ALENA: les négociations reprendront la semaine prochaine

Chrystia Freeland lors de son point de presse.... (Photo Jose Luis Magana, AP)

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Chrystia Freeland lors de son point de presse.

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Delphine Touitou, Cyril Julien
Agence France-Presse
Washington

Les négociations entre le Canada et les États-Unis pour moderniser le traité de libre-échange nord-américain (ALENA) ont été brutalement interrompues vendredi, mais les négociateurs des deux pays sont convenus de reprendre leurs tractations dès mercredi prochain.

Les discussions semblaient sur le point de déboucher sur un accord quand Donald Trump a jeté un pavé dans la mare en affichant une ligne intransigeante envers Ottawa.

« Nous reprendrons les négociations la semaine prochaine », a annoncé un haut responsable canadien, proche des discussions.

De son côté, le représentant américain au Commerce (USTR) Robert Lighthizer a indiqué dans un communiqué que les discussions reprendraient mercredi, évoquant « des discussions constructives » et « des progrès » réalisés au cours des réunions qui se sont tenues cette semaine à Washington.

Le président américain avait confirmé plus tôt dans un tweet des propos très durs tenus à l'égard de son principal partenaire commercial ayant fuité, malgré lui, dans la presse.

Le locataire de la Maison-Blanche s'est indigné que ses propos tenus en toute confidence devant des journalistes aient été publiés, mais « au moins, le Canada sait à quoi s'en tenir! », a-t-il dit.

Selon le quotidien canadien Toronto Star, le président républicain a confié à ses interlocuteurs que l'administration entend ne faire aucun compromis avec le Canada et qu'un accord potentiel se fera « uniquement à nos conditions ».

Donald Trump souligne qu'il s'abstient de le dire publiquement, car « ce serait si insultant qu'ils ne pourront pas trouver d'accord ».

« Le Canada est un pays habile pour trouver des compromis gagnant-gagnant. Ceci étant dit, dans une négociation, nous nous battons toujours dans l'intérêt national », avait déclaré dans la matinée Chrystia Freeland la ministre canadienne des Affaires étrangères. « C'est ce que nous allons continuer à faire. Nous cherchons un bon accord, pas n'importe quel accord », avait-elle dit en forme de mise au point.

Pas de concession

« Nous n'accepterons seulement un accord qui est un bon accord pour le Canada. Nous n'y sommes pas encore », avait-elle également fait savoir.

Son ton tranchait déjà très nettement avec celui de la veille, quand elle parlait d'« optimisme » et soulignait la bonne volonté des deux parties pour arriver à un accord.

De son côté, le premier ministre canadien Justin Trudeau a estimé qu'il était toujours « très possible d'avoir un accord qui fonctionne pour tout le monde ». Il a toutefois immédiatement réaffirmé que « pas d'accord est mieux qu'un mauvais accord ».

Alors qu'Ottawa et Washington semblaient proches d'un accord jeudi, les propos de Donald Trump ont fait dérailler les tractations.

« Il faut qu'ils se débarrassent de ces barrières et de ces tarifs », avait-il déjà dit jeudi soir lors d'une réunion électorale, jetant un premier froid sur les discussions en cours.

Pour la première fois depuis le début des pourparlers intenses que tiennent les deux pays depuis mardi dans la capitale américaine, les services de Robert Lighthizer ont, eux, communiqué sur les négociations soulignant que le Canada n'avait fait « aucune concession sur l'agriculture », à savoir le mécanisme de protection du secteur laitier.

Ce secteur est actuellement en grande partie exclu de l'ALENA et Ottawa se montre inflexible sur sa volonté de défendre « la gestion de l'offre », un système contrôlant la production et le prix du lait, des oeufs et de la volaille produits par les éleveurs canadiens.

Mis en place dans les années 1970, il assure des revenus stables et prévisibles aux fermiers canadiens.

Mais les États-Unis, dont la production de lait est excédentaire, souhaitent un plus grand accès au marché canadien.

Échéance politique

Le président américain avait imposé comme date butoir vendredi pour trouver un compromis.

C'est lui aussi qui avait imposé de manière unilatérale au Canada et au Mexique, la renégociation de l'ALENA il y a un peu plus d'un an, jugeant cet accord « désastreux » pour l'économie américaine et dénonçant un traité qui s'est traduit par un important déficit commercial avec Mexico (63,6 milliards de dollars en 2017).

Vendredi est une échéance butoir à double titre: d'une part, un nouveau texte doit être soumis au Congrès américain pour respecter un délai de 90 jours donnant la possibilité d'une approbation d'un nouveau texte par la majorité actuelle. Et, d'autre part, au Mexique, pour permettre au gouvernement sortant d'accorder son aval avant de laisser la place au président nouvellement élu Andrés Manuel Lopez Obrador qui doivent prendre ses fonctions le 1er décembre.

Washington et Mexico s'étaient, eux, entendus dès lundi sur toute une série d'aménagements du traité.

Les grandes lignes d'un nouvel ALENA comprennent de nouvelles dispositions sur le commerce de l'automobile, avec un pourcentage plus élevé de composants produits localement, des protections plus strictes pour les travailleurs et une disposition permettant de revoir l'accord tous les six ans.

Chrystia Freeland avait révélé que le Canada et les États-Unis étaient déjà arrivés « à un accord de haut niveau » concernant l'automobile au printemps.

C'était là l'un des points essentiels de l'accord commercial entre le Mexique et les États-Unis annoncé lundi par Donald Trump.

Outre le secteur laitier, Ottawa entend maintenir un dispositif de règlement des différends qui lui a été favorable par le passé pour défendre son bois de construction.

Sur le front politique, l'équation est à haut risque pour le chef du gouvernement canadien Justin Trudeau. Des élections doivent avoir lieu dans un an et il lui faut éviter d'apparaître comme capitulant devant le président américain.




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