Volkswagen: une première perte depuis 15 ans

Enlisé dans le scandale des moteurs truqués, Volkswagen est passé dans le rouge... (AP, Jens Meyer)

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AP, Jens Meyer

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Jean-Michel HAUTEVILLE
Agence France-Presse
Francfort

Enlisé dans le scandale des moteurs truqués, Volkswagen est passé dans le rouge au troisième trimestre pour accuser sa première perte trimestrielle en 15 ans, mais compte toujours vendre autant de voitures en 2015 que l'an dernier.

Le géant automobile avait avoué en septembre avoir installé sur les moteurs diesel de 11 millions de véhicules dans le monde un logiciel capable de fausser les résultats des tests antipollution. Un séisme pour le groupe, qui s'est toutefois efforcé de rester optimiste mercredi.

«Nous allons tout mettre en oeuvre pour regagner la confiance perdue», a déclaré dans un communiqué Matthias Müller, le nouveau patron du mastodonte aux douze marques (des citadines Seat aux voitures de sport Porsche, en passant par les camions MAN et Scania).

Volkswagen a accusé une perte nette de 1,67 milliard d'euros (2,45 milliards de dollars CAD) entre juillet et septembre, son premier trimestre dans le rouge en 15 ans. Un trou pleinement dû aux 6,7 milliards d'euros (9.8 milliards CAD) de provisions mises de côté par le groupe pour faire face au scandale.

Ces résultats sont toutefois moins sombres que prévu. Les analystes interrogés par le fournisseur de services Factset misaient sur une perte nette de 2,11 milliards. La perte d'exploitation de Volkswagen, à 3,48 milliards, est globalement conforme aux attentes.

Conséquence directe, le constructeur de Wolfsburg a revu ses ambitions à la baisse pour l'année 2015. Il vise désormais un résultat d'exploitation «nettement inférieur à celui de 2014».

Le scandale grève la rentabilité du géant automobile, mais celui-ci reste confiant sur ses ventes de véhicules, qu'il attend toujours «stables» en 2015 par rapport à l'an dernier.

Au troisième trimestre, le chiffre d'affaires du groupe est d'ailleurs meilleur que prévu par les analystes, en hausse de 5,3% à 51,49 milliards, soutenu par une bonne performance de la marque clé Volkswagen.

Ces chiffres «montrent la force intrinsèque du groupe Volkswagen d'un côté, tandis que de l'autre côté l'impact initial de la situation actuelle devient clair», a tenté de se réjouir M. Müller, successeur de l'ex-patron démissionnaire Martin Winterkorn.

«Coût final ?»

Autre gage d'optimisme, Volkswagen vise toujours un chiffre d'affaires 2015 jusqu'à 4% plus élevé que l'an dernier et maintient un objectif de marge opérationnelle entre 5,5 et 6%.

Cette prévision «risque d'être optimiste», a critiqué Harald Hendrickse, analyste à Morgan Stanley. «Quel sera le coût final» du scandale?», s'interroge-t-il, déplorant que le groupe de Wolfsburg n'offre «aucune nouveauté sur le sujet».

Volkswagen doit gérer le rappel de 8,5 millions de voitures en Europe et 480 000 aux États-Unis après ses aveux du mois dernier. Une opération difficile, qui va lui coûter des milliards et alimente les spéculations.

«À l'heure actuelle, nous estimons le coût total du scandale, incluant les amendes, les rappels et les dédommagements, à au moins 30 milliards d'euros», estime Frank Schwope, analyste chez NordLB.

Les résultats du groupe étaient en tout cas bien accueillis à la Bourse de Francfort. À 11h07 GMT (7h07 à Montréal), le titre était en tête de l'indice vedette Dax avec un gain de 3,38% à 108,70 euros, après une pointe à plus de 4% dans la matinée.

M. Müller, qui évite soigneusement la presse depuis sa nomination, doit se soumettre aux questions des analystes financiers à partir de 11h30 GMT. Il devra répondre à de nombreuses questions: progrès de l'enquête interne au sein du groupe, stratégie à long terme et surtout futurs coûts pour le constructeur.

Autant d'inconnues qui inquiètent bien au-delà de l'entreprise, qui est repassée derrière le champion mondial Toyota en termes de ventes sur les neuf premiers mois de l'année.

Volkswagen reste le premier employeur privé d'Allemagne, et sa crise a jeté l'opprobre sur la qualité des produits allemands, d'habitude plébiscités à l'étranger. Au point que le ministère de l'Économie Sigmar Gabriel a demandé aux chambres de commerce allemandes à l'étranger d'oeuvrer pour protéger la marque «Made in Germany», selon l'agence DPA.




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