La génomique au service des porcs et des fromages

Michel Pouliot, vice-président à la recherche et au... (PHOTO ARCHIVES, FOURNIE PAR GÉNOME QUÉBEC)

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Michel Pouliot, vice-président à la recherche et au développement chez Agropur, et Steve Labrie, professeur à l'Université Laval, vont collaborer à un projet sur les fromages fins à croute lavée. À droite, Manon Duquenne, agente de recherche et développement chez Agropur.

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Les porcs, les poulets et les amateurs de fromages fins peuvent se réjouir. Ils pourraient bénéficier des retombées de projets retenus dans le cadre du Programme de partenariats pour les applications de la génomique (PPAG).

Le ministre d'État aux Sciences et à la Technologie du Canada, Ed Holder, et le président de Génome Canada, Pierre Meulien, font connaître aujourd'hui à Wallenstein, en Ontario, les 12 projets retenus pour une première ronde de financement. Deux proviennent du Québec: un projet d'Adrian Tsang, de l'Université Concordia, porte sur le développement d'enzymes pour les porcs et les poulets alors qu'un projet de Steve Labrie, de l'Université Laval, se penche sur la fabrication et l'affinage des fromages à pâte molle.

La génomique est l'étude du matériel génétique de tous les êtres vivants. Elle a trouvé beaucoup d'applications dans le domaine médical, mais il se fait beaucoup de recherche, notamment dans les universités, sur des applications dans d'autres domaines. Le PPAG vise à établir des partenariats entre ces chercheurs et les entreprises pour que la génétique sorte des laboratoires.

Meilleure digestion

Le projet du professeur Adrian Tsang sur les porcs et les poulets s'est taillé la part du lion avec une enveloppe de six millions de dollars, soit un million du Québec, deux millions du fédéral et trois millions d'Elanco Animal Health, une division de la société pharmaceutique américaine Eli Lilly.

Le projet vise à développer un supplément d'enzymes qui permettraient aux porcs et aux poulets de tirer plus d'énergie de leur nourriture.

«Ces animaux ne digèrent que 75 à 80% du grain, essentiellement l'amidon, parce qu'ils n'ont pas les enzymes nécessaires pour digérer les autres composants, explique M. Tsang. Il y a encore beaucoup d'énergie à tirer de ce qui n'est pas digéré.»

Ces composants non digérés prennent de l'expansion dans le système digestif, ce qui n'est pas sain pour l'animal, et augmentent le volume d'excréments.

En permettant aux porcs et aux poulets de digérer une plus grande proportion de leur nourriture, les producteurs pourraient réduire les portions et ainsi économiser des sommes importantes. En effet, l'industrie porcine et aviaire consacre environ 70% de ses coûts de production à l'alimentation.

«Nous faisons cette recherche pour la nourriture des porcs et de la volaille au Canada, souligne M. Tsang. Ça pourrait donc donner un avantage compétitif aux producteurs canadiens.»

Fromages fins

De son côté, le professeur Steve Labrie s'est allié à l'importante coopérative laitière Agropur dans le cadre d'un projet sur les fromages fins à croûte lavée.

«Nous allons utiliser les outils de la génomique pour comprendre la flore qui se développe pendant l'affinage du fromage, explique M. Labrie dans une entrevue téléphonique avec La Presse Affaires. Nous voulons comprendre qui est là, qui fait quoi et comment utiliser les bons leviers technologiques pour bien contrôler cette flore.»

On parle de bactéries, de levures et de moisissures, qui jouent un rôle important dans l'affinage du fromage. Encore faut-il que les proportions soient idéales.

«Dans le cas des fromages à croûte lavée, l'écosystème microbien est très diversifié, observe Michel Pouliot, vice-président à la recherche et au développement chez Agropur. On atteint rapidement les limites de la microbiologie classique.»

Écosystèmes microbiens

Avec les outils génétiques modernes, Agropur veut identifier les écosystèmes microbiens qui donnent les meilleurs fromages et voir s'il est possible de corriger les écosystèmes qui évoluent différemment.

«Si nous changeons nos conditions d'entreposage, si nous varions la température un petit peu, si nous jouons avec le sel, est-ce que nous pouvons réorienter ces systèmes-là?» s'interroge-t-il.

La question est importante pour Agropur, qui veut tripler ses ventes de fromages fins. La coopérative veut automatiser davantage le processus mais elle veut être certaine de conserver la spécificité de son fromage.

Agropur veut également augmenter la durée de vie de ses fromages sur les tablettes, diminuant ainsi les retours et les pertes.

Le projet disposera d'une enveloppe de 742 000$, soit 126 000$ du Québec, 247 000$ du fédéral et 369 000$ d'Agropur.




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