L'inflation reprend ses droits

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Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a abandonné, dès son arrivée aux commandes il y aura bientôt un an, le penchant de la banque centrale en faveur d'une hausse éventuelle des taux.

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Rudy Le Cours
La Presse

Depuis l'automne, les pressions inflationnistes se font plus fortes au Canada. Au point où l'indice des prix à la consommation (IPC) était en hausse annuelle de 2,0%, en avril.

C'est la première fois en deux ans que le taux annuel d'inflation rejoint la cible de la Banque du Canada.

Le mois dernier encore, dans son Rapport sur la politique monétaire (RPM), la Banque prédisait que le coût de la vie n'augmenterait pas de 2% avant l'hiver... 2016.

Cette prévision, qui ne s'avère pas, va à l'encontre de toutes ses projections précédentes. Depuis 2010, la Banque avait dû reporter année après année sa prévision d'un retour à la cible de 2%, tant les pressions inflationnistes restaient faibles.

Cela a même conduit le gouverneur Stephen Poloz à abandonner, dès son arrivée aux commandes il y aura bientôt un an, le penchant de la banque centrale en faveur d'une hausse éventuelle des taux. Son prédécesseur, Mark Carney, s'y était accroché jusqu'à la fin de son mandat, malgré l'évidence de l'absence de pressions inflationnistes.

M. Poloz a même répété à quelques reprises, jusqu'à tout récemment encore, qu'une baisse du taux directeur ne pouvait être écartée.

Présente dans le communiqué d'avril, la phrase «L'inflation sous-jacente devant rester sous la cible pendant quelque temps, les risques à la baisse entourant l'inflation demeurent importants», devra être recalibrée à la prochaine fixation du taux directeur, le 4 juin.

La Banque dispose encore de toute la marge voulue pour maintenir le statu quo monétaire, déplorant la faiblesse persistante des exportations non énergétiques qui bride l'expansion.

Le taux directeur est fixé à 1% depuis septembre 2010 et ne devrait pas bouger cette année encore.

Il est indéniable toutefois que le rythme d'inflation s'accélère au Canada. Le taux annuel était encore à 0,7% en octobre. Il est passé de 1,5% à 2,0%, de mars à avril.

Si on annualise le rythme des trois derniers mois, on obtient un taux de 3,6%, ce qui est bien au-delà de la borne supérieure de la fourchette de 1 à 3% avec laquelle la Banque est à l'aise.

Même son indice de référence (IPCX), qui exclut les variables les plus volatiles de l'IPC comme les fruits et les légumes frais ou transformés de même que les hydrocarbures ou les taxes de vente, progresse plus vite que prévu.

De mars à avril, il a gagné 0,2% pour atteindre le rythme annuel de 1,4%. Pour le deuxième trimestre, la Banque avait misé dans son RPM d'avril sur un taux moyen de 1,2% seulement.

Le rythme annualisé de l'IPCX des trois derniers mois indique 2,3%. L'inflation sous-jacente paraît bel et bien installée, alors que les pressions salariales sont toujours absentes. À mesure que le marché du travail se raffermira, elles vont à leur tour faire pression sur les prix des biens et des services.

Toutes les composantes de l'IPC progressent désormais, sur une base annuelle. Le bond de 0,3% de l'IPC entre mars et avril est largement attribuable aux prix réglementés de l'énergie, du gaz naturel en Ontario et de l'électricité au Québec en particulier.

Les prix de l'essence n'étaient pas en reste avec une augmentation annuelle de 6,6%, comparativement à 1,4% seulement en mars. Ils ont poursuivi leur ascension vertigineuse en mai...

Ce qui surprend peut-être davantage, ce sont les prix des vêtements et des aliments. La dépréciation du huard en début d'année commence à mordre dans le pouvoir d'achat des grossistes qui refilent la facture aux détaillants, qui la relaient tant bien que mal aux consommateurs, compte tenu de la guerre de prix lancée par l'arrivée sur le marché canadien de gros acteurs américains.

Fait étonnant aussi, on observe une première hausse en cinq ans des coûts de financement hypothécaire. Ajoutée aux augmentations annuelles de l'impôt foncier, elle a fait grimper les coûts du logement de 3,3% en un an.

Le taux moyen camoufle des variations provinciales importantes. Le rythme d'inflation atteint 2,8% en Saskatchewan, mais seulement 1,3% au Québec. Rien, en somme, pour faciliter la tâche du nouveau ministre des Finances, Carlos Leitao, dans la préparation de son premier budget...




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