Couche-Tard: le fondateur veut accélérer les acquisitions

Le PDG de Couche-Tard, Alain Bouchard.... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Le PDG de Couche-Tard, Alain Bouchard.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

Sylvain Larocque
La Presse

(MONTRÉAL) Trente-quatre ans après avoir fondé Alimentation Couche-Tard (T.ATD.B), Alain Bouchard renoncera, le 24 septembre, à son poste de PDG pour devenir président exécutif du conseil d'administration. Mais ne lui parlez surtout pas de retraite!

«Je vois ce changement comme une évolution qui me permettra de consacrer plus de temps aux acquisitions et aux nouvelles opportunités de notre industrie, a commenté hier M. Bouchard au cours d'une conférence de presse téléphonique, précisant qu'il allait continuer de se rendre au bureau tous les jours. Je participerai à l'examen mensuel des résultats, au processus budgétaire et aux discussions stratégiques.»

Aura-t-il du temps pour autre chose? «J'adore ce que je fais, et il n'est pas question pour moi de faire de la politique», a-t-il tranché.

En 2012, Couche-Tard a mis la main sur l'entreprise scandinave Statoil Fuel&Retail pour 2,6 milliards US, la plus importante acquisition de son histoire. Le succès de cette transaction ambitieuse a donné le goût à l'entreprise lavalloise de récidiver plus tôt que tard.

«Il faut passer plus de temps à rencontrer les hauts dirigeants d'entreprises qu'on cible et c'est ce que je vais faire en Europe, a expliqué Alain Bouchard. Au lieu d'y aller trois ou quatre jours pour faire une ou deux réunions, je vais établir un plan de rencontres et passer trois semaines là-bas, ce qui nous permettra de mieux comprendre les marchés et les intervenants. Ce sera la même chose aux États-Unis et dans d'autres marchés que nous examinons. Nous allons planifier nos acquisitions avec encore plus de profondeur que ce que nous avons fait jusqu'à présent. Et croyez-moi, il y a des opportunités.»

En janvier, M. Bouchard affirmait pourtant qu'il voulait réduire ses déplacements et se faire plus présent au Québec. Hier, il a précisé qu'il songeait depuis un certain temps à changer de rôle. Il a ajouté que le conseil d'administration voyait en Brian Hannasch le prochain PDG depuis environ deux ans. M. Hannasch, 47 ans, est chef des opérations de Couche-Tard depuis mai 2010.

«J'ai une entière confiance en Brian qui non seulement poursuivra la route, mais nous amènera à un autre niveau», a déclaré Alain Bouchard.

«Couche-Tard est un magnifique vaisseau, et je peux vous assurer qu'il n'y aura pas de changement de direction subit, a affirmé Brian Hannasch. Nos stratégies sont éprouvées et efficaces.»

Quand on lui a demandé s'il partageait la résistance de M. Bouchard à propos des syndicats, M. Hannasch a eu cette réponse limpide: «Nos positions sur les syndicats sont très bien alignées.»

Le dirigeant, qui vit à Columbus, en Ohio, a tenu à préciser que le siège social de l'entreprise allait demeurer à Laval. L'automne dernier, il a acheté une copropriété au centre-ville de Montréal. Il entend y déménager cet automne, lorsque sa fille aura fait son entrée à l'université. Il a dit hier qu'il allait prendre des cours de français.

Brian Hannasch deviendra le troisième étranger à prendre les commandes d'une entreprise québécoise d'importance après John Williams (Domtar) et Bob Card (SNC-Lavalin).

«On a choisi le meilleur candidat pour diriger une entreprise qui est présente dans 21 pays», a insisté Alain Bouchard.

Résultats

Couche-Tard a par ailleurs dévoilé hier les résultats de son troisième trimestre, qui a pris fin le 2 février. Les ventes se sont élevées à 11,1 milliards US, en baisse de 3,3%, en raison principalement de la force du dollar américain, qui réduit la valeur des revenus enregistrés au Canada et en Europe. Les profits nets ont atteint 182,3 millions US (96 cents US par action), en hausse de 28,2%, grâce notamment à l'amélioration des marges bénéficiaires sur le carburant en Europe.

En excluant les éléments exceptionnels, le bénéfice par action s'est élevé à 92 cents US, alors que les analystes financiers tablaient en moyenne sur 96 cents US. Selon Peter Sklar, de BMO Marchés des capitaux, l'écart est principalement attribuable aux marges inférieures aux prévisions sur le carburant aux États-Unis.

En Amérique du Nord, Couche-Tard a diminué les prix de vente de plusieurs de ses produits, ce qui a fait reculer ses marges. La mesure a toutefois fait en sorte que la progression des ventes des magasins ouverts depuis au moins un an s'est accélérée.

L'action de Couche-Tard a gagné 2,1% hier pour clôturer à 86,70$ à la Bourse de Toronto. Le titre sera fractionné à raison de trois pour un le mois prochain afin de permettre aux petits investisseurs de s'en procurer plus facilement.

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Qui est Brian Hannasch ?

Brian Hannasch, 47 ans, est entré chez Couche-Tard en 2001. Auparavant, il était vice-président à l'exploitation de la chaîne de magasins Bigfoot, acquise par Couche-Tard en 2001. De 1989 à 2000, il a occupé divers postes de direction à la pétrolière BP Amoco. M. Hannasch détient un baccalauréat en finance de l'université Iowa State et un MBA en marketing et finance de l'Université de Chicago. Il réside à Columbus, en Ohio.

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Une ascension spectaculaire

1995-1998

18 mai 1997 : Achat de C-Corp, une filiale de Provigo exploitant 245 magasins Provi-Soir au Québec de même que 50 Wink's en Ontario et en Alberta. Valeur de la transaction : 85 M$.

1999-2002

16 avril 1999 : Après une première tentative ratée en 1996, Couche-Tard réussit finalement à mettre la main sur l'entreprise ontarienne Silcorp, qui exploite 980 magasins en Ontario et dans l'Ouest canadien. Valeur de la transaction : 220 M$.

16 mai 2001 : Couche-Tard réalise sa première acquisition aux États-Unis en mettant la main sur les actifs de la Johnson Oil Company, qui exploite 225 stations-service Bigfoot en Illinois, en Indiana et au Kentucky. Valeur de la transaction : 119 M$ US.

2003-2006

6 octobre 2003 : Couche-Tard annonce l'acquisition des 1663 magasins de la chaîne américaine Circle K pour 804 M$ US, ce qui portera la taille de son réseau à 4630 établissements. L'entreprise sera désormais le quatrième acteur en importance dans l'industrie nord-américaine des dépanneurs et des stations-service.

2007-2010

9 avril 2010 : Couche-Tard fait une offre hostile de 1,9 G$ US pour acquérir Casey's General Stores, un détaillant de l'Iowa qui exploite 1500 magasins dans le Midwest. L'entreprise québécoise bonifie par la suite son offre à 2 milliards, mais Casey's reste intraitable. Aujourd'hui, Casey's vaut 2,7 G$ US en Bourse.

2011-2014

18 avril 2012 : Couche-Tard réalise une importante incursion en Europe en annonçant l'acquisition de l'entreprise norvégienne Statoil Fuel&Retail, qui exploite plus de 2200 magasins en Scandinavie, en Pologne, dans les pays baltes et en Russie. Valeur de la transaction : 2,6 G$ US.

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