Léopold Beaulieu, PDG de Fondaction: la course à obstacles vers la maturité

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«On voit mal comment le gouvernement du Québec, qui a été l'architecte de la création des fonds de travailleurs comme mode de financement des entreprises, pourrait couper dans les crédits d'impôt», dit Léopold Beaulieu, PDG du Fondaction de la CSN.

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Le Fondaction de la CSN aura 20 ans en 2016, mais il aspire toujours à atteindre la taille critique qui lui permettra d'optimiser sa croissance. Son PDG, Léopold Beaulieu, ne s'en cache pas, il aura du pain sur la planche au cours des prochains mois pour convaincre les gouvernements de Québec et d'Ottawa qu'il ne faut pas sabrer les avantages qui permettent au Fondaction de jouer pleinement son rôle.

Samedi prochain, les actionnaires du Fondaction participeront à la 19e assemblée annuelle de l'institution, née en 1996, 13 ans après la création du Fonds de solidarité, et qui a toujours grandi dans l'ombre du fonds de travailleurs de la FTQ.

Au terme de son dernier exercice financier, le Fondaction cumulait un actif total de 1,2 milliard de dollars et comptait 127 755 actionnaires qui cotisent en moyenne 2800 $ par année.

Depuis sa création, le fonds de travailleurs a investi 706 millions en capital de développement, dont 51 % ont été injectés directement dans 256 PME québécoises et 49 % dans plus de 600 autres entreprises par l'entremise d'une quarantaine de fonds spécialisés.

« Près de 45 % de nos investissements sont carrément du capital de risque, c'est-à-dire qu'on investit dans des entreprises qui affichent des flux monétaires négatifs. Et 34 % de nos investissements sont faits dans des PME qui sont carrément au stade du démarrage », précise Léopold Beaulieu.

De plus, 87 % des participations financières qu'a réalisées à ce jour le Fondaction - sous forme de capital-actions, de débentures ou de prêts non garantis - ont été inférieures à 2 millions. Dans 76 % des cas, elles n'atteignaient même pas le million.

Des avantages en péril

« C'est la raison qui explique pourquoi le gouvernement du Québec nous a accordé un crédit d'impôt additionnel de 10 % par rapport aux autres fonds fiscalisés (le Fonds FTQ et Capital régional coopératif Desjardins). En raison de notre mandat, on prend plus de risques », souligne le PDG.

Jusqu'en mars 2015, l'acquisition d'actions du Fondaction donnera encore droit à l'épargnant-investisseur à un crédit d'impôt total de 40 %. À partir de l'an prochain, le gouvernement fédéral va réduire de 5 % la valeur de sa déduction fiscale (15 % actuellement) jusqu'à son abolition totale dans trois ans.

Restera donc le crédit de 25 % du provincial. Mais depuis l'élection du gouvernement libéral à Québec et sa volonté affichée de mener une politique d'austérité, il est beaucoup question de sabrer les nombreux crédits d'impôt offerts aux entreprises pour retrouver une certaine marge de manoeuvre budgétaire.

« Oui, ça nous inquiète, réagit M. Beaulieu. À Ottawa, on va continuer de sensibiliser les autres partis politiques à l'importance du rôle des fonds de travailleurs dans l'écosystème financier québécois.

«Par ailleurs, on voit mal comment le gouvernement du Québec, qui a été l'architecte de la création des fonds de travailleurs comme mode de financement des entreprises, pourrait couper dans les crédits d'impôt.

«Cette mesure rapporte plus en recettes fiscales et parafiscales qu'elle en coûte au gouvernement en pertes de revenus d'impôt», insiste Léopold Beaulieu.

Le PDG de Fondaction convient qu'il aura tout de même un travail de persuasion à réaliser pour éviter que le Fondaction ne perde les avantages qui lui permettent d'attirer du nouveau capital.

La question des crédits d'impôt n'est toutefois pas le seul écueil qui menace le fonds de travailleurs. Dans son dernier budget, Québec a plafonné à 200 millions la prochaine émission d'actions de Fondaction alors qu'elle devait totaliser 225 millions.

«On doit atteindre le cap des 3 milliards d'actifs d'ici cinq ans, c'est la taille critique à partir de laquelle on pourra mieux réaliser notre mandat, en réduisant nos frais d'exploitation et en assurant une plus grande diversité et profondeur de nos portefeuilles», explique le gestionnaire.

Présentement, les frais d'exploitation de Fondaction totalisent 2,8 % de la valeur de ses actifs. Il faut ramener le ratio de ces coûts sous les 2 % pour réduire leur impact sur la valeur des rendements qui sont déjà affectés par la nature même des opérations du fonds.

Fonds éthique et rendement

En 2014, le Fondaction a cumulé un rendement de 4,4 %, généré en grande partie par les placements qu'a réalisés l'institution qui ont profité de la bonne tenue des marchés.

«On a 706 millions investis dans les entreprises et plus de 500 millions sur les marchés, dont 55 % en obligations et 45 % en actions», précise Léopold Beaulieu.

Sur 10 ans, en incluant le rendement fiscal, Fondaction a généré un rendement moyen de 8,2 %. Si on exclut les gains fiscaux, le rendement tombe à -0,8 %.

«On est un fonds de capital de risque, mais on est aussi un fonds éthique, une caractéristique qui nous oblige à investir dans des entreprises dont la gouvernance adhère aux principes du développement durable.

«On regarde leurs perspectives économiques, mais on examine aussi leur comportement corporatif, leurs rapports avec leurs employés et leur impact environnemental», résume Léopold Beaulieu.

Le PDG insiste beaucoup sur le fait que le Fondaction est la première et seule institution financière québécoise à avoir obtenu une note de A+ décernée par le Global Reporting Iniative (GRI), un organisme international qui mesure le respect des critères de développement durable.

Seulement deux institutions financières canadiennes figurent dans le palmarès du GRI sur les 139 qui sont classées à l'échelle mondiale.

Léopold Beaulieu dirige le Fondaction depuis sa création en 1996. Il a été, en 1971, le premier directeur général de la Caisse d'économie des travailleurs à Québec et c'est non sans fierté qu'il rappelle que c'est la Caisse d'économie des travailleurs de Montréal (située tout juste à côté de la CSN) qui est depuis ses débuts le banquier du Cirque du Soleil.

Un capital de démarrage qui a été payant, faut-il convenir.




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