Les partisans et les opposants de la CSeries croisent le fer

Les opposants à l'arrivée d'appareils à réaction à... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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Les opposants à l'arrivée d'appareils à réaction à l'aéroport Billy Bishop craignent le bruit de tels appareils. Ils sont aussi préoccupés par le trafic routier aux abords de l'aéroport, la pollution de l'air et de l'eau, et l'allongement de la piste d'atterrissage - pour accommoder la CSeries, la piste doit être allongée de 200 mètres à chaque extrémité.

Photo Alain Roberge, archives La Presse

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Marie Tison, Envoyée spéciale
La Presse

(Toronto) La journée sera longue pour le conseil exécutif de la Ville de Toronto aujourd'hui.

Plus de 190 citoyens vont se succéder au micro pour tenter de convaincre les 13 membres du conseil de rejeter ou d'approuver le projet de Porter Airlines. S'ils l'approuvent, le conseil de ville prendra une décision finale la semaine prochaine.

En vertu d'un accord tripartite conclu entre Transports Canada, l'Administration portuaire de Toronto et la Ville de Toronto, aucun avion à réaction ne peut atterrir à l'aéroport Billy Bishop.

En 2006, Porter Airlines a commencé à offrir un service court-courrier à partir de ce petit aéroport à l'aide du Q400, un appareil turbopropulsé de Bombardier.

En avril dernier, le transporteur a annoncé son intention d'offrir des destinations plus éloignées, comme Vancouver ou Los Angeles, à l'aide de la CSeries. Il a passé une commande conditionnelle pour 12 appareils CS100 (le plus petit appareil de la famille CSeries avec 110 places), assortie d'options pour 18 appareils de plus.

Anshul Kapoor n'a aucunement envie de voir la CSeries, ou quelque autre biréacteur que ce soit, décoller de Billy Bishop et y atterrir, à quelques centaines de mètres du condo qu'il partage avec sa femme et sa fille de 2 ans.

«Nous l'avons acheté en sachant que l'aéroport allait croître, mais qu'il était soumis à de multiples restrictions», explique Anshul Kapoor, jeune professionnel spécialisé en marketing qui préside No Jets Toronto, une organisation qui s'oppose fermement à la venue de la CSeries.

Des préoccupations

Les opposants craignent le bruit de tels appareils, mais leurs craintes ne se limitent pas à ce facteur. Ils sont préoccupés par le trafic routier aux abords de l'aéroport, la pollution de l'air et de l'eau, et l'allongement de la piste d'atterrissage. Pour accommoder la CSeries, la piste doit être allongée de 200 mètres à chacune extrémité.

Porter Airlines a rapidement répliqué que grâce à ses nouveaux moteurs, la CSeries était moins bruyante que le Q400.

«Les promoteurs du projet ont voulu mettre l'accent sur la question du bruit parce que c'est le seul facteur qu'ils contrôlent, affirme M. Kapoor en entrevue à La Presse Affaires. Ils ne veulent par parler des effets du projet sur la santé, l'environnement et l'accès des plaisanciers au port de Toronto.»

No Jets Toronto a entrepris une campagne dans les médias sociaux et a recueilli 30 000 signatures contre le projet de Porter. L'organisation a également obtenu l'appui de sommités comme la romancière Margaret Atwood et la candidate à la mairie de Toronto Olivia Chow, la veuve de Jack Layton.

L'Administration portuaire de Toronto a répliqué avec un sondage favorable au projet de Porter réalisé en janvier 2014. Environ 61% des répondants ont donné leur appui à l'exploitation de biréacteurs, s'ils sont aussi silencieux que le Q400.

Le maire adjoint de Toronto, Norm Kelly, est fortement en faveur du projet pour des raisons de croissance économique.

«La ville de Londres a créé un aéroport urbain de toutes pièces pour que ses banques dominent le système bancaire européen, affirme-t-il à La Presse Affaires. Il y a eu une opposition aussi forte là-bas qu'ici. L'aéroport est devenu un grand succès.»

Il raconte qu'il était membre de la Commission du port du Toronto, il y a une quinzaine d'années, lorsque celle-ci avait décidé de revitaliser l'aéroport Billy Bishop. L'idée a provoqué une vive opposition, mais la Commission est allée de l'avant.

«Les arguments que j'entends maintenant sont les mêmes que les arguments de l'époque, affirme-t-il. Les terribles conséquences que les opposants prédisaient au sujet de la qualité de la vie aux abords de l'aéroport ne se sont pas réalisées.»

Hésitation

Dans un premier rapport, le personnel de la Ville de Toronto a recommandé de reporter toute décision sur le projet de Porter au printemps 2015 afin d'obtenir plus d'information. Or, des élections municipales sont prévues plus tard cette année. L'administration Rob Ford-Norm Kelly, en faveur du projet, pourrait ne plus être en place.

Il y a quelques semaines, le personnel de la Ville a modifié sa position en proposant une limite au nombre de passagers par année et au nombre de décollages et d'atterrissages aux heures de pointe.

«Ce rapport est un très bon cadre de discussions», commente le président de Porter Airlines, Robert Deluce, rencontré au siège de l'entreprise, à l'aéroport Billy Bishop.

Il croit toutefois que les limites devront être haussées au fur et à mesure que les infrastructures s'amélioreront et permettront d'accueillir plus de passagers.

Il est prêt à respecter les conditions réclamées, comme une étude d'impact environnemental, mais avant de procéder à ces investissements, il lui faudra la certitude que le projet ira de l'avant (pourvu que les résultats des études soient favorables).

Porter fait face à d'autres investissements majeurs: en avril prochain, il devra rendre ferme la commande conditionnelle passée à Bombardier. Cela veut dire qu'il ne pourra plus se faire rembourser les dépôts effectués, un montant qu'il n'a pas révélé.

«Nous avons besoin d'une indication ferme de la part du conseil de ville», a déclaré M. Deluce.

Décisions possibles du conseil exécutif

> Approuver le projet de Porter et le transmettre au conseil de ville, qui tiendra un vote le 1er avril sur la question.

> Reporter la décision au printemps 2015.

> Rejeter le projet.




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