«Brexit» et évasion fiscale accaparent la planète finance

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La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde.

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Jeremy TORDJMAN, Antonio RODRIGUEZ
Agence France-Presse
Washington

Le spectre grandissant du «Brexit» et le scandale des Panama Papers s'imposaient jeudi au menu des discussions des grands dirigeants économiques du globe, réunis à Washington sous un ciel assombri par une croissance mondiale morose.

«Il y a encore beaucoup d'endroits dans le monde qui restent plongés dans le froid absolu parce que la reprise reste trop lente et trop fragile», a déclaré la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde.

Le FMI, qui tient cette semaine son assemblée de printemps avec la Banque mondiale, avait déjà donné le ton mardi en abaissant ses prévisions sur le globe et en mettant en garde contre «l'escalade des menaces» économiques.

Le président de la Banque mondiale ne s'est pas montré plus optimiste. «Il n'y a pas beaucoup d'éclaircies sur le globe», a dit Jim Yong Kim, évoquant également les «défis majeurs» posés par les déplacements forcés de population et les épidémies sanitaires.

Sur le front économique, la menace la plus imminente vient du Royaume-Uni qui pourrait décider fin juin par référendum de quitter l'Union européenne, un scénario qui affole les milieux d'affaires et les grandes chancelleries.

«C'est un long mariage qui unit les membres de l'Union européenne et j'ai l'espoir qu'il ne se brise pas», a déclaré Mme Lagarde, appelant à maintenir le dialogue «comme dans tous les mariages» et à «s'élever au-dessus» des intérêts nationaux.

«Un Brexit pourrait causer de graves dégâts régionaux et mondiaux», avait déjà prévenu le chef économiste du FMI Maurice Obstfeld.

Ce dossier brûlant ne devrait pas échapper aux grandes puissances développées et émergentes qui se réunissent jeudi soir et vendredi dans la capitale américaine pour une réunion du G20 Finances.

Combat «inachevé»

D'autres sujets devraient s'imposer dans leurs discussions et notamment le scandale des «Panama Papers» qui a mis au jour un vaste système d'évasion fiscale dans les paradis fiscaux.

Depuis 2009, la communauté internationale a multiplié les initiatives pour tenter de mettre fin à l'opacité financière mais le combat reste «inachevé», a affirmé Mme Lagarde.

L'enjeu est notamment crucial pour les pays pauvres. «Quand des impôts sont contournés, quand des actifs publics sont pris et déposés dans ces paradis fiscaux, tout cela peut avoir un immense effet néfaste sur notre mission de mettre fin à la pauvreté», a déclaré M. Kim.

Accentuant la pression, un rapport d'Oxfam America a révélé jeudi que les cinquante plus grandes entreprises américaines avaient mis à l'abri quelque 1400 milliards de dollars --soit la moitié du produit intérieur brut français-- dans des paradis fiscaux pour alléger leurs impôts.

Face à l'ampleur du scandale, les pays européens devraient annoncer jeudi au G20 une nouvelle initiative conjointe pour tenter de mettre au pas les paradis fiscaux.

Transition chinoise

D'autres sujets d'inquiétude devraient s'inviter dans leurs discussions, notamment la difficile transition engagée par la Chine vers un modèle de croissance davantage fondé sur la consommation.

Selon le FMI, les «vulnérabilités» vont croissantes dans le pays, notamment celles touchant les entreprises dont l'état de santé déclinant pourrait causer des pertes bancaires de 1.300 milliards de dollars.

L'onde de choc du ralentissement chinois continue par ailleurs de se faire sentir sur le globe, notamment dans les pays émergents habitués à exporter leurs matières premières vers Pékin.

Durement frappés par la chute des cours, notamment ceux du pétrole, les pays du Sud se sont massivement tournés vers la Banque mondiale qui n'avait jamais accordé autant de prêts depuis la crise financière de 2008-2009.

C'est le signe de «puissants vents contraires», a assuré l'institution.

Que faire pour les dissiper? Les ministres des Finances et banquiers centraux de 188 pays qui se retrouvent à Washington devraient de nouveau défendre les fameuses «réformes structurelles» pour libérer la croissance.

Mais le coeur ne semble pas y être.

Les réformes structurelles «sont comme le yéti, beaucoup prétendent les avoir vues mais on ne sait pas vraiment si elles existent», a récemment assuré une source proche du gouvernement allemand.

La marge de manoeuvre des gouvernements semble par ailleurs se réduire dangereusement.

Les politiques monétaires sont déjà «usées jusqu'à la corde» dans les grandes économies, selon le FMI, et certains pays comme l'Allemagne appellent déjà à amorcer une normalisation après des années de politique expansionniste.

La «confiance dans la capacité de mobilisation politique s'est effritée», a par ailleurs affirmé le FMI, incriminant le calendrier électoral et les «blocages» politiques.

La situation est particulièrement tendue en Europe où la crise des migrants a par ailleurs mis à l'épreuve la cohésion entre les 28 et requiert une réponse internationale rapide.




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