Franc suisse: l'onde de choc se poursuit

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Marie-Noëlle BLESSIG
Agence France-Presse
GENÈVE

L'onde de choc provoquée par la décision surprise de laisser s'apprécier le franc suisse, frappe de plein fouet l'économie helvétique et continuait vendredi à secouer les marchés financiers.

La Bourse suisse a accusé une nouvelle fois le coup, clôturant sur une perte de 5,86 % après avoir dévissé de 8,7 % jeudi, un record de chute depuis 1988.

Les actions des banques et de l'industrie du luxe ont subi les pertes les plus spectaculaires.

En outre, pour la première fois, le taux d'emprunt à 10 ans de la Suisse sur le marché obligataire secondaire est devenu négatif, avec un taux de -0,031 %, contre +0,076 % la veille à la clôture.

Concrètement, cela signifie que celui veut prêter de l'argent à la Suisse doit payer pour le faire.

Ces taux négatifs devraient donc en principe décourager les investisseurs de placer en franc suisse et les inciter à se tourner vers d'autres monnaies, comme l'euro.

Jeudi, le franc suisse a gagné environ 20 % par rapport aux autres devises et s'échange désormais autour d'un euro.

L'ensemble des milieux économiques en Suisse ont fait part de leurs inquiétudes après l'abandon d'une politique monétaire qui les mettait depuis plus de trois ans à l'abri d'une hausse du franc suisse au-delà du plafond de 1,20 CHF pour un euro.

Dans un communiqué, le patronat helvétique, regroupé dans l'association Economiesuisse, indique que cette décision «a pris de court les marchés et les entreprises».

«Aux yeux de l'économie, cette mesure est incompréhensible à l'heure actuelle», ajoute-t-il.

Economiesuisse prévoit dès à présent que des sociétés exportatrices et que le secteur du tourisme seront obligés de «réduire la voilure».

L'industrie du textile a également fait part de sa préoccupation, car elle exporte 75 % de sa production vers l'UE. Employant plus de 12 500 personnes, elle s'attend à des fermetures d'entreprises et par conséquent à des pertes d'emplois.

Remous sur les marchés des devises

La mesure continue aussi à susciter des remous sur les marchés des devises.

Aux États-Unis, le grand courtier en ligne FXCM a annoncé ne plus pouvoir respecter les règles prudentielles parce que ses clients ruinés lui doivent 225 millions de dollars, tandis qu'en Grande-Bretagne, la maison de courtage Alpari UK s'est déclarée en cessation de paiement.

Secteur emblématique, les montres suisses voient leur prix bondir de 15 % à 20 % pour leurs clients étrangers, alors même que le Salon international de la haute horlogerie, qui accueille des milliers de revendeurs étrangers, va ouvrir ses portes lundi prochain à Genève.

La plupart des commandes passées auprès des très grandes marques horlogères le sont à l'occasion de ce salon.

Vendredi, le patron d'une petite marque horlogère, H. Moser & Cie, installée près de la frontière allemande, a publié une lettre ouverte adressée au président de la BNS.

«Les premiers détaillants» qui commercialisent les montres de cette marque, vendues à 95 % à l'étranger, ont «annulé leurs commandes à la suite de votre annonce», y écrit cet entrepreneur, Edouard Meylan, avertissant qu'il est tenté de délocaliser son entreprise en Allemagne, toute proche.

Vendredi matin, la grande banque suisse UBS a été la première à sabrer ses prévisions de croissance pour la Suisse en 2015, en raison de cette nouvelle donne financière: elle table désormais sur une progression de 0,5 % du PIB en 2015, au lieu de 1,8 % précédemment, et de 1,1 % en 2016, au lieu de 1,7 %.

Selon Economiesuisse, le «tourisme d'achat», celui des Suisses qui traversent la frontière pour faire leurs courses et qui pénalisent les commerçants locaux, risque aussi de repartir de plus belle à la hausse.

La Suisse avait connu une situation similaire à l'été 2011, en pleine crise financière mondiale. Le franc suisse à l'époque était très convoité, jouant à plein son rôle de valeur refuge, et s'était, du coup, également envolé pour atteindre la parité avec l'euro.

Cet appétit international pour la monnaie helvétique avait poussé en septembre 2011 la Banque nationale suisse à adopter le taux plancher, empêchant qu'elle ne passe sous les 1,20 euro.

Pendant trois ans et demi, la BNS a consciencieusement acheté des euros quand trop de spéculateurs s'intéressaient au franc suisse et faisaient pression à la hausse. En presque quatre ans, ses réserves en euros ont ainsi été multipliées par 10.

Selon des experts, la situation devenait de plus en plus intenable pour la Banque nationale, qui a préféré se couper une main plutôt que de se couper un bras.




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