Ces employés qui aiment trop

Michel Tremblay, professeur titulaire au Service de l'enseignement... (PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Michel Tremblay, professeur titulaire au Service de l'enseignement de la gestion des ressources humaines à HEC Montréal, dresse deux profils de l'employé qui s'implique trop. «On parle d'abord de surengagement «volontaire». C'est le cas notamment des avocats ou des infirmières, qui travaillent dans un milieu compétitif ou sous pression, dit-il. Leur niveau d'engagement est motivé par leur milieu de travail.»

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Emilie Laperrière

Collaboration spéciale

La Presse

Le travail vous tracasse et vous êtes incapable de lâcher prise, même en vacances? Vous en donnez toujours plus que le client en demande? Vous faites peut-être partie des travailleurs surimpliqués.

Julie Mainella a déjà été très attachée à son travail. L'ancienne assistante dentaire se donnait corps et âme, seulement pour avoir le plaisir d'aider. «Je faisais de longues journées. Je rentrais même au bureau mes samedis de congé pour nettoyer la machine de radiographie!», avoue-t-elle. Impossible pour elle de décrocher.

Elle n'est pas la seule. C'est aussi le cas de Luc Beaudry, qui a travaillé 38 ans pour Electrolux, jusqu'à la fermeture de l'usine de L'Assomption cet été. «Je suis un homme fidèle, je n'ai pas peur de m'engager. Je vivais pour mon travail. Je pensais y faire ma vie. Quand j'ai appris que je perdais mon emploi, ç'a été toute une claque», admet-il.

Selon le Corporate Leadership Council, 10 % des travailleurs font preuve d'un très grand engagement envers leur employeur, tandis que 10 % sont très peu engagés. Le reste se situe entre les deux.

Deux profils

Michel Tremblay, professeur titulaire au Service de l'enseignement de la gestion des ressources humaines à HEC Montréal, dresse deux profils de l'employé qui s'implique trop. «On parle d'abord de surengagement «volontaire». C'est le cas notamment des avocats ou des infirmières, qui travaillent dans un milieu compétitif ou sous pression, dit-il. Leur niveau d'engagement est motivé par leur milieu de travail.»

L'autre catégorie regroupe les personnes qui sont incapables de lâcher prise, qui pensent toujours au travail. Cet attribut est souvent relié à un besoin excessif de reconnaissance ou à une question de caractère.

Quelles sont les conséquences?

Lucie Morin, professeure à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, croit qu'il y a généralement beaucoup plus de conséquences positives au zèle. «Un employé très engagé participe à la vie organisationnelle. Il collabore, il reste longtemps dans l'entreprise. Il est également généralement plus productif, plus heureux et plus loyal. Par contre, lorsque l'implication se fait au détriment de son bien-être, l'employé devient trop engagé», explique-t-elle.

Ce dévouement démesuré n'est pas sans points négatifs. «Des études démontrent que l'employé surengagé a de deux à six fois plus de chances de souffrir d'épuisement ou d'avoir des problèmes de santé au travail. S'il n'a pas de reconnaissance, il s'essouffle», souligne Michel Tremblay. Sa vie familiale en souffre aussi, et il n'a plus d'énergie pour les loisirs.

Un autre effet néfaste? La conformité. «L'employé, stressé, a tendance à se conformer aux attentes pour ne pas déplaire. Pour l'entreprise, cela signifie une baisse de la créativité et des nouvelles idées», estime Lucie Morin.

Quoi faire?

Michel Tremblay croit que les employeurs doivent être attentifs et sensibiliser les travailleurs qui en font trop. «Certains patrons veulent des employés surengagés parce qu'ils se donnent, font plus de travail supplémentaire et même du présentéisme. Mais cela fonctionne toutefois seulement à courte durée», affirme-t-il.

Pour Lucie Morin, l'investissement excessif repose sur l'attachement et sur la qualité de la relation avec l'entreprise. Les employés ont peu de contrôle sur ce sentiment qui vient du coeur. C'est donc aux gestionnaires à voir au bien-être des membres de leur équipe et à les diriger au besoin vers un service d'aide.

Julie Mainella, de son côté, s'implique beaucoup moins qu'avant au travail. «J'avoue que ça fait 11 ans que j'ai perdu mon boulot à la clinique dentaire, et je me vois encore là. Aujourd'hui, j'ai réalisé que ça ne me donne rien d'en donner trop. Au contraire, ça peut devenir un cercle vicieux. Et c'est lourd au point de vue émotionnel.»

Engagez-vous, qu'ils disaient. Ils auraient pu ajouter: mais sans excès.




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