Restriction budgétaire: l'OIT dénonce les effets sur la pauvreté

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Dans l'UE, à la suite des coupes en matière de protection sociale, il y a désormais 123 millions de personnes considérées comme pauvres, soit 24% de la population.

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Agence France-Presse
GENÈVE

L'Organisation internationale du travail (OIT) a dénoncé mardi les effets sur les populations les plus vulnérables des mesures d'austérité budgétaires prises par les États à partir de 2010, à la suite de la crise financière de 2008, dans un nouveau rapport sur la protection sociale, publié à Genève.

Selon Isabel Ortiz, directrice du département de la protection sociale de l'OIT, «contrairement aux idées reçues, les mesures d'assainissement budgétaire ne se sont pas cantonnées à l'Europe, en 2014, pas moins de 122 gouvernements ont réduit leurs dépenses publiques, dont 82 pays en développement».

Ces mesures «concernaient les réformes des régimes de retraite, des systèmes de santé et de sécurité sociale (...), la suppression de subventions, la réduction d'effectif parmi les travailleurs sociaux et les personnels de santé».

En conséquence, les populations ont dû payer le coût de cet assainissement «à une période où l'emploi est rare et le soutien plus nécessaire que jamais», a-t-elle indiqué.

Dans l'UE, à la suite des coupes en matière de protection sociale, il y a désormais 123 millions de personnes considérées comme pauvres, soit 24% de la population, «dont beaucoup d'enfants, de femmes, de personnes âgées et de handicapés».

Bons points pour la Chine et le Brésil

Parallèlement à cette situation, la Chine, pays émergent, a presque réussi pendant la même période «la couverture universelle des retraites et a augmenté les salaires minimaux».

Le Brésil a aussi accéléré l'extension de la couverture sociale et des salaires minimaux depuis 2009.

Certains pays pauvres, comme le Mozambique, ont également agi au niveau de la protection sociale, «mais souvent par des filets de sécurité temporaires sur de faibles niveaux de prestation».

En fait, dans une première phase de la crise de 2008-2009, au moins 48 pays à revenu élevé ou moyen ont mis en place des plans de relance pour un montant de 2400 milliards de dollars, dont environ un quart était consacré à des mesures de protection sociale.

Cette aide a «agi comme un stabilisateur automatique qui a aidé les économies à retrouver leur équilibre et à protéger les chômeurs et les plus vulnérables d'une catastrophe économique dans les pays où elle a été déployée».

Puis, dans une 2e phase, à partir de 2010, «de nombreux gouvernements ont changé de trajectoire et se sont embarqués prématurément dans des mesures d'assainissement budgétaire, malgré l'impérieux besoin de prolonger le soutien aux populations vulnérables et de stabiliser la consommation».

Aujourd'hui, plus de 70% de la population mondiale n'a pas de véritable protection sociale, un chiffre qui montre que «la plupart des gens ne disposent pas d'une protection sociale suffisante au moment où elle est le plus nécessaire», a relevé pour sa part Sandra Polaski, directrice générale adjointe de l'OIT.

Dans le détail, le rapport montre qu'environ 39% de la population mondiale n'a pas accès à un système de soins ou de santé. Dans les pays pauvres, ce pourcentage grimpe à 90%.

L'OIT estime qu'il manque environ 10,3 millions d'emplois de personnels de santé pour garantir un service de santé de qualité à tous ceux qui en ont besoin.

Cependant, certains pays, comme la Thaïlande ou l'Afrique du Sud «sont parvenus à une couverture de santé universelle en quelques années seulement, démontrant que c'est possible», relève le rapport.

Concernant les retraites, l'OIT indique que 49% des personnes ayant dépassé l'âge de la retraite dans le monde ne touchent aucune pension. Ce pourcentage est basé sur l'ensemble des travailleurs, qu'ils aient cotisé ou non durant leur vie.

A contrario, 51% des pensionnés touchent une retraite.

En outre, relève l'OIT, beaucoup de retraites sont en dessous du seuil de pauvreté. Dans au moins 14 pays européens, les pensions vont baisser pour les futurs retraités.

L'OIT relève aussi que les dépenses de protection sociale en cas de chômage, de maternité, handicap ou accident du travail, varient beaucoup d'un pays à l'autre. Elles passent de 0,5% de l'ensemble des dépenses en Afrique à 5,9% en Europe de l'ouest.

À l'échelle mondiale, seuls 12% des chômeurs touchent des allocations chômage, variant de 64% en Europe de l'ouest, à moins de 3% au Moyen-Orient et en Afrique.

Face à cette situation, l'OIT demande que les dépenses de protection sociale figurent «en bonne place dans le programme de développement pour l'après 2015».

«La justification de la protection sociale est encore plus incontestable en cette période d'incertitude économique, de faible croissance et d'inégalité grandissante», a conclu Mme Polaski.

mnb/apo/cj




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