Bombardier: une transaction rendue possible par Québec, dit Couillard

Alain Bellemare, PDG de Bombardier, Ed Bastian, le... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Alain Bellemare, PDG de Bombardier, Ed Bastian, le nouveau chef de la direction de Delta et Martin Coiteux, le ministre responsable de la région de Montréal, étaient visiblement heureux de l'entente.

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(Québec et Ottawa) L'acquisition de 75 appareils de la C Series par le transporteur Delta n'aurait pas été possible sans l'aide financière de Québec, a affirmé jeudi le premier ministre Philippe Couillard.

Pour le premier ministre, la commande évaluée à 5,6 milliards prouve que le gouvernement libéral a fait le bon choix en injectant 1,3 milliard dans le programme de Bombardier l'automne dernier. Et il en a profité pour lancer des flèches à l'opposition, qui a vertement critiqué sa stratégie ces derniers mois.

« Le gouvernement, contrairement aux oppositions, a fait preuve de créativité, d'audace et de courage, a-t-il affirmé. N'eût été ce partenariat entre le gouvernement du Québec et la C Series, il est probable que cette transaction n'aurait pas vu le jour. »

M. Couillard a bon espoir que cette commande assurera la rentabilité du programme, dont le démarrage a été marqué par d'importants retards et dépassements de coûts.

Québec avait annoncé son intention d'emprunter pour injecter 1 milliard $ US pour acquérir une participation dans la C Series, en octobre. Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont reproché au gouvernement libéral de n'investir que dans la filiale la plus vulnérable de Bombardier plutôt que dans la société mère, qui est également active dans le secteur des transports.

Ottawa

Cet investissement était conditionnel à une injection équivalente de la part du gouvernement fédéral. Une annonce que le gouvernement Trudeau tarde à concrétiser.

La commande de Delta diminue-t-elle l'importance de l'aide fédérale ? Pas du tout, a répondu M. Couillard.

« Ce qui est clair, c'est que le secteur aéronautique est aussi important que l'était le secteur automobile pour l'Ontario, a-t-il dit. Ce qui est clair, c'est que le gouvernement fédéral a investi des milliards de dollars dans le secteur automobile en Ontario et on lui demande une fraction de cet investissement dans la C Series. »

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, s'est réjoui de la commande, tout en prévenant qu'une « hirondelle ne fait pas le printemps ». Il s'est dit convaincu que Québec aurait dû investir dans la société mère de Bombardier plutôt que dans le seul programme C Series.

« La compagnie mère aurait également pu effectivement financer la C Series ce qui aurait permis le retour », a-t-il fait valoir.

« Je comprends que tout le monde est très enthousiasmé, le gouvernement, probablement le premier, a-t-il ajouté. Il n'a pas tort, mais en même temps, le succès d'une entreprise se calcule ou s'interprète en fonction de la durabilité, la pérennité. »

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a lui aussi salué la commande. Mais à l'instar de M. Péladeau, il persiste à croire que Québec aurait dû investir dans l'ensemble de la société Bombardier plutôt que dans le seul programme C Series.

« Le gouvernement n'a pas optimisé son investissement, a-t-il indiqué. Quand on regarde le ratio risque-rendement, il aurait pu obtenir un meilleur ratio risque-rendement en investissant dans l'ensemble de l'entreprise. »

M. Legault reproche aussi au gouvernement de ne pas avoir obtenu de garantie quant au nombre d'emplois que Bombardier maintiendra au Québec.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a également salué la bonne nouvelle, et même reconnu que « le gouvernement n'a pas toujours tort ». Mais les libéraux devraient se garder une petite gêne avant de pavoiser sur leur bilan économique, a-t-il prévenu.

« Le modèle de développement économique du gouvernement libéral ne s'en trouve pas pour autant sauvé : ils n'ont que ça ! a-t-il lancé. D'ailleurs, vous auriez dû voir à quel point ils étaient contents d'avoir enfin quelque chose à répondre aux questions de l'opposition aujourd'hui, en invoquant Bombardier à tout coup. »

Marc Garneau ne se prononce pas sur une aide éventuelle d'Ottawa

Le ministre fédéral des Transports Marc Garneau se réjouit de la décision de la compagnie aérienne Delta d'acheter au moins 75 avions de la C Series de Bombardier, mais il refuse de dire quel impact ce contrat important aura sur une éventuelle aide financière d'Ottawa à la multinationale de Montréal.

En point de presse, M. Garneau a s'est contenté de dire que les pourparlers se poursuivent entre les dirigeants de Bombardier et le ministère de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique et que le ministre responsable Navdeep Bains annoncera les intentions du gouvernement fédéral en temps opportun.

« Je ne peux pas vous dire à quel point je suis ravi d'apprendre que Bombardier a fait cette belle vente à Delta. Je pense que c'est le plus bel exemple de la capacité du Canada d'innover. C'est le meilleur avion dans sa classe. C'est une belle nouvelle pour Bombardier. C'est une belle nouvelle pour le Canada », a affirmé le ministre Garneau.

Interrogé à savoir si cela démontrait que Bombardier pouvait se passer de l'aide fédérale, M. Garneau s'est montré prudent. « Les pourparlers se poursuivent entre M. Bains et Bombardier. M. Bains va faire une annonce quand une décision finale aura été prise », a-t-il dit.

Il a ajouté que compte tenu de l'ampleur de l'aide réclamée - un milliard US -, le gouvernement Trudeau a l'obligation d'examiner ce dossier sous toutes ses coutures avant de prendre une décision, soulignant qu'il s'agit de l'argent des contribuables.

Dans un communiqué de presse, le ministre Bains a pour sa part tenu à féliciter Bombardier pour l'obtention de cette importante commande.

« Tous les Canadiens ont de quoi être fiers lorsqu'une entreprise canadienne connaît la réussite sur les scènes nationale et internationale. L'aérospatiale est l'un des secteurs d'exportation les plus novateurs au pays. Sa contribution dans l'économie canadienne est importante, puisqu'il génère plus de 180 000 emplois et injecte plus de 29 milliards de dollars annuellement dans le PIB du Canada », a-t-il dit.

Il a ajouté que le dialogue avec Bombardier se poursuit, se disant « résolu » à faire en sorte que ce secteur demeure concurrentiel sur la scène internationale.

Le Parti conservateur, qui dans le passé s'était montré réticent à accorder une aide financière à Bombardier, a fait valoir que l'entreprise pourrait obtenir d'autres commandes si le gouvernement Trudeau revenait sur sa décision de ne pas autoriser l'agrandissement de l'aéroport Billy-Bishop au centre-ville de Toronto.

« Nous sommes ravis que Bombardier ait une nouvelle commande pour la C Series.  C'est une excellente nouvelle pour notre industrie aérospatiale de calibre mondial. Il est clair qu'il y a des solutions dans le secteur privé pour aider Bombardier à faire fructifier le programme de la C Series », a indiqué le député conservateur de Portneuf-Jacques-Cartier Joël Godin.

« Malheureusement, la première décision du ministre Garneau a été d'empêcher Porter Airlines d'acheter 30 avions de la C Series.  Si le gouvernement libéral veut aider Bombardier à obtenir des investissements privés, le ministre Garneau doit approuver l'expansion de l'aéroport Billy-Bishop à Toronto, pour ainsi permettre à Porter Airlines d'acheter des avions de la C Series », a-t-il ajouté.

Il a aussi pressé le gouvernement Trudeau de fournir les détails de toute entente éventuelle qui verrait Ottawa verser une subvention à Bombardier.




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