Les pays émergents à l'offensive en attendant la Fed

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À l'issue d'une réunion de deux jours, la Fed devrait maintenir le cap amorcé en janvier et réduire son soutien à l'économie américaine, au risque d'accélérer les mouvements de capitaux qui déstabilisent le globe depuis le printemps dernier.

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Jeremy TORDJMAN
Agence France-Presse
Washington

L'artillerie lourde déployée par les pays émergents pour contrer la chute de leur monnaie n'a pas suffi à apaiser les tensions, qui pourraient être renforcées mardi par une décision de la banque centrale américaine.

À l'issue d'une réunion de deux jours, la Fed devrait maintenir le cap amorcé en janvier et réduire son soutien à l'économie américaine, au risque d'accélérer les mouvements de capitaux qui déstabilisent le globe depuis le printemps dernier.

Inquiets de certains troubles sociaux et anticipant un resserrement de la politique monétaire aux États-Unis, les investisseurs s'étaient alors massivement désengagés des pays émergents, provoquant une chute de leur devise.

Cette tendance s'est encore intensifiée ces derniers jours avec les plongeons du rand sud-africain et de la livre turque. Mais elle ne devrait toutefois pas faire dévier de son cap la Fed, qui s'apprêterait, selon les experts, à réduire encore ses injections de liquidités destinées à fluidifier le crédit.

«Nous ne nous attendons pas à ce que ce regain de nervosité sur les émergents fasse s'écarter la Fed de son idée d'une poursuite des réductions» de ses rachats d'actifs, a prévenu Simon Smith, un analyste de FxPro.

Sans attendre la décision de la Fed, les banques centrales des pays émergents sont passées à l'action afin d'enrayer la dégringolade des monnaies et la fuite des capitaux mais elles n'ont remporté jusque-là qu'un succès très limité.

À l'issue d'une réunion d'urgence, la banque centrale turque a annoncé mardi soir, contre l'avis du gouvernement, une très forte augmentation de ses principaux taux directeurs (de 4,4 à 10% pour son taux hebdomadaire) pour attirer les capitaux étrangers et freiner la chute continue de la livre turque face au dollar et à l'euro.

Une «gigantesque et audacieuse hausse de taux», comme l'a observé Anita Paluch, une analyste de Varengold, qui «a permis de calmer un peu les inquiétudes et diminué la demande pour les actifs jugés les plus sûrs», comme le dollar et le yen.

La banque centrale d'Afrique du Sud a agi à son tour mercredi, en relevant ses taux d'intérêt - dans des proportions moindres puisque son taux de base est passé de 5 à 5,5%.

Avec ces décisions, la Turquie et l'Afrique du Sud ont emboîté le pas à l'Argentine, à l'Inde, ou encore à la Russie, qui ont ces derniers jours sorti les armes monétaires lourdes (contrôles sur l'achat de devises, hausses de taux ou injections de liquidités...).

Répit de courte durée

Mais ces mesures des banques centrales ne semblaient mercredi n'avoir eu qu'un effet temporaire. La livre turque a effacé à la mi-journée la totalité du rebond provoqué par la hausse des taux avant de se reprendre légèrement tandis que le rouble touchait son plus bas historique face à l'euro.

Le rand a lui aussi plongé à la mi-journée face au dollar. «L'Afrique du Sud devait suivre (les autres pays émergents) mais y est allée sans enthousiasme et les marchés n'y ont pas cru», explique Fawad Razaqzada, analyste de FOREX.com.

Au-delà du cas sud-africain, les experts ont salué la réaction des banques centrales tout en relativisant par avance son impact.

«Il est peu probable que ces actions aient un impact à long terme» car elles ne s'attaquent pas aux problèmes fondamentaux qui pénalisent leurs économies, a prévenu Kathleen Brooks, une analyste de Forex.com.

Beaucoup de ces pays restent dans l'ensemble plombés par un cocktail alliant des déficits de leurs comptes courants, des difficultés à se financer sur les marchés externes, et une certaine instabilité politique et sociale (scandale de corruption en Turquie, manifestations en Ukraine...).

«Le fait que les monnaies aient continué de faiblir, y compris dans les pays qui ont commencé à remonter leurs taux d'intérêt, ouvre une nouvelle phase potentiellement plus inquiétante des tensions sur les marchés financiers», estiment les experts de Capital Economics.

Tentant de calmer le jeu, le Fonds Monétaire International a récusé mardi tout mouvement de «panique» touchant les pays émergents et mis en avant la «combinaison de facteurs particuliers» à chacun de ces pays.




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