Chine: les coûts faramineux de l'«airpocalypse»

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Les épisodes de smog sévères sont fréquents à Pékin et dans les autres grandes villes. On évalue que la pollution cause directement 500 000 décès par an en Chine.

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Richard Dupaul

Un an avant la conférence sur le climat prévue à Paris à la fin 2015, les États-Unis et la Chine - les deux plus gros pollueurs de la planète - sont parvenus mercredi à un accord pour réduire leurs émissions polluantes.

L'entente «historique» entre les présidents Barack Obama et Xi Jinping comporte peu d'engagements fermes, ce qui a suscité des déceptions. Mais elle est au moins porteuse d'espoirs pour les climatologues.

En résumé, la Chine s'est fixé l'objectif d'inverser la courbe de ses émissions de CO2 «autour de 2030», avec l'intention «d'y arriver plus tôt». De leur côté, les Américains veulent réduire de 26 à 28% leurs émissions d'ici 2025 (par rapport à 2005).

La pression d'agir était particulièrement forte sur les Chinois, accusés d'être les grands responsables de l'accroissement de la pollution mondiale depuis 10 ans, alors que les pays occidentaux arrivent à limiter leur impact environnemental.

Or, la Chine avait-elle d'autres options? «La population en a assez. Il faut des actions concrètes et vite!», clamait un groupement ouvrier lors d'un récent épisode de smog sévère à Pékin, un énième cette année.

Plus grave encore, aux yeux des autorités chinoises, la pollution mine de plus en plus la deuxième économie mondiale. À ce sujet, voici un aperçu des coûts de l'«airpocalypse» chinois, ainsi surnommé par des écologistes:

> Dans la revue médicale The Lancet, l'ex-ministre de la Santé Chen Zhu a déjà affirmé que la pollution cause directement 500 000 décès par an en Chine. Une perte dramatique qui, de plus, soustrait 1,2% à la croissance économique, selon la Banque de développement asiatique.

> La Banque mondiale, pour sa part, calcule que le fort taux de mortalité et les soins de santé liés à l'épais brouillard de pollution des métropoles coûtent à la Chine de 100 à 300 milliards US chaque année.

> Dans un pays où 95% des rivières sont polluées, Pékin devra construire 3000 usines d'assainissement des eaux d'ici cinq ans, soit 320 milliards US d'investissements pour traiter l'eau imbuvable.

> Outre les problèmes de santé qu'ils causent, l'air âcre ainsi que la pollution de l'eau et des sols nuisent à l'image du pays. De nombreux voyageurs sont rebutés par les photos de Pékin étouffant dans un brouillard industriel. Selon Global Travel Industry News, l'affluence touristique à Pékin a chuté de 15% (sur un an) au premier semestre de 2014.

> La pollution est l'une des raisons invoquées par les riches Chinois qui songent à quitter le pays. Selon des sondages de la Bank of China et de Barclays, environ la moitié des grandes fortunes du pays (patrimoine personnel de 1,5 million US ou plus) envisagent de s'expatrier d'ici cinq ans dans l'espoir d'améliorer leur qualité de vie.

> De plus en plus de multinationales doivent verser des indemnités «de pollution» à leurs travailleurs expatriés en Chine. Coca-Cola accorde un boni de 15% à ses employés pour les encourager à rester. Canon et Honda offrent à leur personnel des équipements pour filtrer l'air à la maison... Et selon le New York Times, General Motors et IBM ont dû déplacer des travailleurs, jusqu'à récemment établis à Pékin et à Shanghai, vers des villes moins polluées en Asie.

> Plus de la moitié des nouveaux bâtiments du monde seront érigés en Chine cette année. Or, ces projets d'urbanisation - évalués à 5000 milliards US sur 15 ans - sont parfois critiqués parce que mal conçus et énergivores. Avec une meilleure densification urbaine et des bâtiments plus efficaces sur le plan énergétique, le pays économiserait 1400 milliards US, soit 15% de son PIB de 2013, estime la Banque mondiale.

> La Chine va dépenser 1700 milliards de yuans (280 milliards CAN) d'ici cinq ans pour combattre la pollution de l'air, en fermant 50 000 fours au charbon et en envoyant à la casse 6 millions de vieilles voitures. Reste que Pékin s'y prend tard dans ce combat de longue haleine. Même avec ces mesures, il faudra «au moins 18 ans» pour que la pollution dans les villes diminue à un niveau acceptable, selon la Deutsche Bank.

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UNE FACTURE ASTRONOMIQUE

Impact annuel des décès précoces dus à la pollution, en matière de perte d'activité économique

Pays riches* 1700 milliards US

Chine 1400 milliards US

Inde 500 milliards US

*É.-U., Europe, Japon...

Source: OCDE




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