L'aérogare de Mirabel vouée à la démolition

Désertée depuis une décennie, l'aérogare de Mirabel sera... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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Désertée depuis une décennie, l'aérogare de Mirabel sera détruite à un coût qui s'annonce exorbitant, entre autres parce que l'édifice contient de l'amiante.

Photo Alain Roberge, archives La Presse

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Après une décennie à plomber les finances d'Aéroports de Montréal (ADM) et à accumuler la poussière, le principal bâtiment de l'aéroport de Mirabel verra s'abattre sur lui le pic des démolisseurs.

Un appel d'offres sera lancé dans les prochains jours afin de trouver l'entrepreneur qui démantèlera l'aérogare inaugurée en 1975 et désaffectée depuis 2004.

«On peut dire avec confiance que nous avons retourné toutes les pierres, nous avons tout essayé, s'est désolé James Cherry, grand patron d'ADM. Je suis un peu déçu que nous n'ayons pas réussi à trouver une nouvelle vocation. [...] Mais il faut arrêter de lancer de l'argent dans un trou noir.»

L'annonce d'hier a déclenché une levée de boucliers dans le monde municipal. La Communauté métropolitaine de Montréal s'est vu refuser le délai de grâce qu'elle demandait pour trouver une nouvelle vocation à l'aérogare.

«Ça va tomber»

Depuis 10 ans, la simple existence du bâtiment a coûté «entre trois et cinq millions» par année, au total quelque 30 millions depuis 2004, a indiqué James Cherry, grand patron d'ADM. Sur la facture: la surveillance du bâtiment, les taxes foncières, assurances et entretien. «Et tout ça pour garder un bâtiment vide», a complété Réal Raymond, président du conseil d'ADM.

La simple mise aux normes nécessiterait un investissement de 27 millions au cours de la prochaine année. Le système de chauffage se détériore et des problèmes structurels majeurs se développent: «Si on ne touche pas au toit, ça va tomber», a prédit M. Cherry. «Il faut prendre une décision maintenant pour éviter de dépenser cet argent.»

M. Cherry dit ne pas savoir quelle somme il devra dépenser pour faire démolir l'aérogare. Il s'attend toutefois à une facture exorbitante, en raison des caractéristiques de l'édifice et parce qu'il contient de l'amiante. «Je ne veux même pas avancer un chiffre, a-t-il dit. Quand je vais avoir le montant de l'appel d'offres, je vais budgéter [en conséquence].»

Deux rapports négatifs

L'annonce d'hier marque aussi la fin des démarches d'ADM pour trouver une nouvelle vocation à la gigantesque aérogare.

Au fil des années, plusieurs projets ont été annoncés. Tous ont avorté.

Hier, ADM s'est appuyé sur deux études pour conclure que la démolition était la seule avenue possible pour le bâtiment.

Le Groupe Altus, formé d'experts en immobilier, croit que le potentiel commercial, récréotouristique ou industriel du bâtiment «est quasi nul» et «économiquement injustifié». Les consultants montrent du doigt le «faible débit autoroutier» à proximité de l'aéroport et une offre de transport en commun «inexistante».

Altus relève en outre la difficulté pour un éventuel locataire ou acheteur d'adapter l'aérogare à un autre usage que l'accueil des passagers parce qu'il possède des «caractéristiques très spécifiques». «La récupération d'une aérogare est très peu probable.»

La firme internationale de génie ARUP, elle, s'est penchée sur la possibilité que Mirabel retrouve sa vocation d'origine et accueille de nouveau des passagers. Impossible, répondent les spécialistes. «Ces installations peuvent être qualifiées d'obsolètes», conclut le rapport.

ADM n'y croit plus. «On ne pouvait pas faire plus que ce qu'on a fait», a tranché Réal Raymond, président du conseil. «Si on a un reproche à se faire, c'est plutôt d'avoir peut-être attendu trop longtemps, d'avoir été trop patients. C'est une situation malheureuse.»

Coderre proteste

À Montréal et à Ottawa, hier, les politiciens ont accueilli la nouvelle avec un mélange de colère et de résignation.

Le maire de Montréal était à classer dans la première catégorie. «C'est une décision inacceptable, a-t-il affirmé par communiqué. ADM doit faire preuve d'ouverture et collaborer avec les élus de la CMM. Le ministre Lebel doit demander à ADM de surseoir à l'appel d'offres.»

Avec les autres maires de la communauté urbaine, M. Coderre demandait à ADM d'accorder un délai de grâce afin d'effectuer un dernier appel de projets. «Le bâtiment de l'aérogare est toujours viable et je demeure convaincu qu'on peut lui trouver une nouvelle vocation», a estimé le maire de Mirabel, Jean Bouchard, qui mène de front le combat.

À Ottawa, la ministre des Transports a semblé satisfaite de la décision d'ADM. «Rien de ce qui s'est décidé aujourd'hui n'est en contravention des termes du bail et nous avons hâte de voir quels seront les développements entrepris par Aéroports de Montréal pour améliorer et développer l'économie de cette région de Montréal», a fait valoir Lisa Raitt aux Communes.

Le Nouveau Parti démocratique a plutôt pris le parti des maires de la région, en demandant au gouvernement de mettre un frein au projet de démolition. On ne peut «réparer les erreurs de Trudeau en en faisant une autre», a illustré la députée Mylène Freeman.

Au fil des ans

1966

Les firmes Kates, Peat, Marwick&Co. et Van Ginkel Associates recommandent la construction d'un deuxième aéroport international dans la région de Montréal.

1969

Après avoir évalué 20 emplacements potentiels, dont Drummondville, Vaudreuil-Dorion, Saint-Jean-sur-Richelieu, Joliette et Saint-Amable, Ottawa choisit Mirabel (Sainte-Scholastique) pour le nouvel aéroport.

1975

Un Boeing 747 d'Air Canada est le premier avion à atterrir à Mirabel le 4 octobre 1975, en présence de Pierre Elliott Trudeau, Robert Bourassa et Jean Drapeau.

1989

Le gouvernement de Brian Mulroney rétrocède à des agriculteurs 80 000 des 97 000 acres expropriés en 1969. Le gouvernement de Stephen Harper rétrocédera 11 000 acres de plus en 2006.

1997

Aéroports de Montréal autorise le retour des vols internationaux à Dorval.

2004

Le dernier avion transportant des passagers décolle de Mirabel le 31 octobre 2004: il s'agit du vol TS-710 d'Air Transat à destination de Paris.

2006

Un consortium français dévoile en grande pompe le projet Rêveport, un immense complexe récréotouristique de 300 millions comprenant un aquarium géant, une plage intérieure et des salles de cinéma. Il ne verra jamais le jour.

2011

Un groupe italien, GrandPrixOne, propose d'installer des magasins d'usine (factory outlets), essentiellement des enseignes européennes de vêtements et de chaussures de luxe, dans l'ancienne aérogare. Le projet de 50 à 75 millions prévoit également une section consacrée à l'alimentation et une autre à l'automobile. Il a été abandonné l'an dernier.




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