La Banque du Japon rate sa cible

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Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque du Japon, en conférence à Tokyo le 17 mars 2015.

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Anne BEADE
Agence France-Presse
Tokyo

La banque centrale du Japon espérait atteindre, ou du moins approcher, son objectif de 2% d'inflation ce printemps. Las, l'indice des prix est désormais jugé proche de zéro et pourrait même s'aventurer de nouveau en territoire négatif, a admis mardi son gouverneur, qui n'a cependant pas rendu les armes.

«L'évolution des prix va probablement se maintenir pour un certain temps aux alentours de zéro mais, selon la tendance des cours de l'énergie, elle pourrait tomber temporairement en dessous», a reconnu Haruhiko Kuroda lors d'une conférence de presse, à l'issue d'une réunion de deux jours du comité de politique monétaire.

Le cas échéant, ce serait la première fois que les prix au détail reculeraient depuis avril 2013, date du lancement de l'offensive de la Banque du Japon dans le cadre de la stratégie «Abenomics».

Retour à la case départ donc pour le gouverneur, qui avait pourtant promis de vaincre en deux ans la déflation, un phénomène pernicieux qui décourage les investissements et achats dans l'archipel depuis une quinzaine d'années.

Entretemps, la récession de l'économie nippone, frappée de plein fouet par un relèvement de la TVA en avril et la dégringolade des tarifs du brut depuis l'été, ont singulièrement compliqué la tâche des autorités nippones.

Le premier ministre conservateur, Shinzo Abe, qui a fait de ce combat sa priorité depuis son retour au pouvoir fin 2012, a admis mardi que la route était encore longue.

«Malheureusement, nous n'avons pas encore pu sortir de la période de déflation», a-t-il déclaré au Parlement, «mais nous avons mis en place les conditions pour y parvenir».

La situation actuelle n'est en tout cas pas suffisamment grave pour décourager le tenace M. Kuroda, qui avait surpris tout le monde fin octobre en annonçant une extension du programme de rachat d'actifs.

«Nous pensons que la tendance de long terme est positive», a-t-il insisté. Et d'assurer que le net ralentissement de l'inflation observé ces derniers mois ne remettait pas en cause sa cible ultime de progression des prix de 2% d'un an sur l'autre.

Des négociations salariales décisives

Pressé de questions, le gouverneur de la Banque du Japon a défendu mordicus sa position alors que des journalistes en venaient déjà à parler en creux d'une possible démission en cas d'échec.

Selon lui, «la reprise modérée» de l'économie finira par se refléter sur les prix. Il en veut pour preuve le redressement des exportations et de la production industrielle, la bonne santé des entreprises et la «solidité» recouvrée de la consommation des ménages.

Un optimisme conforté par deux éléments: l'impact positif de la chute des cours du pétrole dans un pays fortement dépendant des hydrocarbures depuis l'accident nucléaire de Fukushima et, surtout, des négociations salariales qui se présentent bien.

Car pour le gouverneur et le premier ministre, c'est là que réside la clé du succès des «Abenomics»: si les grandes firmes, avantagées par la dépréciation du yen, «partagent le gâteau», l'économie pourra alors repartir sur des bases solides.

«Au vu des profits records enregistrés par les compagnies et d'un marché du travail extrêmement favorable, je pense que les conditions sont réunies pour une hausse des rémunérations», a estimé M. Kuroda, à la veille des annonces officielles des entreprises sur le sujet.

Forte de cette analyse, la Banque du Japon a décidé de ne pas adopter de dispositions supplémentaires et a choisi, par huit voix contre une, de conserver en l'état son programme de rachat d'actifs qui avait été étendu le 31 octobre.

Elle avait alors opté pour une augmentation de la base monétaire de 80 000 milliards de yens (843 milliards de dollars CAN) par an, contre 60 à 70 000 milliards auparavant.

Si certains économistes ont vu dans l'optimisme persistant de la Banque du Japon le signe qu'elle n'était pas prête à un nouvel assouplissement, d'autres anticipent au contraire un geste imminent. Marcel Thieliant, de Capital Economics, prédit ainsi une accélération dès fin avril «du rythme annuel d'expansion à 90 000 milliards».




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