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Gestion d'actifs: un fonds de 200 millions pour des firmes émergentes

Avec leur projet de fonds de 200 millions... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Avec leur projet de fonds de 200 millions en actifs initiaux, Stéphane Corriveau et ses vis-à-vis croient avoir trouvé un moyen encore inédit au Canada de fournir un tremplin professionnel aux gestionnaires émergents.

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Les firmes québécoises en gestion d'actifs financiers, qui peinent à pénétrer le marché des gros portefeuilles comme les caisses de retraite, auront bientôt accès à un nouveau moyen de se faire valoir auprès de cette clientèle exigeante, mais prestigieuse et potentiellement lucrative.

Il s'agit d'un projet de fonds privé de 200 millions de dollars en capitaux à investir qui seront mis en commun par de gros portefeuilles québécois afin de soutenir le développement d'entreprises en gestion d'actifs.

En discussion depuis des mois au sein du regroupement Finance Montréal, ce projet d'un fonds pour «gestionnaires émergents» vient d'obtenir le feu vert des principaux intervenants impliqués.

Parmi eux, on retrouve des entrepreneurs financiers renommés à Montréal, tels que les dirigeants de firmes comme Hexavest, AlphaFixe Capital et Fiera Capital, qui se sont constitué ces dernières années des clientèles de plusieurs milliards de dollars en actifs sous gestion.

On retrouve aussi dans ce projet de fonds de développement des dirigeants de caisses de retraite d'envergure - plus de 1 milliard d'actifs - et de firmes d'expérience en gestion de régimes de retraite et en analyse actuarielle.

Un marché important

Cette division des services financiers est déjà bien fournie à Montréal avec au moins 25 caisses de retraite des secteurs public et privé qui ont plus de 1 milliard en actif, et une soixantaine d'autres qui ont plus de 100 millions.

Toutefois, leur marché de la sous-traitance en mandats de gestion d'actifs fonctionne encore sous son potentiel, de l'avis général dans le milieu financier. Et cette faiblesse est en partie attribuable à la pénurie d'occasions de développement bien appuyées pour des firmes émergentes.

«Il y a beaucoup de compétences à Montréal et un bon marché potentiel de nombreuses caisses de retraite d'envergure afin d'y développer davantage de firmes en gestion d'actifs, et leur apport considérable au secteur financier. Mais pour le moment, ces gestionnaires émergents se butent souvent à l'obtention de premiers mandats d'envergure et, du coup, aux occasions de démontrer la valeur et de faire grandir leur modèle d'affaires», explique Stéphane Corriveau, président et cofondateur de la firme AlphaFixe Capital, et l'un des principaux concepteurs de ce futur fonds.

AlphaFixe Capital est d'ailleurs l'exemple type d'entreprises financières que M. Corriveau et ses vis-à-vis au regroupement Finance Montréal souhaitent voir se multiplier au Québec.

Fondée en pleine crise financière de 2008, AlphaFixe a mis au point un modèle de gestion de titres à revenus fixes (obligations, prêts, etc.) qui a fait mouche dans le secteur des caisses de retraite au Québec, qui lui ont confié depuis près de 3 milliards en actifs sous gestion. AlphaFixe s'est aussi associée depuis peu à une firme de fonds communs de Toronto afin d'adapter son modèle pour investisseurs institutionnels vers un produit accessible aux particuliers-investisseurs.

Inédit au Canada

Avec leur projet de fonds de 200 millions en actifs initiaux, Stéphane Corriveau et ses vis-à-vis croient avoir trouvé un moyen encore inédit au Canada de fournir un tremplin professionnel aux gestionnaires émergents. Le fonds sera constitué des «contributions» en actifs provenant d'une dizaine de caisses de retraite d'envergure qui souhaitent appuyer la croissance de firmes en gestion d'actifs, tout en devant limiter leurs coûts de démarchage et de qualifications de ce type de sous-traitants.

Par ailleurs, le fonds d'actifs sera supervisé par une société sans but lucratif qui regroupera des professionnels expérimentés du milieu afin de bien qualifier et d'appuyer ensuite ces gestionnaires émergents.

«Les candidats que nous rechercherons le plus sont des gestionnaires avec cinq à dix ans d'expérience au sein d'un investisseur institutionnel, ou encore des dirigeants d'une PME en gestion d'actifs, qui ont un projet d'affaires crédible pour solliciter des mandats de gestion auprès de gros portefeuilles, explique Stéphane Corriveau.

«Nous souhaitons en trouver au moins trois ou quatre d'ici un an, auxquels nous pourrons confier 40 à 50 millions chacun en actifs provenant du fonds constitué parmi le groupe d'investisseurs institutionnels. Ces participants seront bien encadrés et appuyés par des professionnels établis, pendant quelques années au moins, afin de leur fournir une base d'affaires plus stable.»

Cette recherche de gestionnaires émergents et leur qualification subséquente sont prévues à partir de février prochain. Mais déjà, le projet suscite des attentes dans le milieu financier montréalais.

«Ce projet de fonds pour gestionnaires émergents s'annonce comme un modèle d'affaires unique et novateur au Canada, alors qu'il est déjà répandu aux États-Unis. Ça pourrait avoir un gros impact en faveur de l'entrepreneuriat financier à Montréal et au Québec», estime Geneviève Blouin, directrice du Conseil des gestionnaires en émergence. Depuis deux ans, ce Conseil regroupe une quarantaine de firmes dont l'actif sous gestion demeure sous le milliard de dollars.

Mme Blouin est aussi présidente et fondatrice de la firme de gestion Altervest depuis quatre ans, spécialisée en produits pour des fonds de couverture (hedge funds). Auparavant, elle a acquis des années d'expérience en gestion d'actifs dans des firmes comme Pictet&Cie, la Caisse de dépôt et placement et TAL Gestion privée.

«Même s'ils ont un bon modèle d'affaires, les gestionnaires émergents ont souvent des premières années très difficiles. Ils peinent à lever des fonds à gérer de qualité et de quantité suffisantes afin de générer des revenus minimaux pour leur entreprise, mais aussi se bâtir une feuille de route auprès des gros portefeuilles dont ils sollicitent des mandats, explique Geneviève Blouin.

«S'il fonctionne bien, ce projet de fonds et de suivi professionnel pour ces gestionnaires émergents pourrait produire de belles découvertes d'ici quelques années dans le secteur financier à Montréal.»




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