Maintenir son épargne malgré une hausse de loyer

Le questionnement de Myriam est simple : jusqu'à... (Photo Archives La Presse)

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Le questionnement de Myriam est simple : jusqu'à quel point peut-elle absorber l'augmentation de son loyer mensuel tout en continuant d'épargner pour ses vacances et sa retraite ?

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Mélissa Proulx

Collaboration spéciale

La Presse

« J'ai toujours été économe, mais jusqu'à récemment, je n'avais jamais élaboré de budget et je n'avais rien de prévu pour les études de ma fille, ni pour ma retraite », admet Myriam.

Dans la mi-trentaine, la chef de famille monoparentale travaille dans le domaine social pour un salaire d'environ 40 000 $. Lorsqu'elle a rencontré pour la première fois une conseillère budgétaire, Myriam avait plusieurs objectifs en tête. « Je souhaitais me créer une santé financière, abaisser mes dépenses pour éviter de m'endetter et épargner pour ma retraite », relate la jeune femme, dont l'employeur n'offre pas de régime de retraite.

À court terme, Myriam souhaitait acheter une voiture neuve et économiser pour voyager avec sa fille de 15 ans. « J'ai révisé les produits qui n'étaient pas à mon avantage, comme une assurance vie trop coûteuse. J'ai pris l'habitude de surveiller les aubaines à l'épicerie et d'acheter des vêtements en fin de saison. Pour économiser sur l'essence, j'ai aussi fait le choix de me rendre au travail à pied quelques jours par semaine », énonce-t-elle.

Cette discipline a porté ses fruits. Il y a 4 ans, Myriam amassait 3500 $ pour la mise de fonds d'une voiture neuve, ce qui a réduit ses paiements mensuels à 289 $. En suivant assidûment son budget, Myriam a pu s'offrir un voyage par année. Son épargne mensuelle s'élève à 350 $. De ce montant, 100 $ vont dans un régime enregistré d'épargne-retraite (REER), et 50 $ sont investis dans un régime enregistré d'épargne-études (REEE) pour financer les études postsecondaires de sa fille. « J'aspire à avoir le même rythme de vie à ma retraite et ne pas être stressée par mes finances si je tombe malade ou si je dois vivre en résidence », confie-t-elle.

La situation financière de Myriam vient de changer. Depuis plusieurs années locataire d'un cinq et demi à 575 $ par mois, elle se voit dans l'obligation de quitter son logement pour un appartement similaire, dont le prix de location est beaucoup plus élevé sur le marché. Son questionnement : jusqu'à quel point peut-elle absorber l'augmentation de son loyer mensuel tout en continuant d'épargner pour ses vacances et sa retraite ?

PORTRAIT

Myriam, mi-trentaine

Travaille dans le domaine social

Mère d'une fille de 15 ans

Revenu : 40 000 $

REER : 6000 $

REEE : 3000 $

Fonds de roulement : 2700 $

Dette : 1740 $, soit 6 paiements de voiture à 289 $ par mois

Loyer mensuel : 575 $, sans chauffage

Pas de fonds de pension

LA SOLUTION : Le poids du logement dans le budget

À première vue, Myriam a une situation financière très saine. Elle a adopté de bonnes habitudes d'épargne, elle suit étroitement son budget et n'a pas de dettes. Or, comme la plupart des chefs de famille monoparentale, sa situation financière supporte difficilement les surprises.

Pour Myriam, quitter son logement pour un appartement de même taille dans le même quartier équivaut à une hausse d'environ 225 à 325 $ de loyer mensuel, évalue Hélène Paradis, conseillère en placement chez Gestion de patrimoine TD. « Myriam aura peut-être pour réflexe, comme plusieurs, de couper dans l'épargne, ce qu'elle doit éviter à tout prix. Je l'encourage plutôt à revoir ses dépenses discrétionnaires à la baisse », suggère-t-elle.

La part du loyer dans le budget ne devrait pas excéder 30 % du revenu net mensuel, estime de son côté Martine Marleau, conseillère budgétaire de l'ACEF de l'Est de Montréal. « Si on suppose celui de Myriam à 2650 $, elle pourrait se permettre un loyer de 800 $ par mois, en tenant compte de l'électricité dans son calcul. Évidemment, elle devra rééquilibrer son budget en conséquence », prévient-elle.

Pour éviter de toucher à son épargne, Myriam doit réévaluer ses priorités. « Elle doit revoir tous les postes budgétaires et se poser des questions. Serait-elle prête à vivre dans un quatre et demi pour 100 $ de moins par mois ? Pourrait-elle se passer de sa voiture ? Envisagerait-elle la possibilité de voyager tous les deux ans plutôt que chaque année ? Les montants alloués à l'alimentation, aux loisirs et aux sorties notamment devront aussi être révisés de manière à dégager un excédent », confirme Mme Marleau.

La bonne nouvelle ? Dans six mois, Myriam termine ses paiements de voiture, ce qui libérera 289 $ par mois qu'elle pourra consacrer à son loyer.

Augmenter son épargne-retraite

Cette marge de manoeuvre supplémentaire sera l'occasion de hausser son épargne-retraite le plus tôt possible, note Hélène Paradis. « Si elle continue à ce rythme, Myriam pourrait avoir des difficultés à atteindre ses objectifs de retraite. On recommande de mettre de 10 à 20 % de son salaire dans l'épargne-retraite. Myriam devrait mettre au minimum 4000 $ par année plutôt que les 1200 $ actuels. »

Difficile. Mais, il existe un compromis. Sa fille étant âgée de 15 ans, la chef de famille monoparentale bénéficiera des subventions gouvernementales du REEE pour encore deux ans. Au cours de cette période, Myriam pourrait augmenter son épargne-retraite mensuelle à 200 $ et utiliser son remboursement d'impôt d'environ 720 $ (30 % de sa cotisation REER) pour l'investir dans le REEE, suggère Mme Paradis. Elle fait ainsi d'une pierre deux coups. Avec les subventions fédérales et provinciales, Myriam multiplie les bénéfices dans le REEE de sa fille. Elle pourra éventuellement récupérer ces 720 $ versés en capital dans le REEE. Dans les faits, elle porte ainsi son épargne annuelle à 3120 $.

« Dans deux ans, elle pourra transférer son remboursement d'impôt dans son REER et se rapprocher progressivement du 10 %. Lorsque sa situation financière le lui permettra, elle pourra viser 15 à 20 % », indique enfin la conseillère en placement.

PERSPECTIVE : Louer ou acheter ? Là est la question !

Ça bouge dans la vie de Myriam ! Nos expertes achevaient à peine de lui faire leurs recommandations qu'un nouveau bouleversement survenait. Positif celui-là.

Myriam s'est vu offrir un nouvel emploi, assorti d'un salaire d'environ 57 000 $. Cette augmentation de 17 000 $ lui ouvre une autre porte : aurait-elle les moyens d'acquérir un condo ? se demande-t-elle. C'est l'occasion d'aborder un autre volet de la question du logement : quand a-t-on les moyens d'acheter ?

Comment déterminer s'il est financièrement plus avantageux de louer ou d'acheter ? Avec l'augmentation constante du prix des maisons ces dernières années, la question n'a jamais été aussi complexe. Des outils en ligne, comme la calculatrice « Est-il préférable d'acheter ou de louer ? » de l'Autorité des marchés financiers, permettent de comparer les deux options en tenant compte de tous les frais encourus.

« Il faut garder en tête des frais de première année, comme ceux d'inspection, de notaire, de déménagement, d'aménagement, ainsi que la taxe de bienvenue. Ceux-ci s'élèvent parfois à 5000 $, et même jusqu'à 10 000 $ dans certains cas. A-t-on les moyens de payer tout ça ? Ensuite, les gens oublient souvent de calculer dans leur budget annuel les frais de copropriété, généralement situés entre 100 et 150 $, de même que les taxes municipales et scolaires qui oscillent autour de 3000 $ », souligne Mme Marleau.

Sans oublier d'évaluer les futurs frais d'entretien. « Lorsqu'il magasine, le futur acheteur doit s'assurer qu'il y a un bon fonds de prévoyance, soit un fonds bâti par les copropriétaires pour payer les coûts d'entretien majeurs. Il doit s'informer des travaux qui ont été effectués et ceux qui sont à venir afin de déterminer si le montant du fonds est adéquat », indique Mme Marleau.

En voyant son revenu passer de 40 000 $ à 57 000 $, Myriam voit également son taux combiné d'imposition s'élever de 28,53 % à 38, 37 %. Son augmentation de salaire de 17 000 $ se traduit donc par une augmentation d'environ 10 700 $ de son revenu net. Est-ce suffisant pour un emprunt hypothécaire ?

En ajoutant à ces 10 700 $ les 575 $ de son loyer actuel, elle disposerait d'environ 1465 $ par mois pour son logement, à l'exclusion de l'électricité.

Il faudra compter avec l'impôt foncier : supposons 250 $ par mois. Soustrayons encore les charges mensuelles de copropriété : peut-être 150 $. Il reste 1065 $ par mois. Avec une mise de fonds de 11 000 $, un amortissement sur 25 ans et un taux d'intérêt de 3,7 %, cette mensualité donne accès à une propriété de 215 000 $, assurance prêt hypothécaire incluse.

Mais il faut trouver ces 11 000 $.

RAP ou pas RAP ?

L'autre question fondamentale : l'acheteur possède-t-il une mise de fonds suffisante, de manière à ne pas étouffer son plan budgétaire ?

C'est peut-être l'obstacle majeur devant Myriam. Elle ne dispose pour l'instant que de 6000 $ en REER.

Les premiers acheteurs comme cette mère de famille peuvent obtenir jusqu'à 25 000 $ grâce au Régime d'accession à la propriété (RAP). « Ce programme offre un répit durant les deux premières années, mais à la troisième, l'acheteur doit commencer à rembourser les montants retirés. Pour un RAP de 25 000 $, le montant annuel se situe à 1667 $ pour 15 ans. Il faut en tenir compte lors de sa planification financière », souligne Mme Paradis.

Idéalement, la mise de fonds provient de l'épargne personnelle, indique Mme Marleau. « Une personne de la mi-trentaine qui retire 10 000 $ de ses REER pour une mise de fonds ne pourra pas tirer le maximum de l'effet des intérêts composés, c'est-à-dire les intérêts générés sur le capital et ses intérêts à long terme », souligne la conseillère budgétaire.

Pour Myriam, ce serait plus sage de déménager dans un nouveau logement et d'épargner le surplus budgétaire que lui accordera son augmentation. Dans deux ans, avec la marge supplémentaire que libérera sa créance automobile, elle pourra poser à nouveau le problème sur des bases plus favorables.




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