Question pour un patron: nous pouvons faire beaucoup mieux tous ensemble

Nathalie Bondil est directrice du Musée des beaux-arts... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Nathalie Bondil est directrice du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) depuis 2007.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Emilie Laperrière

Collaboration spéciale

La Presse

Chaque semaine, La Presse donne la parole aux grands dirigeants du Québec. Un patron répondra à cinq questions posées par le chef d'entreprise interviewé la semaine précédente. Et ainsi de suite.

La directrice du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Nathalie Bondil, répond aujourd'hui aux questions de François Gratton, président de Telus Québec et provinces maritimes.

Q: Pouvez-vous définir la concurrence du MBAM? Que faites-vous pour vous distinguer et gagner des «parts de marché»?

R: Certaines grandes institutions monnayent des expositions à partir de leurs collections pour des millions. Pour ne pas entrer dans cette logique onéreuse, il faut miser sur le contenu. Le MBAM conçoit donc la majorité de ses grandes expositions, ce qui représente un travail considérable, mais aussi une réduction des coûts et plus de rayonnement. Cette année, nous avons plus d'expositions à l'étranger qu'à Montréal et nous sommes le seul musée au Canada à avoir dépassé le million de visiteurs.

La concurrence existe aussi dans l'offre culturelle à Montréal. Pour éviter de se cannibaliser, je crois qu'il faut allonger la saison culturelle de l'automne au printemps. Nous pouvons faire beaucoup mieux tous ensemble.

Q: Une grande partie de la valeur de votre entreprise se trouve enfermée dans ses voûtes. Ne gagneriez-vous pas à rendre accessibles au grand public ces oeuvres d'art?

R: Le mythe des voûtes remplies de trésors est exagéré. La majeure partie de notre valeur est sur nos murs. Il faut juger selon la qualité et la rareté, et non seulement sur la quantité. Le MBAM possède 40 000 oeuvres qui se divisent grosso modo en trois tiers: archéologie et arts décoratifs, arts graphiques et photographiques, et beaux-arts. Quand elle n'est pas exposée, la collection des beaux-arts est accessible en ligne dans notre base de données.

En 2017, notre expansion permettra de mieux présenter l'archéologie et les cultures du monde, les arts décoratifs et le design, ainsi que les arts graphiques et la photographie. Nous dévoilerons en parallèle des plateformes numériques éducatives innovantes pour mieux partager la collection.

Q: Quelles sont vos stratégies pour attirer et intéresser les jeunes au MBAM?

R: Inviter au musée la musique (Warhol Live, Imagine...) et la mode (Yves Saint Laurent, Jean Paul Gaultier...) a été un succès. Il faut continuer à innover, imaginer des partenariats pluridisciplinaires, créer des expériences, renforcer l'art contemporain, prioriser l'éducation, offrir le musée aux talents d'ici. Bref, faire preuve de générosité, d'empathie et d'ouverture.

Pour rester vivants, nos corpus doivent rester pertinents. Le MBAM essaie de jouer un rôle politique au sens premier du terme, c'est-à-dire de faire une différence pour la cité.

Q: Le modèle d'affaires du MBAM repose sur une recherche constante de financement. Compte tenu des demandes grandissantes des organismes montréalais, pourquoi les entreprises devraient-elles s'investir dans le domaine muséal?

R: Investir dans les musées donne du sens et de la profondeur... à votre image. Nous sommes dans une civilisation où la multiplication des images n'a jamais été aussi influente. Pourtant, peu d'outils nous sont donnés pour les analyser. Le musée est le lieu où nous pouvons éduquer ce regard.

Par exemple, nos collections rassemblent une grande diversité de canons de beauté à travers le temps. Nous travaillons donc sur l'image corporelle avec des associations et mettons sur pied des programmes-pilotes en art-thérapie sur les troubles alimentaires.

Q: Un dirigeant se doit de prévoir les coups durs et les changements de contexte stratégique qui pourraient affecter l'existence même de son entreprise. Quelles sont vos plus grandes craintes?

R: Je ne vis pas dans la crainte, mais dans l'excitation d'entreprendre et l'anxiété de réussir. Travailler pour un musée, c'est aussi échapper au temps, se placer dans une perspective à long terme, offrir un sens d'éternité, les pieds dans l'histoire et la tête dans les étoiles. C'est un privilège.

Le parcours de Nathalie Bondil en bref

> Âge: 47 ans

> Études: Nathalie Bondil est historienne de l'art. Elle est diplômée de l'École du Louvre et de l'Institut national du patrimoine de Paris.

> Directrice depuis: janvier 2007

> Nombre d'employés: 260

> Avant d'être directrice du MBAM: elle a notamment travaillé au Van Gogh Museum d'Amsterdam, chez Sotheby's à New York, puis au musée national des Monuments français de Paris.

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À lire la semaine prochaine: la directrice générale de Google Québec, Marie-Josée Lamothe, répond aux cinq questions posées par Nathalie Bondil.




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