Richard Garneau de Résolu: plusieurs outils dans son coffre

Richard Garneau est sorti de sa retraite pour prendre les... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Richard Garneau est sorti de sa retraite pour prendre les commandes de Résolu après le naufrage d'Abitibi-Bowater. Il pensait que tout le ménage avait été fait, mais depuis trois ans, il a dû réduire encore, couper un peu plus et fermer d'autres machines.

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Hélène Baril

S'il ne reste un jour qu'un seul producteur de papier journal dans le monde, ce sera peut-être Produits forestiers Résolu (T.RFP).

Richard Garneau, président et chef de la direction de l'entreprise et vieux routier de l'industrie, refuse de croire à la disparition du papier, malgré toutes les courbes de la demande mondiale qui pointent vers le bas.

Entre 2012 et 2013, la demande de papier journal a diminué de 9,5%, aux États-Unis. Même les marchés encore intéressants pour Résolu sont touchés: la baisse est de 7% en Amérique latine et de 1,5% en Asie.

«Le papier ne disparaîtra pas complètement, affirme tout de même Richard Garneau au cours d'un entretien avec La Presse Affaires. Ce n'est pas demain que tout le monde aura des iPad.»

D'autres débouchés

Produits forestiers Résolu a des usines bien situées pour pouvoir exporter, ajoute-t-il, et un accès à la fibre de qualité des épinettes noires du Québec. Si l'entreprise réussit à produire à un coût inférieur aux autres producteurs, elle sera là demain et après-demain, selon lui, sans renier ses origines.

«On parle souvent de virage, mais la ligne droite, c'est bon aussi, pour savoir où on va», résume-t-il.

Et si, malgré cet optimisme, il y avait une fin au papier journal? «On a ce que j'appelle des "optionalités". On a de la pâte, on a du bois de sciage. La demande de pâte augmente encore de 1,5 à 2% par année aux États-Unis. On a des usines aux États-Unis qui sont près de grands marchés. On peut faire du papier tissu, des boîtes de carton.»

Non, le grand patron du premier producteur de papier journal au monde n'est pas inquiet pour l'avenir. «Si on a accès à une fibre à coût raisonnable, on va trouver des produits, il n'y a aucun doute dans ma tête. On va investir et on va faire travailler du monde.»

Richard Garneau est sorti de sa retraite pour prendre les commandes de Résolu après le naufrage d'Abitibi-Bowater. L'entreprise amincie, délestée de sa lourde dette et de ses installations les moins performantes, était prête pour le nouveau cycle de croissance de l'industrie lorsque Résolu est sortie de la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, en 2011.

Richard Garneau pensait que tout le ménage avait été fait, mais depuis trois ans, il a dû réduire encore, couper un peu plus et fermer d'autres machines.

«On ne s'est jamais vraiment remis de cette crise-là, constate Richard Garneau. Il y a des analystes qui prévoyaient un super-cycle. On l'attend encore. C'est pourquoi il faut être prudent dans tous les gestes qu'on pose. Il faut gérer en fonction d'une croissance qui va être plus lente et être en contrôle de nos coûts.»

Diversification

Prudemment, Résolu a entrepris de diversifier ses activités. «On est moins une compagnie de papier journal qu'on était», soutient Richard Garneau.

L'entreprise a investi dans la recherche et développement de nouveaux produits à base de cellulose. Elle a pris une participation de 40% dans Serres Toundra, qui veut faire pousser 20 millions de concombres dans des installations situées à côté de son usine de pâte de Saint-Félicien. «Pourquoi pas? dit Richard Garneau quand on lui demande si les légumes pourraient devenir une source de revenus importante pour Résolu. C'est de la diversification. Le Lac-Saint-Jean, j'ai grandi là, et à part la forêt, il n'y a pas grand-chose. Je veux y retourner à ma retraite. Un jour, 400 personnes vont y travailler. Trouver des emplois, c'est important. Et s'il y a de l'argent à faire à cultiver des concombres...»

Démêlés avec les environnementalistes

Les démêlés de Résolu avec les environnementalistes ont souvent fait la manchette, mais l'investissement de l'entreprise dans les légumes ne vise pas pour autant à améliorer son image, laisse entendre Richard Garneau.

Il affirme que son entreprise est souvent prise à partie par les activistes parce qu'elle est la plus grosse et qu'elle coupe du bois sur les terres publiques. «Il y a du monde qui ne veut pas de développement, point. Ils se disent: on prend la plus grosse compagnie, et si on réussit à lui faire plier les genoux, les autres vont suivre.»

Richard Garneau n'a pas plié les genoux. Au contraire, Résolu a même traîné Greenpeace devant les tribunaux, ce qu'aucune entreprise de son envergure n'a jamais fait au Québec. «Il faut se défendre, plaide-t-il. Un mensonge jamais démenti devient la vérité, comme disait ma mère. C'est une question de protéger notre réputation et aussi les emplois.»

Produits forestiers Résolu peut être fière de sa feuille de route en matière de développement durable, selon son président. «La loi québécoise est une des plus rigoureuses dans le monde. On s'améliore, on le mesure, on fait des efforts et ces efforts sont reconnus.»

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RICHARD GARNEAU

Comptable de formation, il a passé toute sa vie dans le secteur forestier. Il a travaillé entre autres chez Donohue, Domtar, Norampac, Catalyst Paper et Abitibi-Bowater, devenue Produits forestiers Résolu en 2011.

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PRODUITS FORESTIERS RÉSOLU

> 40 usines au Canada, aux États-Unis et en Corée du Sud

> Employés: 8400, dont 4800 au Québec

> Produits: bois d'oeuvre, pâte, papier journal, papier d'impression

> Chiffre d'affaires: 4,4 milliards

> Papier journal: 33% des ventes

> Papier d'impression: 31%

> Pâte commerciale: 23%

> Produits du bois: 13%

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FORCES ET FAIBLESSES

Forces

> Accès à une fibre de qualité

> Production d'énergie à bas coût

> Taux de change favorable

Faiblesses

> Marché principal en déclin

> Coûts d'approvisionnement en hausse

> Enjeux environnementaux




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