L'arrêt des activités de Grains Lac Supérieur sème l'émoi

À Salaberry-de-Valleyfield, l'entreprise Grains Lac Supérieur possède, sur... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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À Salaberry-de-Valleyfield, l'entreprise Grains Lac Supérieur possède, sur le terrain du port, un entrepôt, un convoyeur et deux silos flambant neufs construits l'été dernier.

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L'arrêt soudain des activités de Grains Lac Supérieur (GLS) suscite beaucoup de questions et d'incrédulité dans l'industrie du grain. L'entreprise de Trois-Rivières, qui possède des installations en Mauricie, en Montérégie et dans la région de Québec, est aux prises avec une dette de 37 millions de dollars. Mais deux semaines avant de congédier ses employés, elle achetait encore des tonnes de grains à des meuniers aujourd'hui en colère.

La dernière cargaison de GLS a quitté le port de Trois-Rivières environ deux semaines avant que l'entreprise ferme soudainement ses portes, le 16 décembre. Le navire était rempli de grains, dont la valeur est estimée par d'ex-employés à 15 ou 20 millions. Des fournisseurs n'ont pas été payés en totalité.

«J'ai rempli leur dernier bateau et je n'ai pas été payé», s'exclame Serge Soucy, qui entretenait une relation d'affaires avec GLS depuis le début des années 80. Copropriétaire de la Meunerie Gérard Soucy, il a vendu pour 850 000$ de soya à GLS. Impayé dans les délais normaux (10 jours), il a fini par toucher moins de la moitié de son dû en se plaignant. Comme d'autres, il a tenté d'effectuer une saisie, sans succès, puisque les entrepôts sont vides et les actifs, hypothéqués.

Des livraisons non reçues

Denis Robitaille, dont les fermes se trouvent à Farnham, avait pour sa part acheté plusieurs tonnes de grains à GLS à la fin du mois de septembre. Il n'a jamais reçu ses livraisons. Sa créance avoisine 1,4 million. «C'est beaucoup d'argent. C'est énorme. [...] Tout semblait normal. Mais ils n'ont pas livré. Je devais être remboursé... On ne comprend pas. On est dans le néant total», raconte l'homme d'affaires.

GLS a déposé un avis d'intention de faire une proposition à ses créanciers le 2 janvier, en vertu de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité. Sa dette se chiffre à 37,19 millions. L'entreprise qui achète et revend du grain fait partie des plus importants acteurs de son industrie au Québec. Elle possède des entrepôts à Pintendre (au sud de Québec), à Sillery (en partenariat avec La Coop fédérée) et à Salaberry-de-Valleyfield. Sa maison mère, Upper Lakes Group, est son plus important créancier (31 millions). Le président de ce holding torontois, Pat Loduca, a refusé de répondre à nos questions. Le président de GLS, Gilles Morin, ne nous a pas rappelés.

Le syndic responsable du dossier, Dominic Picard, du bureau de PwC à Québec, rappelle que GLS dispose d'un mois pour faire une proposition à ses créanciers, sans quoi c'est la faillite, à moins qu'une extension soit obtenue au tribunal. Il n'a pas voulu affirmer qu'une proposition serait faite par GLS. «Les plans ne sont pas arrêtés», a-t-il dit. Il a aussi refusé d'expliquer «à ce stade-ci» la créance de 31 millions. GLS a déjà effacé son site du web.

Nouveaux silos

Les employés sont choqués par la situation. Au cours d'une rencontre à laquelle PwC a participé en novembre, on leur avait expliqué que l'entreprise cesserait ses activités. Mais il n'était pas question de difficultés financières, ni de faillite. «Ils nous ont demandé notre collaboration pour le dernier bateau. Ils nous ont dit qu'on perdrait notre emploi mais qu'on serait bien traités, ce qui n'a pas été le cas», raconte l'un d'eux.

La Commission des normes du travail confirme que cinq employés ont porté plainte dans l'espoir de toucher les huit semaines de salaire auxquelles ils estiment avoir droit, étant donné qu'aucun avis de licenciement collectif n'a été déposé.

À Salaberry-de-Valleyfield, le directeur général du port s'inquiète «pour l'avenir des installations». GLS possède, sur le terrain du port, un entrepôt, un convoyeur et deux silos flambant neufs construits l'été dernier «pour accroître sa capacité d'entreposage», relate Michel Gadoua. «Qu'est-ce qui va arriver avec les silos? J'ai besoin que quelqu'un au bout du fil réponde, que ce soit chez Upper Lakes ou PwC [syndic]. Est-ce qu'on va les louer, les vendre, les démanteler?», se demande-t-il.

C'est par les employés qu'il a appris que GLS avait congédié tout le monde. Il a alors désactivé les cartes d'accès et fait changer les serrures des bureaux par mesure de sécurité. Il n'a jamais été contacté par l'entreprise ou sa maison mère.

Transactions

Plusieurs acteurs de l'industrie se demandent pourquoi GLS est la seule des quatre entreprises du groupe Soumat (propriété d'Upper Lakes Group) qui n'a pas été acquise le 31 décembre dernier par la Commission canadienne du blé. Y a-t-il un lien entre cette transaction et les procédures en vertu de la Loi sur la faillite entreprises deux jours plus tard? La Commission - qui a acheté Les Élévateurs des Trois-Rivières, Services Maritimes Laviolette et Mission Terminal - a seulement indiqué que GLS n'était pas dans sa «ligne de mire», refusant d'en dire davantage.

Upper Lakes Group s'est fait connaître au Québec en achetant (en association avec SNC-Lavalin et Daewoo) le chantier maritime Davie, à Lévis, en 2011. Le consortium avait espoir d'obtenir des contrats d'Ottawa pour des navires fédéraux. N'en ayant obtenu aucun, il a vendu le chantier à Zafiro Marine l'année suivante.




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