Ces géants venus de loin

Un travailleur d'une usine d'acier de Tata, en... (Photo Vivek Prakash, Bloomberg)

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Un travailleur d'une usine d'acier de Tata, en Inde.

Photo Vivek Prakash, Bloomberg

Richard Dupaul

Qu'ont en commun le mexicain Grupo Bimbo (boulangerie), l'indien Tata (acier) et le chinois Lenovo (ordinateurs personnels)?

Rien, à première vue, car ces grands groupes industriels oeuvrent dans des secteurs fort différents. Cependant, ils partagent un même atout: ils sont des leaders mondiaux dans leurs marchés respectifs - résultat de leur essor spectaculaire depuis 20 ans. En prime, ils ont tous vu le jour dans une économie émergente.

Le russe Gazprom, la compagnie aérienne Emirates, de Dubaï, et le vignoble chilien Concha y Toro sont d'autres noms de plus en plus reconnus à l'échelle mondiale. Mais la plupart des 100 sociétés multinationales en gestation, qui étaient présentées jeudi dernier à Pékin par le Boston Consulting Group (BCG), sont encore dans une phase de décollage et demeurent inconnues du grand public. Reste que l'avenir leur appartient, soutient BCG dans une nouvelle étude. D'ailleurs, près de la moitié des 500 plus grandes entreprises du monde seront basées dans les pays émergents d'ici 2025, rajoute le McKinsey Global Institute qui, dans une autre étude, prédit un grand «bouleversement» de la concurrence mondiale.

Pays riches: la panne

Pour le moment, les pays industrialisés, dont les États-Unis et l'Allemagne, abritent toujours la majorité des champions du capitalisme.

Aujourd'hui, les trois quarts des quelque 8000 sociétés affichant un chiffre d'affaires de 1 milliard US ou plus sont situées dans les pays développés, qui pèsent pour 63% de l'économie mondiale (PIB), selon McKinsey. Or, le centre de gravité du monde des affaires se déplace lentement mais sûrement. Près de 7000 sociétés vont rejoindre le club des milliardaires d'ici 2025 et, de ce nombre, pas moins de 70% viendront des marchés émergents. Au final, près de la moitié (46%) des 500 plus grandes entreprises du monde seront basées d'ici 10 ans dans les pays émergents. Une proportion qui était de seulement 17% en 2010 et 5% en 2000.

«Cette déferlante de nouvelles entreprises pourrait modifier profondément le paysage, établi de longue date, de la concurrence mondiale», prédit McKinsey. Les économies émergentes, longtemps fournisseuses de main-d'oeuvre à bas coût, vont finir par abriter le plus grand nombre de très grandes entreprises... et surtout la richesse qu'elles génèrent.

Ce réalignement des forces n'est pas sans rappeler l'ascension des fabricants japonais durant les années 70 et 80. En s'inspirant des technologies de leurs rivaux occidentaux dont ils grignotaient les parts de marché, des étoiles montantes de l'époque, comme Toyota et Sony, ont finalement détrôné leurs rivaux américains et européens. Plus récemment, le coréen Samsung a commencé à affaiblir la mainmise d'Apple sur le marché des téléphones intelligents. «Dans les 10 prochaines années, ce genre d'histoire se reproduira, mais à une échelle bien plus gigantesque», prévient McKinsey.

On s'arrache les multinationales

La naissance de milliers de nouvelles entreprises dominantes deviendra aussi un enjeu majeur pour les villes, qui se disputeront les sièges sociaux, souligne aussi McKinsey. Aujourd'hui, seules 10 mégapoles peuvent se targuer d'abriter les sièges sociaux d'au moins 100 entreprises dites milliardaires (en matière de revenus), estime McKinsey. Le classement mondial est dominé par Tokyo, qui en comptabilise 613 (pour un chiffre d'affaires total de 5231 milliards US). New York vient loin derrière au deuxième rang, avec 217 grandes firmes (1964 milliards US de revenus), suivi par Londres (193 sociétés, chiffre d'affaires de 1924 milliards US). Seule ville canadienne à figurer à ce palmarès de 25 villes: Toronto, en 23e place (61 sociétés, pour 436 milliards de revenus).

Dans les marchés émergents, cinq villes - dont Pékin, Moscou et Hong Kong - ont une place dans le top 20. Là encore, la donne va changer en faveur des «nouveaux émergents». Selon McKinsey, le nombre de grandes entreprises siégeant à São Paulo, au Brésil, pourrait ainsi tripler d'ici 2025, tandis qu'il devrait doubler à Istanbul.

Pour BCG, les Occidentaux ont tort de croire que le boom des économies émergentes est terminé. «Avec des populations jeunes, des classes moyennes en expansion et une consommation en hausse, ces marchés sont devenus plus prospères et, en dépit des gros titres récents de la presse, plus stables», estiment les experts du cabinet-conseil américain.

BCG prévoit que, de 2009 à 2020, la classe moyenne mondiale passera de 1,8 à 3,2 milliards de consommateurs, grâce à l'embourgeoisement des pays «émergents». Une appellation de moins en moins pertinente, car «ces pays ne sont plus émergents. Nombre d'entre eux sont arrivés», dit la firme.




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