Les «émergents» s'essoufflent

La faiblesse de la monnaie de certains pays... (PHOTO MURAD SEZER, ARCHIVES REUTERS)

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La faiblesse de la monnaie de certains pays émergents est l'un des nombreux facteurs qui irritent les grandes sociétés multinationales de la planète.

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Richard Dupaul

La cote d'amour des pays émergents, déjà écorchée par la chute brutale de leurs devises, commence aussi à baisser dans le coeur d'America inc. et des autres multinationales de la planète. Procter&Gamble, IBM, Danone et Adidas viennent d'annoncer des résultats décevants, voire en nette baisse en Chine, en Turquie et au Brésil notamment. A-t-on surestimé l'eldorado des BRICS et des autres économies à haut risque?

São Paulo, ville la plus peuplée du Brésil, a connu à la mi-novembre une congestion routière monstre: des bouchons totalisant 310 km, soit une file d'autos qui s'étendrait de New York à Boston. Pour les économistes, cet enfer routier témoignait de l'essor qu'a connu l'économie brésilienne au début des années 2000.

Mais les temps ont changé. L'année 2013 a été passablement mauvaise pour la première économie d'Amérique latine. Les consommateurs brésiliens sont endettés et en colère, l'inflation et les taux d'intérêt montent en flèche, le real brésilien plonge...

Résultat: la bulle automobile brésilienne se dégonfle et les ventes devraient même diminuer en 2014. On prévoit la même chose en Inde et en Russie - donc dans trois des quatre des vedettes du BRIC, selon la firme américaine IHS Automotive.

Le géant américain de l'automobile Ford a fait, pour sa part, ce constat inquiétant la semaine dernière: les constructeurs de véhicules ont construit trop d'usines et ont une capacité «excessive» dans plusieurs pays émergents alors que les ventes brésiliennes, russes et indiennes sont inférieures aux attentes.

«C'est clairement un cas où les yeux étaient plus grands que la panse», a déclaré Mark Fields, numéro deux chez Ford, lors du salon de l'auto de Genève.

Déceptions et projections révisées

Or, Ford n'est pas seul à ressentir un malaise. La liste des sociétés qui amorcent l'année 2014 avec une grosse indigestion, après avoir plongé tête première dans le buffet des pays émergents, s'allonge de jour en jour.

Durant le dernier mois, les géants Procter&Gamble, Coca-Cola, IBM, Danone et Diageo ont annoncé des résultats décevants sur leurs marchés naguère en forte croissance comme la Chine, le Brésil ou la Russie. Si bien que plusieurs multinationales ont dû réviser à la baisse leurs projections pour 2014, ce qui a fait reculer le prix de leurs actions dans certains cas.

Voici quelques exemples:

- L'équipementier informatique Cisco vient de publier des résultats en forte baisse au deuxième trimestre de son exercice. L'un des problèmes: les commandes sur les marchés émergents ont baissé d'environ 15% au cours des deux derniers trimestres. IBM, pour sa part, a révélé que ses ventes en Chine sont en recul de 23% sur un an.

- Le fabricant de produits de consommation Procter&Gamble (couches Pampers, piles Duracell, shampoing Pantene) a dû abaisser ses prévisions de bénéfices en raison de la dévaluation de plusieurs monnaies émergentes, dont le peso argentin, le real brésilien et la livre turque.

- Chez Adidas, la faiblesse de la monnaie de certains pays émergents, dont le rouble russe, va peser sur les résultats de 2014, ce qui mettra en péril les objectifs pour 2015. L'action Adidas a perdu 10% cette année, soit l'une des pires performances des «blue chips» allemandes.

- D'autres grands noms, dont Coca-Cola, Danone et Yum Brands (KFC et Pizza Hut), ont aussi montré des signes d'essoufflement sur les nouveaux marchés.

Des ennuis nombreux

La liste des problèmes des économies émergentes qui irritent les grandes sociétés de la planète est bien longue.

Flambée de l'inflation et du crédit en Argentine et au Brésil, tensions politiques en Thaïlande et au Venezuela, déchirements socio-religieux en Turquie, ralentissement économique en Inde, risque de guerre entre la Russie et l'Ukraine... sans oublier la corruption presque partout.

Autant de facteurs qui affaiblissent la monnaie de ces pays - et les revenus des multinationales -, un phénomène aggravé par la nouvelle politique monétaire américaine plus restrictive, qui étrangle le flux de capitaux à l'étranger.

Dans ce contexte, l'inquiétude grandit et accélère les sorties de fonds des pays émergents: en janvier et en février, plus de 31 milliards US ont été retirés des fonds en actions et en obligations des pays émergents, selon la banque Barclays, soit plus que le total (29 milliards US) de 2013.

Devant ce concert de fausses notes sur les plans financier et économique, les grandes multinationales commencent donc à déchanter.

«La situation, telle qu'elle est maintenant, fait peser un risque significatif sur l'atteinte de nos objectifs», a déclaré il y a quelques jours Herbert Hainer, président d'Adidas.

En clair, on assiste à une dégradation des «fondamentaux» des économies émergentes qui exposent leurs vulnérabilités, disent les experts.

«Il y a eu une grande surenchère promotionnelle [big hype] autour des pays émergents», affirme Dani Rodryk, expert en mondialisation à l'Université Princeton, dans une analyse reprise par le New York Times. «Plusieurs de ces pays ont surfé sur de l'argent emprunté et les prix élevés des ressources naturelles. Et au centre de cette bulle, il y avait la corruption et la mauvaise gestion des gouvernements.»




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