Nuages sur la reprise italienne, le nouveau gouvernement au défi

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Céline CORNU
Agence France-Presse
MILAN

La croissance italienne, déjà faible, s'annonce encore moins importante que prévu, un défi pour le nouveau ministre italien de l'Économie, contraint à un numéro d'équilibriste pour tenter de respecter à la fois les promesses électorales et les engagements européens.

La Banque d'Italie a revu à la baisse vendredi ses prévisions: elle table désormais sur une hausse du PIB de 1,3 % en 2018 (contre 1,4 % prévu précédemment), puis de 1 % (contre 1,2 %) en 2019, avant 1,2 % en 2020.

Comme l'ont également fait des agences de notations, la Commission européenne avait elle aussi abaissé la veille ses prévisions pour la croissance italienne, tout comme celle d'ailleurs de l'ensemble de la zone euro en raison des tensions commerciales entre les États-Unis et l'UE.

La Commission prévoit désormais une hausse du Produit intérieur brut dans la péninsule de 1,3 % en 2018 (contre 1,5 % précédemment) et de 1,1 % en 2019 (contre 1,2 %). Soit quasi moitié moins que la moyenne de la zone euro dont l'Italie s'affiche bonne dernière.

La Banque centrale a indiqué que cette révision s'expliquait «principalement par la hausse du prix du brut et, pour l'année en cours, par la dynamique plus faible de l'activité au deuxième trimestre».

Promesses coûteuses

De manière générale, «des risques importants pèsent sur la reprise de l'économie mondiale, dérivant de la possible accentuation de l'orientation protectionniste des politiques commerciales, avec des répercussions négatives sur la confiance des entreprises, l'expansion des échanges commerciaux et de la demande mondiale», a-t-elle souligné.

«On ne peut pas non plus exclure des augmentations soudaines de la volatilité sur les marchés financiers, en lien avec une hausse de l'incertitude sur les politiques économiques, qui pourraient se répercuter sur les conditions de financement et la confiance des familles et entreprises, affectant négativement l'activité économique», a ajouté l'institution.

Cette perspective moins favorable risque de compliquer l'équation du nouveau gouvernement italien, formé du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et de la Ligue (extrême droite).

Leur contrat de gouvernement prévoit des mesures coûteuses, dont les principales ont été évaluées à plus de 100 milliards d'euros par des économistes.

Parmi elles figurent la réforme des retraites, du système fiscal avec l'introduction d'une «flat tax» (taxation unique) à 15 % et 20 %, et un revenu de citoyenneté de 780 euros, pour favoriser l'intégration des plus pauvres sur le marché du travail.

L'Italie affiche un taux de chômage très élevé, de 10,7 % en moyenne (contre 8,4 % dans la zone euro) et même de 19,4 % chez les 15-34 ans.

Tensions dans le gouvernement

La Banque d'Italie table sur une baisse du chômage très modéré dans les prochaines années, à 10,6 % en 2019 et 10,4 % en 2020.

Le nouveau ministre de l'Économie et des Finances, Giovanni Tria, a eu jusqu'ici un discours modéré, affirmant vouloir poursuivre les efforts pour réduire l'endettement du pays, qui affiche le ratio dette/PIB le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce (à 132 % du PIB).

Des propos qui ont rassuré les marchés, après la flambée en mai du spread, le très surveillé écart entre les taux italien et allemand à dix ans.

Mais cette semaine, il a un peu haussé le ton en disant «non» à une correction budgétaire demandée par Bruxelles pour réduire son déficit structurel en 2018 et à toute correction importante en 2019.

«Dans un moment de ralentissement de l'économie, on ne peut pas faire des ajustements trop forts qui risquent d'accentuer» le cycle, a-t-il affirmé jeudi à Bruxelles.

«Les investissements structurels sont indépendants de la croissance», lui a répliqué le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

«La baisse de la dette n'est pas en discussion, mais nous discuterons des délais», a précisé M. Tria vendredi, alors que son objectif est de relancer la croissance via les baisses d'impôts, l'insertion sociale et un coup de fouet aux investissements publics.

La majorité parlementaire souhaite un report d'un an de l'objectif d'équilibre budgétaire, en 2021 au lieu de 2020, et à l'intérieur même du gouvernement des voix plus dures se font entendre comme celle du ministre des Affaires européennes, Paolo Savona.

«Il n'est pas clair quelle ligne va prévaloir», souligne l'économiste Lorenzo Codogno, de l'institut LC Macro Advisors, estimant que M. Tria «joue aux échecs».




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