Accord stratégique entre le Niger et Areva sur les mines d'uranium

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L'uranium représentait plus de 70% des exportations du Niger en 2010, mais à peine 5,8% de son PIB, pointe la société civile, qui dénonce «quarante ans de pillage des sous-sols» nigériens.

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Boureima HAMA
Agence France-Presse
NIAMEY

Après 18 mois d'âpres négociations, le Niger et le géant français du nucléaire Areva ont annoncé lundi avoir signé un accord pour l'exploitation de deux mines d'uranium, signant la fin d'un bras de fer dans un secteur stratégique pour Paris et Niamey.

L'exploitation de la mine géante d'Imouraren a été repoussée sine die, faute d'une conjoncture favorable, le prix de l'uranium étant au plus bas depuis l'accident dans la centrale japonaise de Fukushima.

Si les deux parties, dans un communiqué conjoint, ont insisté sur la nature «équilibrée» de cet accord, dont elles discutaient depuis janvier 2013, l'ONG Oxfam, qui a suivi tout le processus de re-négocation, a aussitôt souligné l'opacité des discussions.

«Nous avons entendu les attentes légitimes du gouvernement du Niger d'augmenter les recettes venant des activités de l'uranium», a commenté Luc Oursel, le président du directoire d'Areva, lors d'une conférence de presse à Niamey.

Pour parvenir à ce résultat, le géant du nucléaire a accepté qu'une loi minière datant de 2006 soit appliquée à la Somaïr et la Cominak, les sociétés exploitant les mines du nord du Niger que le groupe français contrôle partiellement.

L'application de cette loi, qui constituait le principal point de désaccord entre les deux parties, fera croître la redevance minière de 5,5 à 12%.

Somaïr et Cominak seront à l'inverse soumises à un «mécanisme de neutralité de la TVA», selon le communiqué, ce qui signifie selon une source proche du dossier qu'elles en seront au final exemptées.

«La production d'uranium n'est pas consommée au Niger. Il est normal qu'elle ne subisse pas la TVA», a justifié Omar Hamidou Tchiana, le ministre nigérien des Mines, ajoutant que les achats au Niger des deux sociétés seront à l'inverse assujettis à cette taxe.

Cette mesure coûtera «10 à 15 millions d'euros par an» au Niger, s'indigne l'ONG Oxfam-France, qui dénonce l'«opacité» et l'absence de «contrôle démocratique» de ces négociations, lundi dans un communiqué.

L'enjeu était crucial pour Areva, le Niger comme pour la France, dont l'État est actionnaire à 80% d'Areva et où 75% de l'électricité produite est d'origine nucléaire.

Il s'agissait pour le géant du nucléaire français de maintenir au meilleur coût possible sa présence au Niger, le deuxième pays - derrière le Kazakhstan et devant le Canada - pour le groupe en terme de production.

Areva extrait environ un tiers de son uranium de la région d'Arlit (nord), où le risque terroriste est élevé. Cinq Français et un Togolais y avaient été enlevés en 2010. Deux d'entre eux avaient été libérés en 2011, et les quatre autres à la fin 2013.

Contrôle des ressources

Pour le Niger, le contrôle des ressources naturelles était en jeu. Le 4e producteur d'uranium au monde est aussi l'un des pays les plus pauvres de la planète.

«Areva et l'État du Niger sont parvenus à un accord équilibré et durable pour poursuivre leur partenariat historique», «dans le contexte d'un marché de l'uranium difficile», s'est félicité Luc Oursel.

Cet accord, qui porte sur cinq ans et sera renouvelable, «engage les partenaires sur le long terme» et «consacre la place majeure du Niger au sein de l'industrie mondiale de l'uranium», a-t-il observé.

Le ministre nigérien des Mines a également souligné le côté «équilibré» du nouveau contrat.

Areva et le Niger ont aussi annoncé un nouveau report de l'exploitation de l'énorme gisement d'Imouraren, qui démarrera en fonction de «l'amélioration des conditions de marché», les prix actuels de l'uranium ne permettant pas sa rentabilité.

«Un comité stratégique paritaire associant l'État du Niger et Areva sera mis en place afin d'analyser périodiquement» le marché et de «décider de la date de mise en exploitation d'Imouraren», poursuit ce texte, sans précision sur le calendrier.

Dans le cadre de cet accord, Areva accepte entre autres de financer un tronçon de la route dite «de l'uranium» dans le nord du Niger, pour 90 millions d'euros, ainsi qu'un programme de développement agricole pour 17 millions d'euros.

Le partenariat entre l'ex-Commissariat à l'énergie atomique (CEA), devenu Cogema puis Areva, et l'ancienne colonie paraissait depuis son origine favoriser le géant français, au détriment du petit poucet sahélien.

L'uranium représentait plus de 70% des exportations du pays en 2010, mais à peine 5,8% de son PIB, pointe la société civile, qui dénonce «quarante ans de pillage des sous-sols» nigériens.

Areva affirme de son côté que le Niger, où il fait travailler 6000 salariés directs et indirects, a perçu 85% des revenus directs, soit 871 millions d'euros, sur cette longue période.

Le chiffre d'affaires d'Areva en 2012 est quatre fois et demi supérieur au budget de l'État nigérien - 9 milliards d'euros contre 2.

«Peut être que le rapport de force est en train d'évoluer, le monde a changé. C'est un jeu d'égal à égal», estimait en décembre le président nigérien Mahamadou Issoufou.




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