La Grèce et l'Europe condamnées à s'entendre

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Des manifestants contre les mesures d'austérité se sont réunis hier devant le parlement grec en appui au nouveau gouvernement de gauche.

PHOTO LOUISA GOULIAMAKI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Rudy Le Cours

ANALYSE

La Presse

Ce devait être hier, ce sera peut-être vendredi, mais la Grèce et ses 18 partenaires de la zone euro devront s'entendre d'ici la fin du mois pour éviter des conséquences économiques et militaires néfastes aux deux parties.

La réunion des 19 ministres des Finances de la zone euro, présentée comme celle de la dernière chance, a vite avorté hier quand l'Eurogroupe a simplement offert aux représentants nouvellement élus d'Athènes l'extension du programme d'aide de 240 milliards d'euros (1 euro vaut 1,42$CAN). Il est assorti de mesures d'austérité affligeantes pour la population grecque, comme la baisse des salaires, des prestations sociales ou de retraite et le licenciement massif de fonctionnaires.

La proposition a été qualifiée d'absurde et d'inacceptable par la partie grecque, ce qui a mis fin aux pourparlers.

Le nouveau gouvernement dirigé par Alexis Tsipras s'est fait élire le mois dernier sur la promesse que ces conditions ne seront pas acceptées alors que l'Eurogroupe affirme qu'elles commencent à porter leurs fruits.

En 2014, la Grèce a finalement renoué avec la croissance après six ans d'une grave récession qui a laminé son économie de 20%. Néanmoins, au quatrième semestre, celle-ci a de nouveau décru, ce qui sème des doutes sur la projection de croissance de 2,5% faite par l'Eurogroupe.

Le gouvernement grec de gauche réclame plutôt un prêt relais de six mois. Cela lui laisserait le temps de mener à bien un pan des réformes exigées avec lesquelles il est d'accord et d'honorer les détenteurs de 9 milliards de sa dette de 320 milliards dont les prêts viennent à échéance au printemps.

Le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, souligne que le prêt relais permettrait de mener sérieusement la lutte contre la corruption, l'évasion fiscale et le trafic de carburants que les gouvernements précédents complices ont laissé perdurer. Il qualifie même de kleptocratie les gouvernements précédents qui ont plongé la Grèce dans son marasme présent.

L'expression fait mouche au pays du bouzouki. Le récent SwissLeaks a révélé que la banque britannique HSBC avait aidé 2000 riches Grecs à se mettre à l'abri du fisc. L'ancien ministre des Finances de 2009 à 2011, Georges Papaconstantinou, qui avait en mains la liste de ces pauvres gens, est même formellement accusé d'avoir dissimulé les noms de trois membres de sa famille.

La suite de la négociation sera pénible pour toutes les parties, même si la balle est dans le camp d'Athènes qui jouit toujours d'un solide appui populaire.

Le président de l'Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, a laissé la porte entrouverte en sous-entendant que prolongation et prêt relais peuvent signifier la même chose, mais pas l'ombre d'un compromis n'a été évoqué hier soir.

Le plan de sauvetage de 240 milliards d'euros de la Grèce vient à échéance le 28 février. Une dernière tranche des 240 milliards d'euros promis par le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et l'Union européenne (surnommés la troïka) est conditionnelle à des réformes rejetées par les Grecs lors des dernières élections.

Les Grecs ne veulent pas seulement un prêt relais. Ils réclament que les intérêts sur leur dette varient en fonction de leur croissance économique. Ils demandent en outre que la cible de l'excédent budgétaire primaire, c'est-à-dire le surplus entre les revenus et les dépenses moins le service de la dette, exigé par la troïka, soit ramené de 3% du PIB à 1,49% de manière à alléger les mesures d'austérité.

Toujours inflexibles, les Allemands soutiennent que les Grecs sont dans cette situation parce qu'ils ont vécu trop longtemps au-dessus de leurs moyens. Tout assouplissement, craignent-ils, est de nature à faire tache d'huile auprès d'autres pays aidés par la troïka, tels l'Espagne ou le Portugal.

Faute d'accord, les Grecs risquent gros. L'expulsion de la zone euro, souvent évoquée dans la presse anglo-saxonne, serait tragique. Rétablir la drachme signifierait une forte dévaluation, une poussée inflationniste et l'alourdissement de la dette écrasante libellée en euros. Sans compter que ce pourrait être très difficile matériellement de battre monnaie et d'approvisionner les banques en peu de temps.

La Grèce pourrait se tourner vers d'autres prêteurs que l'Europe. La Chine a les moyens d'intervenir, mais le gouvernement Tsipras s'est aussi engagé à interrompre la privatisation du Pirée, le port athénien que convoite l'empire du Milieu.

Le pire scénario serait une aide de la Russie. Même en crise, le pays de Vladimir Poutine peut brouiller les cartes en secourant conditionnellement un membre de l'OTAN, doté d'une base navale en Crète, utilisée par les États-Unis.

Cela n'aurait pas l'heur de plaire non plus à la chancelière Angela Merkel qui a déployé ses meilleures énergies à arracher un accord de paix entre la Russie et l'Ukraine.

D'ici la fin du mois, il n'y a pas que les ministres des Finances qui vont se parler dans le blanc des yeux, ceux de la Défense aussi, venant même de l'extérieur de l'Eurogroupe.

- Avec AFP, BBC et Bloomberg




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