs cycliques, tels que dans les technologies de l'information et l'énergie, représente une avenue prometteuse.

4) À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci ?

On peut être surpris par la faiblesse persistante des taux d'intérêt et du rendement qu'ont procuré les obligations depuis le début de l'année.

Mais il n'en demeure pas moins que plus les taux sont bas, moins les attentes de rendements futurs des obligations seront élevées.

Sans choc au système financier ou soudain ralentissement de l'économie, les taux peuvent difficilement baisser davantage. Ceci porte à croire que le rendement réel des obligations gouvernementales - c'est-à-dire une fois que l'on tient compte de l'inflation - pourrait être négatif pour leurs détenteurs.

5) Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement ?

On entend souvent parler des risques d'une poussée inflationniste en raison des politiques monétaires expansionnistes des banques centrales. Mais je crois qu'il est encore trop tôt pour penser ainsi, comme investisseurs.

En dépit de la réduction des achats d'obligations de la Fed, les taux d'intérêt nominaux continuent de diminuer. Aussi, la capacité excédentaire de production dans l'économie indique que les pressions salariales demeureront limitées pour un bon bout de temps.

Dans ces conditions, je pense que les investisseurs sous-estiment la possibilité d'une hausse additionnelle des multiples de valeur en Bourse.

Comme lors de la poussée technologique des années 90, le contexte actuel pourrait porter les marchés boursiers à des niveaux beaucoup plus élevés.

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À la Banque Nationale, Martin Lefebvre est vice-président à la stratégie de placement et la répartition de 7 milliards en actifs financiers qui proviennent de la clientèle de gestion de patrimoine, de la filiale « Gestion privée 1859 » et des portefeuilles gérés de Banque Nationale Investissements.

Avec 15 ans d'expérience dans le secteur financier, M. Lefebvre est un économiste de formation qui a notamment travaillé chez Natcan, une ex-filiale de la Banque Nationale, ainsi qu'au Mouvement Desjardins et au ministère des Finances du Canada.




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