Les banques grecques, victimes collatérales des tractations politiques

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Après avoir ouvert en baisse mercredi matin de 2%, l'indice général Athex a commencé sa dégringolade vers 10h00 pour finir avec des pertes de 9,24% à 711 points.

Petros Giannakouris

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Mathilde RICHTER
Agence France-Presse
BERLIN, PARIS

Alors qu'Alexis Tsipras a dévoilé les axes de sa politique, les banques grecques ont dégringolé en Bourse mercredi, rappelant les difficultés potentielles du secteur sans témoigner pour autant d'une menace pour le système financier européen.

Le nouveau premier ministre grec, en poste depuis mardi à la tête d'un gouvernement d'alliance résolument anti-austérité, s'est dit «prêt à verser son sang» pour son pays.

Pour commencer c'est la Bourse d'Athènes qui a saigné, et les banques ont été de loin les plus touchées: Banque du Pirée a chuté de 29,2%, Alpha Banque de 26,7%, Eurobank de 25,9% et la Banque nationale de Grèce de 25,4%.

Plus que les annonces concrètes de M. Tsipras (coup d'arrêt à certaines privatisations, réembauche de fonctionnaires), les propos d'un responsable de la Bundesbank allemande, mettant en garde contre des «conséquences fatales pour le système financier grec» d'une remise en question du programme d'aide à la Grèce, conjugés à des informations de l'agence Bloomberg News selon lesquelles les retraits bancaires nets en Grèce ont été multipliés par plus de trois entre décembre et janvier, ont mis le feu aux poudres.

David Benamou, gérant chez Axiom AI à Paris, évoquait en outre «une crainte qu'une partie des banques soient nationalisées pour qu'elles soient utilisées comme outil de relance», alors que M. Tsipras a prôné un «New Deal» pour la croissance en Europe.

 «Plutôt fortes» 

Au terme de plusieurs recapitalisations et levées de fonds, les banques grecques sont en meilleure posture qu'il y a encore quelques années. Sur les quatre cotées, une seule, Eurobank, a échoué aux tests de solidité financière menés l'an dernier par la Banque centrale européenne (BCE), avec un besoin de recapitalisation minime.

Les banques hellènes «sont plutôt fortes», a d'ailleurs assuré mercredi dans un entretien télévisé à Bloomberg la patronne du superviseur bancaire européen, Danièle Nouy. Mais «elles font face à une situation difficile actuellement à cause des élections», a-t-elle reconnu.

Les dépôts de leurs clients sont la principale source de liquidités des banques grecques, représentant les trois-quarts du total, estimaient dans une note mardi les analystes de Barclays. De ce fait, «une fuite des dépôts est le risque principal pour les prochaines semaines» selon eux. Ce serait le cas si les Grecs retiraient en masse leurs fonds des banques.

Pour l'heure, même si les chiffres semblent montrer une accélération des retraits ces dernières semaines, il n'est pas question d'un tel «bank run», selon Christopher Dembik, de Saxo Banque, qui fait remarquer que les retraits «ne représentent que 10% du montant total des dépôts».

Anticipant des fuites de capitaux, la Banque de Grèce avait déposé mi-janvier un recours auprès de la BCE pour que les quatre banques principales bénéficient d'un programme de liquidités d'urgence, pour un montant non dévoilé.

«Poker menteur» 

Mais ces aides ponctuelles de la banque centrale, dont les banques seront très vraisemblablement très dépendantes ces prochaines semaines, sont conditionnées au programme d'aide européen dont Athènes bénéficie toujours - et dont M. Tsipras veut s'affranchir.

«La BCE a bien dit qu'elle ne fournirait pas d'aide aux banques grecques sans un nouveau programme entre les autorités grecques et ses créanciers», explique à l'AFP Diego Iscaro, économiste chez IHS Global Insight à Londres.

Les banques se retrouvent de fait «en plein milieu de la partie de poker menteur entre le gouvernement grec» et ses créanciers, analyse  M. Benamou.

Et tant que les choses ne seront pas claires entre eux, M. Iscaro anticipe «une forte volatilité» pour les banques grecques.

Cette volatilité devrait toutefois être circonscrite à la Grèce, dans une Europe où la solidité des banques a été notoirement renforcée - en parallèle de la constitution d'une union bancaire destinée justement à éviter le risque de contagion des difficultés de quelques-unes à toute la région.

Les banques allemandes par exemple, engagées à hauteur de 4,5 milliards d'euros auprès de leurs consoeurs grecques, «ne seraient touchées qu'en cas de défaut de paiement», relève pour l'AFP Thomas Schlüter, de la fédération allemande des banques privées. Et même là, le risque est limité, souligne-t-il.

S&P menace d'abaisser la note souveraine

L'agence de notation Standard & Poor's a menacé mercredi d'abaisser la note «B» de la Grèce de stable à négative en raison notamment de l'incertitude politique actuelle.

«Certaines des politiques économiques et budgétaires promues par le nouveau gouvernement récemment élu en Grèce, mené par le parti de gauche Syriza, sont incompatibles avec le cadre politique négocié entre le précédent gouvernement et les créanciers officiels» du pays, justifie l'agence dans un communiqué.

Pour S&P, les incertitudes passées concernant l'appartenance de la Grèce à la zone euro, l'incapacité du pays à mettre en oeuvre de façon continue des réformes structurelles, ou la courte durée de vie des gouvernements «semblent avoir pesé sur la confiance, et par conséquent sur l'investissement, qui a plus que diminué par deux en passant à 11% du PIB en 2014 contre 24% du PIB en 2008».

La promesse du nouveau gouvernement de tenter d'augmenter l'investissement public et de relier plus étroitement les conditions du remboursement de la dette à la croissance est «constructive».

La volonté affichée par Syriza de lutter contre la corruption, de renforcer le système judiciaire et d'améliorer la collecte des impôts pourrait aussi jouer en faveur d'Athènes dans ses négociations avec ses créditeurs, estime S&P.

L'agence continue d'ailleurs de penser que «les négociateurs atteindront un consensus sur les termes et conditions de financement supplémentaire, en particulier au vue de l'intérêt pour la Grèce et ses créanciers de la zone euro à ce que le pays ne fasse pas défaut».

A l'inverse, si les discussions n'aboutissaient pas, cela «pourrait affecter les perspectives de reprise économique de la Grèce et sa performance budgétaire, tout en augmentant les risques sur la stabilité financière de son système bancaire».

Les banques grecques ont déjà cédé plus d'un quart de leur valeur mercredi après les premières prises du position du gouvernement de gauche radicale du nouveau Premier ministre Alexis Tsipras, l'indice général de la Bourse d'Athènes cédant 9,24% au total.

Au cours de la première réunion du conseil des ministres mercredi, M. Tsipras a bien placé parmi ses principales priorités la renégociation avec les créanciers, UE et FMI, de la dette et du plan d'austérité imposé au pays en échange des prêts internationaux.

Mais il a aussi mentionné l'arrêt des privatisations du port du Pirée, ou de la compagnie d'électricité DEI.

Il a également promis l'adoption des mesures sociales pour répondre à «la crise humanitaire» subie par les citoyens après six ans d'austérité, qui a entraîné à une profonde récession et l'explosion du chômage.




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