Les stagiaires postdoctoraux se mobilisent

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«Les stagiaires postdoctoraux sont des chercheurs en attente d'avoir du vrai travail, mais il n'y en a pas», déplore Sébastien Roldan, 35 ans, stagiaire postdoctoral en littérature française du XIXe siècle.

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Marie Lambert-Chan
La Presse

Bardés de diplômes, les stagiaires postdoctoraux sont sous-payés, ne jouissent d'aucun filet social et ont peu de chances de devenir professeurs d'université - ce à quoi on les prépare pourtant depuis des années.

En théorie, le stage postdoctoral est l'ultime étape avant d'accéder à un poste de professeur universitaire. En pratique, «nous sommes dans des limbes», juge sévèrement Sébastien Roldan, 35 ans, chercheur postdoctoral en littérature française du XIXe siècle. «Très peu de personnes y sont heureuses, affirme ce dernier. On travaille 70 heures par semaine pour un salaire de misère, sans permanence, sans avantages sociaux et sans réels débouchés.»

Les stagiaires postdoctoraux incarnent pourtant l'avenir de la recherche: ils sont les premiers auteurs de 43% des publications scientifiques. Mais comme ils ne sont ni étudiants ni employés, ils passent à travers les mailles du système universitaire. On ne les considère pas vraiment comme des salariés, car leur revenu est issu de bourses octroyées par des organismes subventionnaires ou de fonds de recherche administrés par les professeurs qui les embauchent. Le flou entourant leur statut les prive d'échelles salariales, de régimes de retraite, d'assurance-emploi et, dans certains cas, de congé parental.

Si la majorité d'entre eux ont longtemps toléré la situation, c'est parce qu'ils pouvaient encore espérer devenir professeurs. Mais voilà, les universités canadiennes produisent trop de docteurs et de postdoctorants pour le nombre de postes disponibles. On estime que seulement 25% d'entre eux feront carrière à l'université. Les autres finissent par se placer dans le secteur privé ou la fonction publique, «mais ça ne se fait pas toujours facilement et ça peut prendre des années», remarque Roch Chouinard, doyen de la faculté des études supérieures et postdoctorales de l'Université de Montréal.

«C'est une insécurité difficile à supporter, avoue Sébastien Roldan. Ma copine fait aussi un postdoctorat. Ça fait longtemps que nous pensons à fonder une famille et à acheter une maison, mais nous reportons ces projets, faute d'une certaine sécurité financière.»

Solidarité postdoctorale

La frustration est palpable dans les rangs des stagiaires postdoctoraux. Partout au Canada, ils se regroupent en syndicats. Le mouvement est aussi enclenché dans les universités québécoises. L'Association des stagiaires postdoctoraux de l'Université de Montréal espère signer une convention collective d'ici un an.

Roch Chouinard voit la syndicalisation d'un bon oeil. «On doit mettre de l'ordre dans la situation des stagiaires postdoctoraux, même s'il y a des coûts associés à une convention collective.» Des coûts qui restent difficiles à évaluer, signale de son côté Martin Kreiswirth, doyen des études supérieures et postdoctorales à l'Université McGill. «Qui paiera les avantages sociaux? demande-t-il. Les fonds de recherche des professeurs ne sont pas illimités. Ils devront peut-être diminuer le salaire des stagiaires ou en embaucher un plus petit nombre.»

Défaire le mythe de la surspécialisation

L'emploi est l'autre épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des postdoctorants. Si les universités ne les engagent pas, qui le fera? L'industrie et la fonction publique ne leur ouvrent pas suffisamment leurs portes, remarquent plusieurs.

«On est victimes du mythe de la surspécialisation, déplore Sébastien Roldan. Pourtant, ce n'est pas parce qu'on sait piloter un avion de chasse qu'on a oublié comment pédaler à vélo. Pendant notre doctorat et notre postdoctorat, nous faisons beaucoup plus que de la recherche. On développe toutes sortes de compétences transférables: rédaction, traduction, organisation d'événements, gestion de projets, expertise-conseil, analyse de données et j'en passe.»

Pour aider les postdoctorants et les milieux professionnels à s'apprivoiser, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) recommande d'augmenter le nombre de bourses qui financent des stages en milieu de travail. «Les gouvernements fédéral et provincial en offrent déjà, mais il en faut beaucoup plus, souligne Jonathan Bouchard, président de la FEUQ. Il faut aussi faire la promotion d'autres débouchés (que celui de professeur) auprès des stagiaires postdoctoraux. La moitié d'entre eux n'ont jamais été exposés aux perspectives d'emploi à l'extérieur de l'université.»

L'UdeM, Concordia, McGill et l'Institut national de la recherche scientifique collaborent depuis quelques mois pour proposer à leurs postdoctorants des ateliers de perfectionnement et des journées carrière. «On ne peut pas laisser ces personnes très qualifiées en rade, déclare Roch Chouinard. Ce serait un incroyable gaspillage de talent et de temps, sans parler des répercussions humaines et affectives que cela entraînerait.»

Chris Corkery, directeur de l'Association des stagiaires postdoctoraux de l'Université McGill, participe à ces initiatives, mais il craint que ce ne soit pas assez. «Le nombre de postdoctorants croît trop rapidement, explique-t-il. Pour que nos activités portent des fruits, il faudrait que ce taux diminue ou que nous augmentions nos efforts de façon draconienne.»

6000 stagiaires postdoctoraux au Canada, dont 2200 au Québec.

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EN CHIFFRES

> Ils ont en moyenne 34 ans.

> 69% sont mariés ou en union de fait.

> 35% ont des enfants à charge.

> 79% gagnent moins de 45 000$ par année.

Sources: Association canadienne des stagiaires postdoctoraux et Fédération étudiante universitaire du Québec




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