Vers une mondialisation plus «intelligente»

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Des changements profonds sont en cours sur la planète commerciale après deux décennies de forte croissance.

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Richard Dupaul

Le commerce mondial change de visage. La croissance n'est plus ce qu'elle était avant la crise financière de 2009. Et les échanges de produits technologiques augmentent plus vite que le commerce de «guenilles» et de produits bas de gamme.

Après 50 ans de croissance effrénée, culminant avec l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, la mondialisation est en train de changer.

Honni par les uns, pour avoir causé d'innombrables fermetures d'usines en Occident... Défendu par d'autres, pour avoir soustrait de la pauvreté des millions de personnes dans les pays émergents... Le commerce mondial, quoi qu'on en dise, a connu un essor remarquable depuis la Seconde Guerre mondiale.

Or, des changements profonds sont en cours sur la planète commerciale. Selon des chercheurs, ceux-ci se manifestent sur trois plans:

1. Finie l'envolée spectaculaire des échanges

Selon les derniers chiffres de l'OMC, les échanges commerciaux de la planète ont augmenté d'à peine 2,3% en 2012 et de 2,1% l'an passé. C'est moins que la progression de l'économie mondiale, à +2,3% et +2,2% respectivement. Du jamais vu en 20 ans.

Depuis deux ans, la croissance des échanges internationaux est même tombée à moins de la moitié de la moyenne des deux décennies antérieures, à +5,3%. C'est un retournement significatif étant donné que le commerce transfrontalier était LE moteur de l'économie planétaire au tournant des années 2000.

Faut-il rappeler que l'éclosion de la Chine et des autres économies émergentes a fait exploser le commerce de marchandises, au point de congestionner les ports sur tous les continents au début des années 2000, en plus d'attirer des milliards d'investissements dans les pays en forte croissance.

Récession en Europe, ralentissement de la Chine, faible reprise aux États-Unis... autant de raisons qui expliquent la baisse de régime actuelle.

C'est aussi la preuve que le commerce mondial a subi un énorme choc lors de la crise financière américaine, les échanges ayant plongé de 30% en 2008.

L'OMC table sur une accélération cette année à la faveur de la reprise européenne et américaine. Mais le directeur de l'organisme, Roberto Azevêdo, s'attend à un «modeste» renversement de tendance, sans plus.

En somme, le commerce mondial s'assagit et devra se contenter d'un rythme de croisière plus tranquille.

2. Plus techno, le commerce mondial

Autre changement majeur: le commerce devient de plus en plus technologique, voire «plus intelligent»,précise le McKinsey Global Institute dans une nouvelle étude.

Pour plusieurs, la mondialisation évoque des images de pauvres travailleurs exploités dans des usines décrépites, qui bricolent des gadgets bas de gamme ou des t-shirts pour les riches Occidentaux.

Si cette réalité reste malheureusement bien présente, une nouvelle réalité émerge: les échanges internationaux montent en gamme, constate la firme McKinsey.

Depuis 10 ans, le segment affichant la meilleure croissance est celui des produits à forte teneur technologique, comme l'aéronautique, le pharmaceutique et les produits électroniques de haut de gamme.

Ce secteur a connu une progression de près 8% par an de 2002 à 2012, en moyenne, contre 6% pour les produits de bas de gamme nécessitant plus de capitaux et de main-d'oeuvre, comme les vêtements, les jouets ou les métaux.

Autrement dit, l'avenir appartient aux technos, mais de moins en moins «aux bébelles et à la guenille», disait un analyste lors d'une foire commerciale en Europe récemment.

3. Le commerce se régionalise

Échaudés par de nombreux conflits commerciaux dans l'arène de l'OMC, plusieurs pays changent aussi leur fusil d'épaule. Pour conquérir de nouveaux marchés, on privilégie de plus en plus les échanges régionaux.

Le commerce «intrazone» est d'ailleurs en plein essor, notamment en Asie-Pacifique, en Afrique et dans les autres régions en forte croissance, affirme la firme Euler Hermes, numéro un mondial de l'assurance du commerce international. La région Asie-Pacifique, par exemple, représentait près de 32% des échanges internationaux en 2011, contre 25% en 2001. Alors que l'Amérique du Nord a vu sa part glisser de 26 à 20%.

Parallèlement, les échanges intrarégionaux dans l'ensemble des exportations asiatiques sont passés de 42% en 1990 à 52% en 2011, ajoute l'OMC. Autrement dit, les Asiatiques préfèrent de plus en plus commercer avec leurs voisins.

Pourquoi les chaînes d'approvisionnement mondiales pensent davantage «régional» ? Pour «optimiser les coûts de transport et les économies de temps» surtout, souligne une étude récente de la Banque mondiale.

En somme, le commerce international reste bien vivant. Mais il semble enfin avoir atteint l'âge adulte.




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