Le BAPE dénonce le projet de mine Arnaud à Sept-Îles

Environ 450 personnes ont assisté mardi soir à... (Photo Fanny Lévesque, Collaboration spéciale)

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Environ 450 personnes ont assisté mardi soir à la première séance de consultation du BAPE sur le projet de mine d'apatite de Mine Arnaud, à Sept-Îles.

Photo Fanny Lévesque, Collaboration spéciale

(QUÉBEC) C'est un dur coup pour le plus gros projet de mine à ciel ouvert en milieu habité du pays. Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) publie un rapport très critique sur le projet «inacceptable» de la mine Arnaud à Sept-Îles.

«L'ensemble du dossier est incomplet et ne répond pas adéquatement aux enjeux relatifs à la contamination des eaux de surface et des eaux souterraines ainsi qu'aux risques de glissement de terrain et de tassement de sol», résume le BAPE.

La mine serait située à moins d'un kilomètre de la baie de Sept-Îles. Les eaux contaminées auraient été entreposées dans un immense réservoir qui repose sur un sol d'argile, au-dessus du niveau de la mer et des zones habitées, ce qui augmente les risques en cas de glissement de terrain. Le promoteur n'a pas documenté ces risques dans son rapport soumis au BAPE.

Le projet polarise la population locale. Le BAPE parle de «tension palpable entre différents groupes sociaux» et de «débats aux allures de dialogue de sourds». La communauté a déjà été marquée par le déversement de 450 000 litres de mazout survenu dans la même baie, l'été dernier, à cause de Cliffs Natural Resources.

En plus des risques environnementaux, la viabilité économique du projet est remise en question par le BAPE. La mine aurait produit de l'apatite. Or, il risque d'y avoir un «engorgement de l'offre» de ce minerai. Le cours du minerai est aussi vulnérable aux pressions du Maroc, qui détient 75% des ressources mondiales et qui pourrait inonder les marchés et faire chuter les prix.

Un projet similaire, la mine Ariane au Lac-Saint-Jean, n'a d'ailleurs pas complété son financement, et ce même si son gisement est plus grand et son minerai est plus pur.

Le projet de 750 millions de dollars était promu en partenariat par Investissement Québec (62%) et Yara (38%), une entreprise norvégienne. Le groupe avait refusé de dévoiler au BAPE les données financières de son étude de faisabilité. On comptait une dizaine de pages blanches dans son rapport remis au BAPE. On ignorait par exemple sa couverture en assurance en cas de déversement.

Le promoteur analysait encore le rapport mercredi. Il doit réagir d'ici la fin de la semaine.

La coalition Québec meilleure mine est très satisfaite du rapport. C'est la deuxième fois seulement de son histoire que le BAPE recommande le rejet d'un projet minier, souligne le porte-parole de la coalition, Ugo Lapointe.

«Avec le contexte défavorable du marché du phosphate, l'opposition de près de la moitié de la population de Sept-Îles et maintenant le BAPE qui juge le projet inacceptable, nous ne voyons pas comment Investissement Québec ou le gouvernement du Québec pourraient justifier d'aller de l'avant avec ce projet», dit-il.

Projet de Mine Arnaud

> Minerai: apatite, qui sert pour l'engrais en agriculture industrielle

> Coût: 750 millions de dollars

> Emplacement: à 7 km du centre-ville de Sept-Îles, et à moins de 1 km de la baie et des maisons les plus proches

> Fosse: extraction à ciel ouvert. Largeur de 800 m, longueur de 3,5 km et profondeur de 240 m

> Exploitation: durant 23 ans. Total de 556 millions de tonnes de minerai, de stériles et de mort-terrain

> Emplois créés: 330 emplois directs permanents et 425 emplois indirects, surtout chez les fournisseurs régionaux

> Transformation: le minerai serait envoyé par bateau en Norvège pour en extraire le phosphate et produire de l'engrais




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