Le défi du capital de risque

Les fonds de capital de risque se donnent généralement 10 ans pour... (PHOTO JULIETTE MICHEL, ARCHIVES AFP)

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Les fonds de capital de risque se donnent généralement 10 ans pour effectuer leurs investissements et s'en départir. Quand ils sont prêts à vendre, les offres viennent souvent de l'étranger.

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Sylvain Larocque
La Presse

Le gouvernement du Québec mise beaucoup sur le capital de risque pour encourager la création et le développement d'entreprises technologiques. Or, une bonne partie d'entre elles finissent par quitter le Québec, indique une étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

Cécile Carpentier et Jean-Marc Suret, professeurs de comptabilité à l'Université Laval, ont passé en revue plus de 700 investissements en capital de risque réalisés au Canada de 2000 à 2012. Leurs constats sont peu reluisants.

Quelque 44% des entreprises qui ont reçu du capital de risque ont été vendues à des intérêts étrangers, principalement américains, contre 34% qui ont été cédées à des acheteurs canadiens. Dans seulement 13% des cas, les entreprises sont demeurées indépendantes en faisant leur entrée en Bourse.

Les chercheurs ont ensuite examiné de plus près 14 PME technologiques québécoises qui ont été vendues à des entreprises étrangères. Aujourd'hui, six d'entre elles n'ont plus aucune activité au Québec.

Migration vers les États-Unis

«Au Canada, le secteur du capital de risque, y compris les fonds subventionnés par l'État, constitue une source importante de migration vers les États-Unis d'entreprises de haute technologie prometteuses», écrivent les auteurs dans leur étude publiée en avril. Une première version avait été produite pour l'Autorité des marchés financiers l'an dernier.

«Les institutions publiques sont là pour faire du développement économique. Si elles contribuent à envoyer les meilleures entreprises à l'étranger, elles ne jouent pas pleinement leur rôle à cet égard. C'est aussi simple que ça», tranche M. Suret au cours d'un entretien téléphonique.

Alors, pourquoi les PME technologiques canadiennes succombent-elles en si grand nombre au chant des sirènes américaines? Mme Carpentier et M. Suret en sont arrivés à la conclusion que ce n'est pas en raison d'une pénurie de capital de risque pour financer les prochaines étapes de leur développement.

Trop peu d'acheteurs canadiens

L'explication fondamentale est toute simple: les fonds de capital de risque, qu'ils soient ou non aidés par l'État, se donnent généralement 10 ans pour effectuer leurs investissements et s'en départir. Et quand ils sont prêts à vendre, les offres viennent le plus souvent de l'étranger.

«Ça nous prendrait davantage de compagnies canadiennes d'envergure qui pourraient acquérir des entreprises plus petites», reconnaît André Gauthier, associé directeur chez Tandem Expansion et président du conseil d'administration de Réseau Capital, qui représente l'industrie québécoise du capital de risque. À l'heure actuelle, bien peu d'entreprises canadiennes peuvent jouer le rôle que Nortel et BlackBerry ont déjà joué à cet égard.

«C'est une problématique dont le milieu est conscient depuis des années et que tout le monde essaie de résoudre», assure M. Gauthier.

La situation serait moins critique s'il y avait davantage d'inscriptions en Bourse, mais ce n'est pas facile de convaincre les fonds de se lancer dans une telle opération, qui peut prendre plusieurs années. Exception récente: la firme d'éclairage Lumenpulse, dans laquelle a investi le Fonds de solidarité FTQ, a fait une entrée réussie à la Bourse de Toronto en avril.

Jean-Marc Suret se demande si Québec ne devrait pas obliger les fonds de capital de risque qui bénéficient d'investissements gouvernementaux ou de crédits d'impôt à vendre une partie de leurs participations à des entreprises d'ici.

En entrevue à La Presse Affaires, le ministre de l'Économie, Jacques Daoust, souligne cependant qu'une telle mesure pourrait avoir l'effet pervers de tirer vers le bas la valeur des PME dans lesquelles ces fonds auraient investi en raison du nombre moindre d'acheteurs potentiels.

Trouver la perle rare

M. Suret suggère par ailleurs aux fonds appuyés par l'État d'investir dans moins d'entreprises en démarrage et de se concentrer sur celles qui ont le plus de potentiel de devenir des entreprises d'envergure. André Gauthier tient toutefois à préciser que les fonds doivent investir dans un nombre suffisant de PME pour augmenter les chances de tomber sur celles qui deviendront de grands succès.

Israël et la Nouvelle-Zélande connaissent un peu le même problème que le Canada, mais pas la Suède, où les PME faisant l'objet d'une acquisition conservent le plus souvent une présence importante dans le pays, note Jean-Marc Suret, qui entend se pencher sur ce modèle au cours des prochaines années.

D'ici là, le chercheur espère que les conclusions de sa plus récente étude trouveront écho au sein de la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise, mise en place par le gouvernement Couillard et présidée par Luc Godbout, professeur à l'Université de Sherbrooke.

«C'est un beau sujet de réflexion pour les gens qui s'occupent de développement économique et de politiques publiques», estime M. Suret.

En 2013, 588 millions ont été investis en capital de risque au Québec, soit 30% du total canadien.

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Les principaux investisseurs publics en capital de risque au Québec

Caisse de dépôt et placement du Québec

En 2013, la Caisse a autorisé des investissements totalisant 215 millions dans 5 fonds de capital de risque. Au fil des ans, l'institution a notamment investi dans les fonds Novacap Technologies, iNovia Capital, CTI Sciences de la vie et Rho Canada.

Fonds de solidarité FTQ

Le Fonds de solidarité FTQ a investi pas moins de 2,1 milliards en capital de risque au cours des 10 dernières années. Rappelons que les particuliers qui investissent dans le Fonds ont droit à des crédits d'impôt (la portion fédérale sera éliminée complètement en 2017, mais la portion provinciale demeurera). Deux autres fonds soutenus par l'État, Desjardins Capital régional et coopératif ainsi que Fondaction (CSN), investissent aussi dans le capital de risque.

Banque de développement du Canada

L'institution fédérale, dont le siège social est à Montréal, est l'un des plus importants acteurs dans le secteur canadien du capital de risque. En 2013, la BDC a investi 145 millions en capital de risque.

Investissement Québec

Au cours de l'exercice qui a pris fin le 31 mars, Investissement Québec a consacré 131 millions au capital de risque. Au fil des ans, le bras financier du gouvernement a notamment investi dans les fonds FIER, Anges Québec Capital, Cycle Capital, Real Ventures, Relève Québec et Teralys.

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LE CAPITAL DE RISQUE AU QUÉBEC

Provenance

Investisseurs étrangers 33%

Fonds fiscalisés 16%

Gouvernements 14%

Institutions 9%

Fonds privés indépendants 5%

Entreprises 2%

Autres 21%

Bénéficiaires

Secteurs traditionnels 36%

Technologies propres 34%

Techn. de l'information 19%

Sciences de la vie 11%

Investissements récents

Enerkem 87 millions

iBwave Solutions 30 millions

Distech Controls 26 millions

Beyond The Rack 24 millions

Sources: Réseau Capital, Thompson Reuters




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