La bataille pour Osisko n'est pas encore finie

La mine Osisko, près de Malartic.... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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La mine Osisko, près de Malartic.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

Sylvain Larocque
La Presse

Le géant vancouvérois Goldcorp (T.G) a bonifié hier à 3,6 milliards son offre hostile pour Osisko. Et dans l'espoir de rallier les actionnaires québécois, Goldcorp promet désormais d'établir un bureau à Montréal.

«Après avoir bien examiné le dossier, je peux vous dire qu'on va avoir une présence ici à Montréal, a déclaré hier à La Presse Affaires Brent Bergeron, vice-président chez Goldcorp. Cette équipe regroupera des gens qui travaillent actuellement chez Osisko. Ce sera une équipe très importante parce qu'elle va gérer des actifs d'une valeur d'environ 5 milliards au Québec.»

Ces actifs sont la mine d'or Canadian Malartic d'Osisko en Abitibi et le projet aurifère Éléonore de Goldcorp, à la baie James. Goldcorp a déjà un bureau à Rouyn-Noranda, alors qu'Osisko a des salariés à Malartic et à Montréal. M. Bergeron a reconnu que Goldcorp ne pourrait pas garder la totalité des 750 employés actuels d'Osisko, mais il n'a pas pu dire hier combien de postes seraient supprimés.

La nouvelle offre de Goldcorp pour Osisko s'établit à environ 7,65$ par action: 2,92$ en argent comptant et 4,73$ sous la forme d'une participation dans Goldcorp (selon la valeur boursière de l'entreprise mercredi soir). L'offre précédente de Goldcorp était évaluée à 6,21$ la semaine dernière, dont 2,26$ au comptant.

«Avec la vérification diligente qu'on a faite [des actifs d'Osisko], on a vu un peu plus de valeur dans la compagnie», a expliqué Brent Bergeron, assurant que la transaction demeurait rentable pour Goldcorp.

Au moment de présenter son offre pour Osisko, la semaine dernière, Yamana (T.YRI) l'évaluait à 7,60$ par action, dont 2,19$ au comptant. Il s'agit toutefois d'une proposition compliquée, de l'avis des analystes financiers, puisqu'elle prévoit que Yamana n'acquerrait que la moitié d'Osisko. L'autre moitié de l'entreprise resterait cotée en Bourse, et les observateurs ne s'entendent pas sur la valeur réelle de cette nouvelle entité.

L'analyste Michael Parkin, de Valeurs mobilières Desjardins, calcule que l'offre de Yamana valait entre 7,17 et 7,50$ par action mercredi soir. «Compte tenu des nombreuses incertitudes liées à la transaction proposée par Yamana, l'offre de Goldcorp, qui est plus simple et qui a une valeur plus élevée, est susceptible d'être perçue comme la plus favorable», a-t-il écrit dans une note.

M. Parkin a néanmoins souligné que la proposition de Yamana, à laquelle participent la Caisse de dépôt et placement du Québec et l'Office d'investissement du Régime de pensions du Canada, «fournit aux actionnaires [d'Osisko] une exposition plus directe à la mine de grande qualité Canadian Malartic, ce qui pourrait inciter certains actionnaires à la préférer».

Osisko réagit

Le chef de la direction financière d'Osisko, Bryan Coates, a tenu à rappeler qu'avant le dépôt de la proposition de Yamana, Goldcorp avait juré qu'elle ne bonifierait pas son offre. Et voilà qu'elle ajoute 1 milliard à sa mise de départ. «Mais d'un autre côté, nous ne sommes pas surpris parce que ça démontre la valeur de notre mine à Malartic», a dit M. Coates.

Celui-ci a soutenu que les offres de Yamana et de Goldcorp valaient sensiblement la même chose hier en Bourse. Mais cela n'empêchera pas la direction de l'entreprise québécoise de demander à Yamana de hausser son offre à son tour. «Ce sont des discussions qu'on va avoir avec Yamana», a affirmé M. Coates.

«On est dans la troisième période de la partie de hockey, et il y aura peut-être une prolongation», a-t-il illustré.

Dans une déclaration écrite envoyée aux journalistes, le PDG de Yamana, Peter Marrone, a estimé que l'offre bonifiée de Goldcorp «validait» la décision de l'entreprise de se lancer dans la mêlée. Il ne s'est toutefois pas avancé sur une éventuelle surenchère.

Si Yamana devait en remettre, Goldcorp réévaluerait s'il lui resterait de la «marge de manoeuvre» pour présenter une troisième offre, a indiqué M. Bergeron.

Chez Osisko, on a fait remarquer que Goldcorp a abaissé de 66,7% à 50,1% le nombre minimal d'actions requis pour que son offre aille de l'avant. «Ça démontre peut-être qu'ils n'ont pas le même niveau de confiance dans leur offre qu'auparavant», a commenté Bryan Coates.

Faux, a rétorqué Brent Bergeron. «On a fait ça juste pour pouvoir clôturer la transaction le plus vite possible.» Goldcorp pourra continuer d'acheter des actions d'Osisko par la suite, a-t-il noté.

M. Coates a tenu à préciser que le conseil d'administration allait évaluer l'offre bonifiée de Goldcorp en fonction non seulement de l'intérêt des actionnaires, mais aussi des autres parties prenantes d'Osisko: les résidants de Malartic, les salariés, les fournisseurs et les gouvernements.

«La mine Canadian Malartic est un actif fort qui peut être l'ancrage pour former une minière mondiale de premier plan, a insisté M. Coates. Il vaut mieux avoir une entreprise indépendante qu'être une division d'une grande compagnie dont le siège décisionnel n'est pas à proximité des opérations.»

L'offre révisée prévoit que Goldcorp pourra racheter les actions des actionnaires intéressés d'Osisko à partir du 22 avril. Les actionnaires qui n'auront pas déposé leurs actions pourront se prononcer sur la proposition de Yamana au cours d'une assemblée le 20 mai.




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