La Taverne Magnan fermera après 82 ans d'histoire

L'achalandage de la Taverne Magnan diminue depuis 10 ans. Le... (PHOTO FRANCOIS ROY, LA PRESSE)

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L'achalandage de la Taverne Magnan diminue depuis 10 ans. Le chiffre d'affaires est passé de 6 millions au début des années 2000 à moins de 3 millions aujourd'hui.

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Le quartier Pointe-Saint-Charles s'apprête à perdre l'un de ses commerces les plus connus avec la fermeture imminente de la Taverne Magnan. La congestion routière, les mesures fiscales, la concurrence accrue et la flambée du prix du boeuf ont eu raison de l'institution montréalaise inaugurée en 1932.

Les 65 employés ont appris hier matin que l'institution de la rue Saint-Patrick fermera ses portes le 21 décembre. La famille Magnan a dû se rendre à l'évidence: les perspectives d'avenir du restaurant n'étaient pas plus roses que ses dernières années, résume le PDG Alain Gauthier.

«Ça fait trois ans que les actionnaires sont obligés de contribuer financièrement pour maintenir l'entreprise en opération parce qu'elle ne fait pas ses frais», a-t-il précisé, manifestement ému, au bout du fil. L'achalandage diminue depuis 10 ans. Le chiffre d'affaires est passé de 6 millions au début des années 2000 à moins de 3 millions aujourd'hui.

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Au fil des décennies, la Taverne a nourri des clients de tous les horizons, peut-on lire sur son site web: ouvriers, cadres, politiciens, policiers, chauffeurs, livreurs, avocats, Irlandais, francophones, anglophones. Et puisqu'«aucun siège ne devait rester libre», des amitiés se créaient entre les clients.

Les Magnan veillaient à faire régner «une certaine paix sociale». Le restaurant avait donc ses règles: «on ne chante pas, on ne crache pas, on ne crie pas, on ne se bat pas et, surtout, on ne sacre pas. Si on discutait politique, cela devait se faire à voix basse, au risque de se faire mettre dehors!».

Selon Alain Gauthier, plusieurs facteurs rendent «impossible la survie» de restaurants comme celui de sa conjointe Carole Magnan (petite-fille du fondateur et copropriétaire de l'établissement avec sa soeur Johanne et son frère Ronald). À commencer par le nombre «trop élevé» de restaurants dans la métropole. «Il y a 1 restaurant pour 400 habitants à Montréal, contre 1 pour 600 à Toronto et 1 pour 1000 à Paris. C'est impossible de rentabiliser tous ces restaurants.»

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Diverses mesures fiscales des dernières années (baisse du crédit relatif à la déclaration des pourboires, taxe rétroactive sur l'alcool), la concurrence accrue des chaînes (The Keg, Zibo!, Bâton Rouge) et le prix élevé du boeuf ont aussi grevé les profits.

Le dirigeant montre également du doigt les chantiers qui compliquent l'accès au restaurant de 375 places. «Les travaux routiers qui n'en finissent plus ont fait fuir la clientèle de la Rive-Sud qui doit aujourd'hui parcourir les 8 km qui nous séparent en 1 heure plutôt qu'en 10 minutes.» Il convient par ailleurs que l'emplacement de Magnan n'est pas idéal. Les nouveaux restaurants à la mode se trouvent de l'autre côté du canal, rue Notre-Dame, de sorte qu'il ne bénéficie pas de cet achalandage.

«Magnan, c'est un restaurant d'envergure dans un parc industriel», se désole-t-il. Il n'a pas été question pour autant d'envisager un déménagement dans un autre coin de la ville. Étant donné les «moments difficiles» que vit l'industrie de la restauration à Montréal, Alain Gauthier ne croit pas que cela aurait été salvateur.

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La boucherie Magnan dans le quartier Dix30 de Brossard.

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Projet de boucherie

La famille Magnan et d'autres partenaires financiers prévoient maintenant ouvrir une deuxième boucherie comme celle qu'ils exploitent au Quartier DIX30, à Brossard. Le commerce s'établira sur la Rive-Sud «dans les meilleurs délais». Il abritera la cuisine qui prendra le relais du restaurant pour approvisionner les boucheries en mets préparés. Le concept pourrait ensuite faire des petits ailleurs. La vente de viande Magnan dans les supermarchés se poursuivra.

Quant au terrain de 30 000 pi² et à l'immeuble (évalués par la Ville à 1,38 million), ils auraient été vendus, même si la transaction n'a pas encore été officialisée. Magnan n'était pas autorisé, hier, à dévoiler l'identité de l'acheteur.

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Quelques dates

> 1932: Ouverture de la Taverne Magnan dans Pointe-Saint-Charles. C'est l'une des premières tavernes au Québec à offrir de la nourriture.

> 1957: Yves et Hubert Magnan héritent de la taverne de leur père, Armand. Deux expansions (en 1963 et en 1976) font passer le restaurant de 60 à 250 places.

> 1988: Les femmes sont désormais admises.

> 1999: Le gendre d'Yves Magnan, Alain Gauthier, alors sous-ministre à Québec, devient président de l'entreprise.

> 2009: Ouverture de la Boucherie Magnan Cuisine au Quartier DIX30, à Brossard.




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