Cri du coeur pour sauver les «vieux» régimes de retraite

Peter Letko et Daniel Brosseau, parmi les plus importants gestionnaires... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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Peter Letko et Daniel Brosseau, parmi les plus importants gestionnaires institutionnels du Québec, soutiennent que les employeurs délaissent les régimes à prestations définies principalement en raison du cadre réglementaire en vigueur et que les gouvernements (Ottawa et les provinces) doivent le modifier.

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Richard Dufour

Une voix discordante se fait entendre dans le milieu des affaires. Un des plus importants gestionnaires institutionnels du Québec, Letko Brosseau, se dit scandalisé par la «destruction du système de retraites» au pays.

Les fondateurs de la firme Letko Brosseau, dont 80% des mandats de gestion sont liés à des institutions et des entreprises, croient qu'il est encore possible de corriger le tir, mais que le temps presse si on veut limiter les conséquences sur les individus et l'économie.

Dans la vaste majorité des cas, les régimes de pension d'employeurs sont soit des régimes à prestations déterminées, soit des régimes à cotisations déterminées. Mais depuis la crise boursière de 2001 et la crise financière de 2008, de nombreux employeurs ont converti leur régime à prestations déterminées, jugé trop cher pour les actionnaires.

Problème de cadre réglementaire

Peter Letko et Daniel Brosseau, réputés pour leur discrétion, soutiennent que les employeurs délaissent les régimes à prestations définies principalement en raison du cadre réglementaire en vigueur et que les gouvernements (Ottawa et les provinces) doivent le modifier.

«Les formules élaborées au départ pour calculer les montants à détenir en garantie ne prévoyaient pas un environnement économique comme celui qu'on a connu. C'était pour des variations beaucoup moins importantes dans le temps», dit Daniel Brosseau dans un entretien avec La Presse Affaires.

«La baisse des taux d'intérêt est le résultat d'une intervention gouvernementale explicite temporaire et la formule de calcul pour les régimes de retraite n'a pas été ajustée. Puisque d'une main, le gouvernement a abaissé les taux artificiellement, de l'autre main, il aurait dû ajuster la formule.»

Les entreprises ont été forcées de contribuer à leur régime en période de difficultés économiques, souligne Daniel Brosseau. Il leur a donc fallu peu de temps pour conclure qu'il fallait abandonner ce type de régime.

«On a demandé à des entreprises, pour des raisons artificielles, de mettre beaucoup plus de capital de côté en sachant très bien que les cotisations seront excédentaires. C'est évident que ce n'est pas acceptable. Le cadre réglementaire est pourri. Il y a un problème artificiel qui peut se régler très facilement avec des ajustements temporaires ou en demandant, par exemple, à un groupe d'économistes de poser un jugement sur des rendements futurs raisonnables.

«Les conséquences sont importantes. Il va y avoir de moins bonnes retraites pour les gens. Il y aura aussi moins d'épargne, et cette épargne ira davantage vers les revenus fixes, car les gens n'auront pas la même perception du risque qu'une grande caisse intergénérationnelle. Les actions de compagnies seront détenues par un plus petit groupe de personnes. Et ce sont les actions qui ont généré le rendement historiquement.»

Un pas dans la bonne direction

Au printemps 2013, la majorité des 21 recommandations du comité D'Amours, chargé d'étudier le système de retraite québécois, visaient à assurer la pérennité et la viabilité des régimes à prestations déterminées.

Selon Letko Brosseau, le rapport D'Amours est un pas dans la bonne direction. Mais un pas seulement. «Je voudrais voir la nature à long terme des pensions et l'objectif à long terme de respecter les obligations être mieux reflétés», dit Daniel Brosseau. Le gestionnaire craint que les règles actuelles ne poussent des actifs vers des véhicules qui ne sont pas appropriés.

Les gouvernements hésitent à modifier les règles, notamment par peur d'un autre cas Nortel, selon Letko Brosseau. «Et par crainte d'un événement, on détruit le système de retraites. C'est jeter le bébé avec l'eau du bain. Il y a une carence de bonne gouvernance», dit Daniel Brosseau.

Il faut changer le cadre pour allonger la vision pour les rendements futurs. «Avec les années, un cadre de plus en plus court terme a été imposé pour des actifs à long terme.»

«C'est un problème qui va disparaître aussi vite qu'il est apparu, mais qui va laisser des séquelles. On va abandonner un bon système au cas où les taux pourraient revenir au même niveau qu'aujourd'hui dans le futur. Mais on a vu ça une fois en 100 ans.»

Letko Brosseau dit par ailleurs ne pas avoir reçu de nouvelles de sa lettre envoyée il y a trois ans au ministère des Finances à Ottawa, à l'occasion de la consultation sur la solidité du système de revenu de retraite.

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Letko Brosseau en bref

Activité: gestion d'actifs

Nombre d'employés: environ 60

Année de fondation: 1987

Siège social: Montréal

Actif sous gestion: 28 milliards

Prestations déterminées c. cotisations déterminées

Un régime à prestations déterminées promet un flux fixe et garanti de revenus de retraite. La rente est déterminée à l'avance. La pension est fonction des années de service et souvent exprimée en pourcentage du salaire. La plus grande part ou la totalité du risque revient à l'employeur.

Dans un régime à cotisations déterminées, la rente est fonction des sommes accumulées et du rendement réalisé sur celles-ci. L'employé supporte la plus grande part ou la totalité du risque.




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